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LETTRE OUVERTE AUX KIDNAPPEURS

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ET LE KIDNAPPING CONTINUE !!!

« La meilleure façon de détruire l’âme d’un peuple, c’est de profaner ses croyances, ses religions, de nier sa culture, son histoire, brûler les dieux qu’il adore pour l’empêcher d’interpréter ses propres signes »
Tel un coup de tonnerre dans un ciel agité, l’affaire Brandt vient de signer l’effondrement d’un pan de la société haïtienne. Un kidnapping de plus, un kidnapping de trop ! Et dire que pendant longtemps, l’on se bornait à croire que le pouvoir réel reposait entre les mains des détenteurs du monopole de la violence qui, du reste, n’avaient aucun intérêt dans la stabilité politique, économique et sociale du pays. J’entends par là, ces petits chefs de guerre locaux qui, pour asseoir leurs positions prenaient dans chaque zone la tête des rassemblements, d’unions, de groupements, de conseils, d’associations clamant à tue-tête leur vocation à défendre « la sacro-sainte démocratie ».Par la terreur, ils appuyaient  leur domination, instituant même un macabre rituel : la décapitation qui faisait vivre des journées cauchemardesques au pays. Pourtant, sous ce ciel dévasté, ultra corrompu, ne circulaient pas uniquement ces petits truands, analphabètes incorrigibles, ces politiciens minables qui se retrouvent au paradis sans avoir pris le temps de mourir, mais aussi une frange instable de la petite bourgeoisie qui, aujourd’hui, sonde les horribles profondeurs de l’abrutissement de la société urbaine qui connaît bien et compatit au tragique désespoir des bourgeois tombés dans le puits sans fond de la misère morale et de la détresse humaine. Situation qui inspire la création de grands monstres perdus, isolés. Et on sait comment les humiliés et offensés de cette bourgeoisie déchue entretiennent leurs griefs jusqu’à devenir empoisonnés par leur haine. Ainsi, la  prétendue douceur de vivre  d’Haïti vire à l’effroyable loi de la jungle d’une société cadenassée. Aujourd’hui, le pauvre,  l’éternel exploité, en sa chaumière prend en pitié ces « messieurs comme il faut », membres à part entière de ce bazar infect qu’est devenu notre pays, dans cette honteuse et choquante  affaire de kidnapping.
Dans la foulée, les oiseaux  longtemps effarés réagissent en faisant circuler des dénonciations les unes plus rocambolesques que les autres. Les épouvantails vite désarticulés, prenant à rebrousse-poil le déclin  environnemental, font remonter la filière mafieuse jusqu’ à la Présidence et, dans les rues, des milliers de personnes hurlent des slogans hostiles au gouvernement Martelly-Lamothe qui viennent de marquer d’un affront doublé d’une faute grave le glorieux anniversaire de la Bataille de Vertières. Anniversaire qui, deux-cent huit ans durant, se fêtait dans l’allégresse et qui, cette année avec des dirigeants dans l’autisme, est plongé dans le  deuil. Pour une fois,  depuis  ces dernières  vingt-six années, les vocables de  militaires, macoutes, duvaliéristes n’étaient pas au rendez-vous. Le pouvoir, qui pendant plus d’un an a profité de certaines complicités dues à la perfidie du système, face à cette boue tenace, cette épreuve humiliante, après s’être confiné dans un silence qui fait beaucoup de bruit, a pris ses jambes à son cou pour se retrouver qui, en Floride, qui, en Europe. Véritable chapelet de maladresses et de gaffes ! Coutumier de comportement et de déclarations erratiques, le Président qui prenait,  pour argent comptant l’idée que la terreur tant verbale que physique,  comme toujours payante, rend les armes devant le monstre du kidnapping en décrétant  péremptoirement la déliquescence de L’Etat non point à son peuple,  mais  dans un milieu où la politique est toujours tentée par l’atroce pour assouvir sa boulimie d’hégémonie. Aussi, pour endiguer cet irrésistible bouillonnement intérieur, pour nous permettre de jeter un regard sur nous-mêmes et les autres, au moment où Clifford fait mentir le vieil adage « les gens heureux n’ont pas d’histoire », n’est-il pas de bon ton de soumettre à la sagacité des lecteurs ce texte paru le 3 Octobre 2010 en mémoire de Ronald Chéry tombé sous les balles assassines de la criminalité d’Etat.
