Sans feindre ni craindre, pour la vérité et pour l'histoire
Dr Jean L. Théagène Président de l’Union Nationale Des Démocrates Haïtiens
« Mieux vaut un despote franchement despote et servilement accepté comme tel, qu’un chef qui se sert des formes libérales de la loi pour empoisonner la source, qui cherche sans cesse les moyens d’y substituer sa volonté arbitraire. Il corrompt la nation, la rend hypocrite, dissimulée, pusillanime et lorsqu’il est menacé, il est abandonné de ceux-là sur qui il fondait son espoir, car son pouvoir n’avait pas de durée dans l’avenir, » http://radiotelevisioncaraibes.com Linstant de Pradines
Lorsqu’on évolue au sein d’une société où les mauvaises habitudes ont la vie dure ou sont ancrées si profondément qu’elles finissent par acquérir droit de Cité désolant, il est intéressant de constater que mes écrits soulèvent d’énormes remous parmi mes lecteurs. J’ai également reçu les critiques et suggestions de certains concitoyens qui se définissent sous le patronyme de « lavalassiens » troublés par certains passages de mon dernier texte. Il va sans dire que certaines suggestions ont retenu toute mon attention, plus particulièrement celle d’un ami, lavalassien avant la lettre, qui doit son titre de Médecin à la fameuse Révolution Duvaliériste, grâce à laquelle les portes de la faculté sont devenues largement ouvertes non seulement aux fils de nantis et à quelques rares privilégiés mais aussi aux plus capables des fils du peuple. En compagnie de mes deux amis lavalassiens, Claudy Maxan et Carl-Henri St Macary, il m’est arrivé d’avoir à le tancer vertement pour lui faire comprendre qu’en tant que fils unique, fils à papa, j’ai reçu mon visa social dès le berceau. « Du reste, je ne dois qu’à moi-même toute ma renommée ». J’en veux pour preuve, en 1957, j’étais en troisième année à l’école des Frères de l’Instruction Chrétienne de Port-de-Paix et lui, on le comptait du nombre des élèves d’une certaine école au Portail St Joseph à Port-au-Prince, favorisé par le directeur Philogène dont le prénom m’échappe, originaire lui aussi de Port-de-Paix. Tout ceci pour dire que dans le nivellement de la société par Duvalier, il reste grand bénéficiaire du régime. Déjà à cinq ans, le Cher Frère nous interdisait de jouer au foot ou aux billes avec les élèves des établissements publics et nos premières amours se recrutaient parmi les élèves des Sœurs de la Sagesse. Qu’à cela ne tienne, l’esprit souffle où il veut ! Étant ouvert à tous les courants d’idées, parce que je crois que, par-delà les appellations diverses, nous sommes avant tout Haïtiens, moi qui n’ai jamais choisi de plaire à la diversité de mes lecteurs, suis obligé de retourner sur la page blanche, pour ne pas trahir ma propre conscience en laissant faire, en laissant dire les oisifs oiseux qui soutiennent les murs de nos villes. Tous me reprochent en concluant mon texte « DERRIERE L’ECRAN DE FUMEE » de n’avoir pas associé les Duvalier à Préval et Aristide. Venons-en aux faits :
Notre histoire nationale a offert le spectacle d’un affrontement apocalyptique entre les tenants de deux idéologies dominantes. En effet depuis 1946, deux courants de pensée occupent le haut du pavé, s’interpénétrant par endroits, se repoussant en d’autres, mais se regardant toujours en chiens de faïence en attendant de s’empoigner de plus belle sur l’instigation de quelques « condottieri » en soutane ou de simples défroqués à l’affut d’un rôle méphistophélique à jouer dans le domaine du temporel. Il est vrai que tout régime vient toujours à contre-poil de celui qui précède. D’ailleurs, c’est cette démarche d’action et de réaction qui détermine la notion de mouvance historique. Mais de mémoire de lettré, jamais empoignade n’aura été plus brutale entre deux idéologies qui, à quelques années d’intervalle, se prévalaient de la même charge de changement et de la même intensité de militantisme rassembleur de foules et ravageur de destins.
