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Rodrigue Milien : un troubadour-né, une légende vivante 

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La culture d’un peuple permet de bien l’identifier aux yeux du monde. Elle est le miroir à travers lequel se reflète son image réelle. Certains étrangers ne voient qu’une image virtuelle de ce pays qu’on nomma La Perle des Antilles. Cela est dû à une erreur de parallaxe causée par un changement constant de position des observateurs étrangers par rapport à l’histoire sociopolitique d’aujourd’hui. C’est ce qui les empêche de pénétrer et découvrir  l'âme haïtienne, siège de la vraie beauté et richesse culturelle de ce peuple malheureux mais fier. La culture est son souffle de vie, la source intarissable et pure de cette résilience qui a étonné le monde entier.

La philosophie-troubadour transcende les générations


Quoiqu’on dise, Haïti a une diversité culturelle qui constitue sa plus grande richesse. Et, la musique est le reflet fidèle d’une telle diversité. À travers l’histoire de la musique haïtienne, il y a eu plusieurs courants musicaux. Haïti a connu une multitude d’écoles de troubadours à travers le temps, mais qui diffèrent au niveau de leur structure musicale. Chaque période a ses exigences, ses besoins et ses demandes. Dans un temps on a eu Dòdof Legros, Zo Salnave, Anilus Cadet, Ti Paris, Coupé Cloué, Jean Ledan Sr. des Cayes, Ti Chong de Jacmel, et plus près de nous Rodrigue Milien,Toto Nécessité, Althiéry Dorival, Les Frères Dodo, Ti-Coca, Béken, Beethova Obas, Manno Charlemagne, Ti Koyo des Cayes, Féfé, Wanito, etc. Certains sont vus comme des artistes engagés. Manno Charlemagne fait bien partie de cette catégorie Parmi ces troubadours ci-haut cités, il y avait aussi des misogynes comme Coupé Cloué, l’auteur des chansons «Madan Marcel» et « Fanm Kolokent ». On lui reprochait souvent sa misogynie. Pourtant, les femmes aimaient et aiment encore Coupé. 

Quoiqu’appartenant à différentes écoles et générations de Troubadours, les contemporains ne se démarquent pas de la grande philosophie-troubadour. Ils chantent encore l’amour, la vie, la nature, la patrie, la femme haïtienne, les faits quotidiens. Ils pointent du doigt les problèmes sociaux et dénoncent les injustices, etc. Ils ne tolèrent pas la répression. La chanson «Machann chabon» a marqué nos aînés. Elle porte les empreintes profondes d’un  passé lointain. Elle nous en dit long, à propos des verbiages et des promesses vides que véhiculaient des gouvernements dictatoriaux: « machann chabon souple, fè ti bourik la bouke ranni, men tout la sent jounen lap ranni, lap ranni». Cette chanson fut mise à l’index à cause du message qu’elle conviait.  

Le temps de rire et de chanter avec Rodrigue Milien


L’émergence d’une autre génération et école de troubadours se faisait sentir progressivement. En 1974, j’avais entrepris mon deuxième voyage en Haïti.  J’ai eu l’opportunité de voir Rodrigue Milien et son groupe à l’œuvre au Club Restaurant « Chez Maxime » à Port-au-Prince. Il jouait en tandem avec Les Gypsies.  Rodrigue avait une formation de quatre musiciens, un bassiste, un batteur, un tambourineur et lui à la guitare. Il changeait de mode et de rôle à travers toutes les chansons. Tantôt on le voyait comme soliste, tantôt comme accompagnateur, et il chantait. Il n’avait pas accès à la boite à musique japonaise  «Drum Machine». La «drum machine » –la machine à musique ne peut pas improviser. Elle n’a pas la sensibilité de cœur de l’artiste ni sa sincérité. C’était le feeling humain qui prédominait au cours de cette soirée, c'est-à-dire l’improvisation à travers la sensibilité et la créativité artistique. Et, à cette époque il y avait deux possibilités : ou bien le musicien savait jouer à son instrument ou bien le contraire. Les invités avaient dansé jusqu'à l’ivresse et se montraient tous satisfaits. J’ai été très impressionné. Pour un groupe de format réduit, sa prestation égalait celle des groupes de grand format. On voit bien que cette figuration existait avant les années 80. On peut sans risque dire que Rodrigue Milien est l’un des pionniers, si ce n’est le pionnier des formations musicales de format réduit. Ce troubadour a exploré toutes les villes de province d’Haïti. La ville des Cayes ne peut pas oublier de si tôt la rencontre musicale Rodrigue Milien et Ti Koyo, fils des Cayes. Si l’on écoute la musique des troubadours sans préjugé et avec attention, on verra que rythmiquement elle est meilleure à une forme de musique populaire bâtie sur fond de bruit, de longs solos de guitares combinés aux cris stridents des claviers, ennuyants au cerveau musical et très désagréables à l’oreille bien entraînée. 