 
LETTRE OUVERTE AUX KIDNAPPEURS
En mémoire de Ronald Chéry
« Ils ont transformé la maison de mon Père en une caverne de voleurs. » Jésus-Christ
Assuré, sans l’ombre d’un doute, que je prêche dans le désert, parce que parlant à des ophidiens, des humanoïdes et non des humains ; convaincu que ces paroles vont tomber dans des oreilles de sourds et que je ne serai qu’une inutile Cassandre quand le Pouvoir lui-même choisit de négocier avec des truands ; pour mon pays, pour mes ancêtres, pour mon peuple livré à lui-même, kidnappeurs, je vous griffonne ces lignes, contrairement aux prescrits de ma religion qui soutiennent que je ne dois m’adresser qu’à mes pairs. Je le fais en toute bonne foi avec en tête la pensée d’Edmond Rostand : « L’on ne se bat pas toujours dans l’espoir du succès, parfois c’est bien plus beau lorsque c’est inutile ». Car, il faut bien quelqu’un pour vous le dire, vous le répéter cent fois, mille fois jusqu’à ce que vous compreniez. « Le crime appelle la vengeance, la vengeance appelle le crime ».
Kidnappeurs, si l’écho de vos turpitudes est en train d’assourdir les oreilles du monde, comment peut-il en être de votre condamnation au Tribunal des hommes et de l’Histoire ? Qu’il s’agisse de vous ou de quelqu’un d’autre, ces crimes crapuleux doivent réveiller la communauté haïtienne de son hibernation artificielle liée à la peur panique de perdre outre la vie et de l’argent, l’honneur de conserver son intégrité physique. L’un des plus gros avantages, l’une des plus grandes fiertés de cette collectivité étaient de pouvoir vivre heureux même pauvre dans un pays non encore touché par la grâce et les disgrâces de la modernité. La pauvreté certes, mais avec une certaine dignité. Les paysans démunis qui, lors de visites d’étrangers, n’hésitent pas à sortir leurs draps et couvertures les plus précieux pour accommoder leurs visiteurs, de même que leur argenterie rarissime ou de l’époque de Louis XIV pour le service de la table. On s’est toujours étonné que des gens aussi pauvres pussent être en possession d’objets aussi coûteux et surtout fissent preuve de tant de prévenances et de délicatesse vis-à-vis de leurs semblables souvent plus fortunés. C’est que loin d’être une affaire de titre concédé ou d’argent souvent mal acquis, l’aristocratie prend sa source dans les valeurs de civilisation et les vertus morales impérissables d’une société de héros.
A la vérité, comme on dit souvent : « Le génie n’a qu’un temps, il faut qu’il dégénère ». Au fil de l’adversité bi-séculaire qui a affecté et affecte encore son quotidien, l’héritage génétique de la population s’est incontestablement altéré. En même temps, la résistance à l’agression des agents extérieurs s’est affaiblie considérablement jusqu’à disparaitre complètement. On n’était plus l’avant-garde, les éclaireurs des bataillons de l’histoire. On n’était plus les vainqueurs universellement admirés de l’armée  d’Iéna  et de Marengo. On n’était plus ces petites pièces de musée qui suscitaient l’étonnement au gré des visites guidées et des cérémonies d’hommage. On est devenu les idiots du « VILLAGE GLOBAL » qui, sous couvert d’un attachement morbide à la petite personne de «  grands satrapes » donnent aux spectateurs étrangers la mesure de leur infantilisme, de leur crétinisme et de leur innommable cruauté.
Tous les Etats-amis d’Haïti se sont, depuis quelque temps, arrangés pour déverser dans leur soi-disant pays d’origine toute la lie éthique vomie par les sociétés dans lesquelles pourtant elle stagnait. Ils ne se sont guère préoccupés de la capacité d’accueil des institutions du pays, non plus des conséquences incalculables de ce phénomène sur la santé morale de la société. Et ce qui devait arriver arriva sur des chapeaux de roue. Ces déchets des sociétés Nord-Américaines ou Caribéennes se sont mélangés aux bandits locaux, accroissant par ainsi une toxicité que même les nations les mieux équipées auraient de la difficulté à juguler. Que dire de la chétive Haïti en proie à ce phénomène nouveau de l’insécurité avec ses corollaires obligés : stupéfiants, kidnapping, rançon, viol, vol, crevaison d’yeux ou de tympans de kidnappés insolvables et autres formes de sévices d’importation.