Entre ces deux idéologies, ce ne sont pas les ressemblances qui manquent ni les différences qui font défaut. D’un côté, le Duvaliérisme avec sa vérité et ses contraintes. De l’autre, l’Aristidisme ou le mouvement lavalas avec sa réserve d’espoirs, ses limitations, ses erreurs et ses mensonges. Né du refus conscient des gouvernements de l’occupation : Sudre Dartiguenave, Louis Borno, Eugène Roy, Sténio Vincent, le Duvaliérisme a accru sa puissance d’adhésion en imposant à la mouvance historique le dynamisme des classes moyennes toujours tenues à l’écart de la gestion républicaine. Son apparente mulâtrophobie vient du fait que durant tout le séjour de l’Occupant en Haïti, soit de 1915 à 1934, et même après son départ, seuls les représentants de l’élite mulâtre ont été au timon des affaires. Même quand les intellectuels de gauche, pataugeant sans vergogne dans les théories marxisantes, ont tendance à escamoter cette triste parenthèse de notre Histoire, la question des dirigeants de couleur ne saurait être laissée en plan dans une perspective d’analyse conjoncturelle qui veut garder toute sa rigueur intellectuelle. On comprend bien l’attitude très peu orthodoxe de Roger Dorsainville dans « Trente ans de pouvoir noir » et en quelque sorte la justesse de son point de vue quant à la similitude qu’il observe dans la pratique du pouvoir mulâtre et du pouvoir noir dans la gestion des affaires haïtiennes. Mais en voulant exorciser l’aspect émotionnel de la question, il a quelque peu banalisé le thème central pour le réduire à une simple affaire d’intérêts matériels. Quoiqu’il en soit, de Dartiguenave à Lescot, le pouvoir haïtien était mulâtre avec tout ce que cela implique d’ostracisme violent envers une classe d’hommes qui, contre toute attente, détenait le savoir, donc était prête à assumer la haute direction du pouvoir d’État. Ainsi à la suite du méprisable crochet Paul Magloire dans l’arithmétique sociale haïtienne, Duvalier, le Révolutionnaire, intervenait dans l’histoire pour réparer le tort immense fait à la classe la plus dynamique de la société haïtienne, inaugurant paradoxalement la fin de l’ère colorée. Cet Homme à la vision élargie a ouvert les portes à toutes les possibilités historiques résultant de son acharnement à promouvoir les mobilités sociales jusqu’à propulser les bénéficiaires vers les sommets de la gestion républicaine. Même la structure religieuse n’y a pas échappé. L’indigénisation du Clergé a donné lieu à une ruée vers « l’or politique » qui nous vaut aujourd’hui l’anéantissement de l’autorité de l’État, la disparition de nos institutions, l’éclatement des classes moyennes, la carence de prestige des responsables administratifs, la déliquescence de la moralité collective et l’absence totale de la fierté d’une appartenance ethnique. Il est mort dans son lit, entouré de l’affection des siens, la journée bien remplie avec ses erreurs humaines. Aujourd’hui encore, la nostalgie de cette époque est telle qu’elle conduit à une condamnation sans appel des uns et une vénération sans nuance des autres. Il continue à occuper, pour les générations montantes, cet espace qu’il a su si bien remplir de sa complexité et de sa prolixité.
Quoiqu’il en soit, rien ne justifie les dérives commises sous le règne de F. Duvalier sinon cette obsession du pouvoir ou encore le conflit entre cette obsession et le temps constitutionnel pour l’exercice de ce pouvoir. Il dirigea ce pays d’une main de fer, élimina les opposants trop audacieux et les jeunes loups trop entreprenants. On ne saurait non plus isoler les actes criminels commis par certains partisans du régime. Toutefois, tirer du néant historique ceux qu’un sort injuste avait confinés séculairement dans les bas fonds ne répondait pas aux aspirations de la bourgeoisie. La déviance politique s’installa en toute horreur de jugement, dans le fonctionnement de l’appareil d’État et cela est dû tant aux tentatives de subversion et aux rumeurs de coups d’état qu’à la personnalité profonde de l’homme. Et comme sa vision crut trouver son apogée dans une perpétuation biologique en lieu et place d’une pérennité idéologique, Duvalier fils succéda au père. Héritier d’un pouvoir dictatorial, avec en plus des structures dictatoriales, il prit ses distances avec la ligne dure de la révolution, laissant en plan l’aspect social de la question et ouvrant la voie à toutes les aventures rocambolesques d’une gauche sans dessein, disséminée aux mille vents de l’opportunisme et de la veulerie. Et dans cette brèche, s’est engouffrée toute la lie de la citoyenneté haïtienne pour détruire ce que la Nation restait de valeurs imputrescibles. Et Jean-Claude a, de ce fait, enfoncé le dernier clou dans le cercueil de son père en renonçant à la « révolution politique » de ce dernier.