Rodrigue Milien a émergé à une époque où d’autres formes de musique attiraient la grande foule. Et, il a connu un grand succès à travers le temps. Il a produit une multitude de disques aux couleurs vives et variées, à travers lesquels il dépeint la réalité haïtienne. Pour tous ceux qui savent apprécier les œuvres des artistes à leur juste valeur, Rodrigue Milien représente un patrimoine culturel que ni le temps ni le vent de l’oubli ne pourra jamais effacer ou détruire. Comme bien d’autres artistes, son nom doit être gravé en lettres d’or au frontispice du temple culturel haïtien pour sa contribution à l’art. On ne peut parler de Rodrigue Milien sans mentionner Toto Nécessité, de son vrai nom Jules Similien.  Avec lui,  il avait débuté sa carrière musicale.

Les temps ont changé


Dans un temps, un certain préjugé forçait certaines gens à bouder la musique que jouaient nos troubadours. Ils la qualifiaient de musique rustique et ne voulaient pas s’y associer, ni de près ni de loin. Tout le monde avait une tendance vers une civilisation urbaine. Cela a créé une disparité, une division, qui normalement ne doit pas et ne peut exister en musique. Tout ceci a donné lieu à une supériorité fictive à une minorité, un fait qui a affecté notre avancement collectif. Ceci étant très fort, on le ressentait dans la vie de chaque jour, ce qui a poussé les plus obscurantistes à établir un clivage social entre «nèg anwo, nèg anba, nèg anwo lavil vs nèg anba lavil». Pour ridiculiser un tel fait, Rodrigue Milien a chanté « Rejete», qui est une comédie musicale à l’haïtienne. À se rappeler qu’il existe plusieurs versions de «Rejete» au niveau des paroles. 

En 2002-2003, les tendances commençaient à changer vis-à-vis de la musique des troubadours. On a eu une surproduction de cette forme de musique sur le marché musical haïtien. Tous les musiciens haïtiens, pris d’émotions et cela sans distinction de classe, de religion ou de couleur, embrasèrent, tête baissée, ce nouveau courant-troubadour qui n’a pas fait long feu. Ils ne se rendirent même pas compte qu’ils enterraient leur compas direct (Konpa Dirèk). Ils ont perdu beaucoup d’argent et de temps en essayant de produire des CDs à caractère Troubadour. 

Le vrai troubadour tient ferme à sa philosophie. Il n’y a pas de générations spontanées. Il faut qu’ils convient un message à travers leur musique. Rodrigue Milien emprunte les paroles qui suivent pour passer son message dans « Rejete »: nan lelit yo monte avion yo, nan lamas nou vole lougawou nou,  se yon fason pou nou ka pran vol, pounn pa monte rès avion gran nèg manman, nan lelit la yo souse chiklèt yo, nan lamas nou pran po griyo nou, se yon fason pounn ka moulen djòl nou pounn pa souse rès chiklèt gran nèg manman… rejete, rejete mwen pa p rejete. Vraiment, cette pièce dégage l'odeur d'une vraie comédie musicale. Certaines gens mésinterprétaient et détestaient cette chanson. Pourtant, elle convie un message positif rappelant qu’on doit se contenter de ce qu’on a et vivre selon ses moyens. C’est la morale de l’histoire.