Kidnappeurs, assez, dit-on, c’est assez ! Vous avez eu votre heure de triste gloire en prenant en otage toute une population et en narguant des forces d’occupation supérieures en effectif et en armements. Les éternels trublions de la gauche soi-disant révolutionnaire vous ont laissé croire, sous le fallacieux prétexte des droits de l’Homme, que vous aviez tous les droits, même ceux de tuer vos semblables pour vous accaparer de leurs biens après avoir violé hommes, femmes et enfants. Quel genre de guerre espérez-vous mener contre la misère et l’exclusion en créant ces espaces de non=droit ou même les animaux refuseraient de vivre ? De quelle autorité morale se prévalent-ils, tous ces organismes internes et externes qui vous encouragent dans la voie de l’abjection, tous ces leaders politiques toujours prêts à absoudre les pires actes de cannibalisme, d’inhumanité ou de génocide de la part de ceux-là qui à la place de mains ne disposent que de pattes ?
Un fait est certain, Kidnappeurs, cette voie sordide vous a été indiquée dans un premier temps par la gauche haïtienne avec le hold-up de la Banque Royale du Canada et le kidnapping de l’Ambassadeur Américain Knox. Ironie de l’histoire, le délinquant kidnappeur était devenu Membre de l’Exécutif du gouvernement de Jean-Bertrand Aristide et non des moindres, Ministre des Affaires Etrangères. Dans un second temps, elle vous a été dictée par les assassinats multiples non résolus ou simplement occultés de Mireille Durocher Bertin, de Sylvio Claude, du Pasteur Leroy, de Henry-Max Mayard, de Jean-Marie Vincent, du Père Jean Pierre-Louis, de Jean Dominique, de Brignol Lindor, de Jacques Roche et de tant d’autres. Le non-respect de la vie humaine, claironné du haut des chaires d’Eglise par des Raspoutine nègres, s’est vite transformé en phénomène de culture importé avec quelques variantes de minarets du Moyen-Orient. Mais à tout le moins, le Moyen-Orient offre pour ce faire, l’excuse d’une Cause. De mémoire d’homme, aucun Imam ou Ayatollah ne peut être considéré comme de vulgaires pirates dont le seul dessein est de mettre à sac le trésor étique de leur pays. En un mot, Kidnappeurs, où comptez-vous aller avec cette insécurité incompatible avec la nature profonde de l’Haïtien ?
Il n’y a pas longtemps, M Roger Noriega, dans une interview accordée à une grande chaîne de télévision américaine, affirmait sans hésitation que le problème d’Haïti ne résidait que dans sa surpopulation. C’était là une évidence malgré tout chargée de sous-entendus. Est-ce à dire qu’on doit laisser les Haïtiens se décimer avant d’intervenir ou de s’entreposer entre les belligérants qui, au fond, ne sont que des commensaux insatisfaits et incompris ? Dans la grande tradition des solutions finales élaborées pour les peuples turbulents, vous tenez, Kidnappeurs, le rôle odieux des exécuteurs de basses œuvres. Et qu’il s’agisse de chimères, de kidnappeurs »toucouleurs », de zinglindos récidivistes ou d’intellectuels à faux col, propriétaires de radio à sensation et directeurs d’opinion bancale et farfelue, vous êtes tous devenus des objets de la risée internationale qui vous attend au détour pour vous déférer devant les tribunaux internationaux à la manière de Amaral Duclona ou pour vous livrer à la vindicte populaire si friande de lynchage de chimères à défaut de macoutes.
Kidnappeurs, il est peut-être temps de vous ressaisir, en vous posant simplement la question
« POURQUOI » ? Tous ces débordements, tout ce sang ne peuvent qu’interpeller plus de dérapages, plus de sang. A défaut de s’étouffer dans leur étron malodorant, les Sirènes doivent se taire. Car, il n’est pas dit qu’une société en mutation doive passer par ce canal d’aliénation qu’on vous a fait creuser sur le tiers d’île jadis désigné sous le nom de PERLE DES ANTILLES, aujourd’hui, célèbre pour son trafic de drogue lié au kidnapping et qui cristallisent   les rêves et les espoirs  des  hommes sans foi ni loi. Heureusement, il reste encore à ce pays, malgré toutes les pertes encourues, suffisamment de ressources humaines et matérielles et surtout cette portion saine d’une jeunesse livrée à elle-même pour faire en sorte que la forêt ténébreuse et menaçante recule devant le pouvoir de la culture. Le tsunami annoncé, pressenti et souhaité n’aura pas lieu, s’il vous arrive de troquer votre cruel crétinisme contre une clairvoyance historique telle que celle qui préexista à la concrétisation de l’Etat d’Haïti.
                                                                                                                                    Miami, le 3 Octobre 2010
                                                                                                                                   Jean L. Théagène
                                                                                                                                 Président de L’Union Nationale
                                                                                                                                                Des Démocrates Haïtiens

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