Vint le père Jean-Bertrand Aristide ! Et vint dès lors l’Aristidisme après l’Aristidophilie primaire de ceux qui aimaient entendre les sermons de St Jean Bosco, porteurs d’un virus plus audacieux que tous les autres germes du pathos haïtien. Il clamait le tort fait aux masses par les élites Jean-Claudiennes comme des années avant d’autres leaders sous l’égide de François parlaient du tort fait aux classes moyennes. Pris dans son essence profonde, l’Aristidisme se veut simplement rejet du Duvaliérisme, du militarisme, du macoutisme et imposition de fait de la populace impréparée en tête de la perspective historique. Assurément, il n’existe guère de cassure irréversible entre l’Aristidisme et le Duvaliérisme. Mais entre les deux, il y a fondamentalement une différence de méthodes d’approche. Et aussi des conséquences imprévisibles qui rétroagissent sur la poursuite d’objectifs apparemment communs : La rédemption des classes sociales traditionnellement brimées.
Là, s’arrêtent les ressemblances. L’Aristidisme est foncièrement opportuniste. Il fait des appels du pied à la bourgeoisie qu’il dénonce « ab hoc et ab hic ». Sous couvert de populisme, il est destructeur de vies (comme l’autre) d’institutions (à son opposé). Le macoute exécutait les ennemis de son régime par légitime défense, le lavalassien tuait par instinct de conservation. Duvalier trace des exemples, Aristide fait des victimes. Le premier ouvre les bras aux adversaires repentants, désenchantés, le second élimine ou fait éliminer d’anciens adversaires institutionnels même quand ces derniers lui donnent des preuves d’allégeance. Pour l’un, l’assassinat politique est un moyen de se maintenir au pouvoir, pour l’autre, c’est une fin. Il revient au pouvoir pour se venger des militaires, plus encore de l’institution militaire. Aristide fait appel, contre toute logique gauchisante aux forces étrangères pour se faire reconduire au pouvoir après avoir causé la destruction physique de son pays par embargo suivi de blocus économique, alors que le pays n’était pas en guerre. Pour la toute première fois, on aura vu un Chef d’État de pays sous-développé Caribéen, Dr F. Duvalier, oser faire face à la plus grande puissance du monde. Tandis qu’Aristide a menti à son peuple en se faisant passer pour démocrate, Duvalier, lui, ne s’est jamais réclamé d’aucune démocratie. Aristide se défend gauchement d’avoir dilapidé soixante millions de dollars fonds tiré des comptes de la TELECO au temps béni de son exil, de F. Duvalier, on peut tout dire sauf qu’il fut un voleur. Menteur invétéré, Aristide se défend platement d’avoir signé les accords sur la privatisation, d’avoir envoyé les familles de sept mille militaires sur le grabat, d’avoir révoqué sans compensation aucune des employés de quinze, vingt, vingt-quatre ans de service sous couvert de réforme administrative. L’énumération des faits à mettre au passif du régime Aristidien serait trop exhaustive et induirait même une hypocrisie congénitale vis-à-vis des siens. Si ces mêmes foules qui avaient applaudi toutes les démarches de l’homme ne se sont pas encore révoltées contre les horreurs et les mensonges de la démocratie Aristidienne :kidnapping, meurtre de vieillards, de femmes, de bébés, d’enfants, viol de jeunes femmes et de jeunes filles, bastonnades en règle de ministres, premiers ministres dont les medias tant nationaux qu’internationaux s’étaient fait l’écho étourdissant dans cette période troublée dominée par la drogue et le vol, c’est parce qu’il est difficile pour elles de revenir sur des décisions par lesquelles elles se sont engagées si profondément. Que voulez-vous, l’autocritique participe d’une politesse d’origine royale !...
En conclusion, je répondrai donc aux reproches de mes amis lavalassiens que François Duvalier, sans feindre ni craindre, sans peur et sans faiblesse a su endosser seul ses responsabilités devant l’Histoire, décidé à vivre pour sa Patrie s’il ne lui arrivait pas de mourir pour elle. C’est à la lumière de ces considérations et conscient de l’importance du mot cueilli dans l’Iliade que, comme l’Empereur, Il a veillé et combattu seul « Eio korianos esto » Que le Chef soit seul ! De là, à dire qu’il fut un tyran, oui, Il le fut mais c’était pour la promotion des masses et des classes moyennes. Il ne l’a jamais caché, du reste, il se disait révolutionnaire. Et dans ses discours, il a bien défini les caractéristiques d’une révolution, totale, radicale,…
Miami, le 29 Septembre 2012
Dr Jean L. Théagène
Président de l’Union Nationale
Des Démocrates Haïtiens