Les débuts du Combite Créole et la confirmation de son succès


Au début des années 70, les deux compères, Rodrigue et Toto, ont mis sur pied un groupe musical qui porta leurs noms. Un peu plus tard, on découvre le Combite Créole de Rodrigue Milien. En 1974, ce groupe enregistra le disque qui a pour titre «Rodrigue et Toto Nécessité  Combite Créole», une production de Mini Records de Fred Paul et Guy Wallon, sur lequel s’inscrivent les chansons suivantes : «Nécessité», «Fèt Mennaj Mwen», «Dasoman», «Zoclo». «Pa Fèm Sa», «Haïti», «Tioul Supòtan», «Mariaj Gaté». Les musiciens qui participèrent à la réalisation de cet album furent : Rodrigue Milien, guitariste et chanteur,  Jules Similien (Toto) chanteur, Marcélus Victor guitariste, Emilio Michel, bassiste; Jean-Claude Crékel, batteur et Léon Beauvais, tambourineur. Ce disque a pavé le chemin du succès de  Combite Créole. Il a marqué d’une pierre blanche la carrière musicale de Rodrigue Milien. Dans un temps, on retrouvait le chanteur du nom de Blagueur, son nom d’artiste, aux côtés de Rodrigue Milien. «Blageur» avait fait la pluie et le beau temps au sein du groupe musical « Shoo Black ».  

La chanson fétiche de l’album


La chanson « Nécessité » est à la base de la grande popularité que Combite Créole, Rodrigue et Toto ont connue. D’ailleurs, c’est le titre de l’album. Fort heureusement, la piraterie n’avait pas trop d’emprise lors sur les œuvres artistiques comme c’est le cas de nos jours. Aujourd’hui, la piraterie prend une autre forme et gagne plus de terrain. Rodrigue Milien devient aussi victime de cette piraterie « bootleg » puisque ses œuvres sont contrefaçonnées, piratées à grande échelle et vendues à vil prix. C’est triste. Même parmi ceux qui se disent fans de l’artiste ou qui l’aiment,  il y en a qui contrefaçonnent ses œuvres. Voilà donc une forme d’hypocrisie terminologique qui dérange. Rodrigue Milien aura peut-être gain de cause.

Les œuvres littéraires et artistiques sont aujourd’hui copiées, puis reproduites et publiées sur des sites internet sans que le crédit soit alloué à l’auteur, ou sans révéler la source. C’est le vol des  propriétés intellectuelles qui se fait à tribord et à bâbord. Cette forme d’action est un acte de kidnapping, de vandalisme et terrorisme littéraire / intellectuel. La rançon de ces pirates c’est le profit qu’ils gagnent de leurs actes de kidnapping intellectuel. Rodrigue Milien n’a plus la force et le courage pour lutter contre ces pirates parasites. Que de copies du disque «Necessite»  les contrefaçonneurs «bootleggers» mettent en circulation. Ces pirates sont nombreux sur les réseaux-Internet. Ils se connaissent. Je me garde de citer leurs noms pour ne pas leur offrir une publicité gratuite à travers cet article.  

Rodrigue et Toto chantent « Nécessité » en duo. Ils mettent en évidence le fait que les difficiles conditions de vie peuvent affecter et gâcher une relation amoureuse tout aussi bien une amitié. Les paroles nous décrivent bien la situation: «Nesesite fè m bliye tout bel bagay, nesesite fè m bliye menm gou djòl mwen». Cela montre bien que ses priorités dans la vie ont changé. La chanson continue pour dire: pafwa nostalji vini konble kè mwen, nesesite fè tout zanmi lese mwen, lontan lè m mache tout moun anbrase mwen, tout relasyon se bèl fanm santi bon. Il s’était fait une perception du monde qui l’entoure, qui aujourd’hui se révèle fausse. Il prophétisait. Un peu plus loin dans la chanson, l’artiste exprime les turpitudes de la vie et ses déceptions: « Kounye a m pa bon tout moun repouse mwen, nesesite fè zanmi pa konnnen mwen, pafwa la vi a voye m jete m byen lwen, mwen pran gita mwen, chanson m konsole mwen ». On voit bien que sa musique et sa guitare lui servaient d’exutoire pour échapper à sa souffrance et sa solitude. 

