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C’est Rigord, moine de l’abbaye de Saint Denis qui disait : «  Ne meurent et ne vont en enfer que ceux dont on ne se souvient plus. L’oubli est la ruse du diable ». Comme quoi, la vie éternelle n’existerait  que dans la mesure où l’on se transmet le souvenir et la mémoire d’un être disparu. Alors, pour donner de l’éternité aux miens, au cours d’une conversation à bâtons rompus sur la prononciation  d’Ostrogoths, le Docteur Volvick Rémy Joseph,   mon père spirituel,  a remué les cendres de son ancien professeur Me Horacius Chanoine, au lieu de les laisser s’envoler. Me Chacha, ami personnel de mon feu père Luménès  Théagène,  dont je n’ai pas encore fait le deuil, parce que les avatars de la politique ne m’avaient pas permis de l’accompagner à sa dernière demeure. Chacha et Théa, de notoriété publique, une amitié, suivie de loyauté, de fraternité tout le long d’une existence et qui ne s’est jamais démentie tant au plan personnel qu’au plan politique ! Heureusement que par-delà le temps, cette amitié se prolonge entre Jean-Marie  et moi comme un héritage précieux  transmis de pères en fils.  Condamné à vivre sous  le poids du passé, même quand il n’y a pas de manque dans l’absence qui, définitivement, reste une présence trop grande, à vingt-sept ans du départ de Me Horacius Chanoine et à trente-neuf ans de la vie d’ un homme  qui a refusé de céder à l’esprit de faiblesse pour ne pas abjurer l’esprit de finesse, je me surprends à réintégrer le réel pour mieux comprendre ce que j’ai fait et du même coup saluer les qualités de l’écriture de l’époque. Hegel disait que la philosophie est d’abord et avant tout « intelligence de ce  qui est son époque saisie dans la pensée ». Mais tout ceci, c’était sans compter avec la révolution de l’amour,  et puisqu’il faut garder le sourire pour se moquer des jours sans joie, n’est-il pas de bon ton de soumettre à la sagacité des lecteurs ce texte écrit avec le cœur et la pensée, non avec les mains, au départ inopiné de Me Horacius Chanoine.
 
IN MEMORIAM HORATIUS CHANOINE
« Je te salue, Ô Mort, Libérateur Céleste
Tu ne m’apparais point sous cet aspect funeste
Que t’ont souvent prêté l’épouvante et l’erreur
Ton front n’est point cruel, ton œil n’est point perfide
Au secours des douleurs, un Dieu clément te guide
Tu n’anéantis point, tu délivres… »
Horacius Chanoine, que la ville de Port-de-Paix vient de conduire à sa dernière demeure, le Mercredi 14 Août 1985, et qui avait des Lettres, a sans doute médité la profondeur de ces  vers de Lamartine.
Lui, qui aimait la vie, pour en avoir butiné plus d’une fleur, a peut-être hésité à accueillir la Grande Libératrice.
Mais homme de sagesse, il a compris que la mort est le complément de la vie. En effet, chaque souffle de vie que l’homme inspire l’achemine inexorablement vers la mort.
Homme de science, Me Chacha a retenu que l’expérience de la vie repose sur la lutte constante entre la construction et la destruction. Ce qui meurt ici, renait là-bas, pour perpétuer le miracle, la majesté et la beauté de la vie.
Homme d’expérience, Me Chanoine a vécu son passage dans le monde des hommes sans se faire trop d’illusions sur leur compte. L’essentiel n’est pas de savoir comment on vit mais pourquoi l’on vit.
De tous ces Hommes qu’il a portés en lui, Horacius Chanoine n’a jamais oublié l’Homme. Cette notion de la grandeur de notre commune condition a guidé sa vie de professeur au Lycée Tertullien Guil baud, sa vie d’Avocat et de Juge au Tribunal Civil de Port-de-Paix.
En passant à l’autre monde, Horacius Chanoine emporte en lui tous ces hommes qu’il a représentés sur la scène de ce monde.
Il a vécu pleinement parce qu’il croyait que la dignité seule rendait à  l’homme  sa dimension réelle.
Il a vécu sereinement parce qu’il ne croyait pas que les faux problèmes de la vie valaient la peine de toutes les tensions auxquelles se soumet l’homme ordinaire.
Horacius Chanoine a rempli sa journée…                                                                                 Paix à son âme !
                                                                                                                                                 Jean L. Théagène   

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