En fait, cette chanson «Nécessité» est un témoignage pour les amoureux qui se trompent d’amour ou que l’amour a trompés. Rodrigue Milien embrasse sa déception. Il porte sa croix. Il pleut dans son cœur comme au temps des cyclones ou des pluies torrentielles puisque son amour l’a délaissé. Il a imploré le ciel tout en pleurant. Il nous dit : «mwen leve tèt mwen pou rele bondye mwen, m ap di priyè mwen dlo koule nan zye mwen ».  Il nous conduit dans son univers imaginaire au point qu’on se sent touché par sa grande perte et ses tribulations. L’artiste ouvre et maintient une ligne de communication entre lui et l’auditeur. Il y a une communion qui les lie fortement. Voilà ce qui fait la force d’un artiste, particulièrement un chanteur. Rodrigue Milien a convié un message de réconfort et d’espoir à tous ceux qui vivent une pareille situation ou qui auront à vivre un tel fait dans la vie, car l’avenir ne nous appartient pas. Personne ne sait ce que demain pourra enfanter.

Les priorités ont changé pour Rodrigue Milien et Toto 


Certains font croire qu’il y a eu un hiatus entre ces deux troubadours. Disons simplement que les priorités ont changé  pour Rodrigue et Toto. En 1983, Rodrigue et Toto se trouvaient au studio d’enregistrement préparant le CD titré «Rodrigue &Toto- L’Amitié pap trayi». Toto a choisi une autre voie, celle de l’église. Aujourd’hui, il chante pour l’Éternel. Il vit joyeusement. Il se porte bien physiquement, mentalement et spirituellement. Arrivé à Miami, Rodrigue Milien a continué sur le même chemin et a produit plusieurs œuvres musicales que les mélomanes dégustent avec appétit. Entre autres, il faut citer l’album ayant pour titre «Rodrigue Milien en Twoubadou» sur lequel on retrouve «Rouze Jadin», «Nostalgie», «  Pale Kreyol », «Salut», «Mizèm Nan Miami», «Confession», «Bonheur / Porte Bonheur», «Haïti», «Samedi Matin», «Ma Solitude».  La vie ne lui a pas été facile. D’ailleurs, c’est ce qui lui a inspiré la chanson « Mizèm Nan Miami».

À Miami, Rodrigue honorait des contrats. En plus, il avait un boulot qui lui permettait de répondre à ses besoins quotidiens puisque l’argent qu’il gagnait de la musique ne pourrait lui suffire. Il est alité  à Fort Lauderdale, d’après une source digne de foi. Il a dû involontairement mettre fin à sa carrière musicale puisqu’il ne jouit plus d’une bonne santé. Son physique se détériore mais il vit encore, selon la volonté de Dieu. Sa santé précaire ne lui permet plus de poursuivre ses grandes excursions musicales à 65 ans. Il est né le 27 octobre 1946 à Port-au-Prince. Un de ses amis et son ancien condisciple de classe,  m’a appris que Rodrigue Milien est né à la Cathédrale de Port-au-Prince, au bas de l’autel, au moment de la célébration des noces de ses parents.

Les vrais témoignages d’amour de Rodrigue Milien


Il y a une sincérité qui se dégage de la chanson « Confession ». Les paroles traduisent bien ce que l’artiste ressent : « se pou ou mape chante jodi a, mwen konnen ou chita la w ap tande, si pwoblem lavi a ta pran tèt ou, wa konnen m toujou renmen w ». Il donne l’assurance que son amour n’est pas seulement pour un temps, si youn jou nou ta separe, pa panse ke m prale bliye w. Il se montre très reconnaissant et fait un autre témoignage vivant et rassurant, « pou tout sa cheri ou pase pou mwen, tout sa ekri nan kè mwen ». Le refrain confirme son appréciation et sa volonté de l’aimer toujours, «Mwen pa p janm bliye ou cheri pou tout sa w pase pou mwen, malgre tout pèsekisyon ke w te jwenn, se sak fè m renmen mennaj mwen ». Il fait preuve de compréhension. Rodrigue montre bien que le pardon est un témoignage d’amour

Rodrigue a tellement aimé cette dame du nom de Mireille P- Louis qu’il devient obsédé. D’ailleurs,  il l’appelle, l’invoque et l’interpelle à travers toute la chanson pour lui rappeler que la chanson « Confession » lui a été dédiée et que c’est elle sa source d’inspiration. Pauvre Rodrigue Milien! Il est prêt à tout faire pour reconquérir le cœur de cette dame qu’il aime tant. Il devient un mendiant demandant l’aumône d’un amour.  Pourtant, cette femme  reste insensible à sa cause et indifférente à ses requêtes. Rodrigue a le cœur brisé et enchaîné. Cela n'empêche qu'il vive encore d'espoir, même si ses nombreux appels à l'amour n’ont pas fait écho. La composition « Porte Bonheur » reflète la sagesse d’un homme qui a drastiquement changé sa vie. Il décide de ne plus papillonner en jouant à l’amour. Il ne voit que l’avenir et la vie à deux, aux côtés de celle avec laquelle il veut vivre et partager le reste de sa vie. Il profite de l’occasion pour lui renouveler ses vœux d’amour.

Les plus grands succès de Rodrigue Milien 


Les chansons qui suivent ont maqué la carrière de Rodrigue Milien et confirment son succès à travers le temps. Elles restent les tubes les plus aimés et écoutés : «  Rejete », « Necessite », «  Rouze Jadin », «Nostalgie», «Mizè nan Miami», «Confession», «Salut»,  «Porte Bonheur»,  «Koutba  Residans», «Ma Solitude», «Haïti». «Sa Fè 3 Ans », « Mwen Ta renmen Konnnen », « Passion d’Amour », « Effort ». «Mariaj Gate», «Léogane», « Kombit Kreyol ». La chanson « Mizèm Nan Miami » se présente sous deux versions. Celle avec le saxophone de Daniel, l’ex-saxophoniste des Diables Bleus du Cap-Haïtien, retient beaucoup plus mon attention. Et, le piano s’ajuste bien et confère une autre couleur à la chanson. Le pianiste a vraiment du métier. Cela se voit dans ses progressions d’accord.  Bien que la vraie musique des troubadours n’utilise pas ces instruments, l’originalité de la chanson demeure et l’essence reste inaltérée. D’ailleurs, il existe plusieurs formes de musique des troubadours. Le troubadour n’est pas un rythme, encore moindre un rite. Il est plutôt un Samba qui chante la vie avec tout ce qu’elle renferme..

L’homme propose mais Dieu dispose


L’homme n’est pas vraiment maître de son destin. La vie reste un grand sujet de méditation. Si on était l’architecte de sa propre vie, on l’aurait bâtie pour l’éternité. L’âge et la maladie n’auraient aucun effet sur elle. En fait, l’homme n’est que l’infime partie d’un grain de sable devant l’immensité du grand univers, le Macrocosme. On aurait tous aimé que Rodrigue Milien continue sa besogne, en nous procurant la joie et le plaisir d’antan, mais il ne peut plus nous satisfaire comme il l’a fait pendant des décades. Il a partagé toute sa vie d’artiste avec nous et le monde. Contentons-nous de ses chansons qui marqueront notre existence humaine. Que de beaux souvenirs! Si  j’avais le pouvoir et l’autorité, j’aurais accordé la vie éternelle à nos artistes, particulièrement à Rodrigue Milien. Mais, l’éternité relève seulement du domaine de Dieu. Que Dieu le bénisse, le guérisse et lui prête longue vie. 

Nous devons lui montrer notre appréciation pendant qu’il est encore vivant. Je tiens à remercier et féliciter tous ceux qui, en 2011,  avaient pensé à rendre un hommage bien mérité à Rodrigue Milien « pendant qu’il est encore vivant ». Cependant,  je reproche aux animateurs de radio leur indifférence vis-à-vis des œuvres de Rodrigue Milien. L’on se demande pourquoi ils ne diffusent pas les chansons de ce grand barde national. Sa musique a transcendé des générations et les frontières. Parlons de lui pendant qu’il est encore vivant,  car la parole crée. À chaque fois qu’on auditionne ou que l’on diffusera sa musique, on lui insuffle le souffle de vie. N’attendons pas sa Transition pour lui rendre hommage. Il le mérite bien aujourd’hui. Il appartient bien au panthéon des troubadours haïtiens.

robertnoel22@yahoo.com

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