Radio Television Caraibes: Haiti, Actualites, Nouvelles, News, Politique: L’hybridation de la musique haïtienne entre le rêve et la réalité L’hybridation de la musique haïtienne entre le rêve et la réalité ================================================================================ Jean-Robert Noel on 01/02/2012 07:55:00 La musique est la langue du cœur et de l’âme. Elle n’a pas de frontière. Elle va au-delà des océans pour toucher ceux qui aiment le beau, le vrai et le bon. Les chansons bien conçues peuvent pénétrer jusqu’au tréfonds de l’être, où demeure la vérité qui fait resplendir l’amour universel. Chaque pièce musicale doit être une création particulière, invitant à l’introspection et à la communion des cœurs, tout aussi bien à celle des âmes. Le croisement musical et le langage des cultures Aujourd’hui, on parle de cross over soit d’une forme de musique, d’un artiste ou soit d’un groupe d’artistes. Le mot cross over est souvent mal utilisé et mal compris dans l’industrie musicale haïtienne. Il peut signifier un transfert d’un style de musique à un autre. Il veut aussi dire réussir en dehors de la culture de son pays d’origine. C’est un terme qui peut aussi traduire la fusion de deux styles de musique pour créer une nouvelle forme qui souvent s’internationalise et offre un grand profit monétaire allant souvent de l’ordre des millions. D’une façon générale, la musique cross over est réalisée quand une chanson ou un album d’un certain style de musique atteint une popularité incroyable dans un autre genre, dans d’autres pays, dans d’autres cultures. Contrairement à l’opinion publique, le cross over / crossing over ce n’est pas le fait d’aller honorer un contrat dans un pays d’Europe, d’Asie ou d’Afrique ou dans d’autres continents mais plutôt de faire accepter notre musique et réussir à vendre des millions de disque à travers le monde comme le Reggae et la Salsa. Le crossing over est quelque chose de permanent. Aucun groupe musical haïtien n’a jamais atteint ce chiffre depuis l’existence de notre industrie musicale. Le musicien haïtien peut aussi devenir millionnaire si les mesures nécessaires sont prises à temps. Qu’on ne s’illusionne pas. Il nous faut simplement une restructuration de notre musique. Il faut rendre la musique populaire haïtienne dans un style qui puisse plaire aux amants de musique d’une autre culture. Les lignes mélodiques doivent être fortes, captivantes, accompagnées d’une puissance vocale et des harmonies bien conçues pour faire ressortir le merveilleux musical. La meilleure chose que procure le cross over c’est qu’il offre un large horizon à l’artiste qui y réussit ou le groupe d’artistes qui parvient à traverser le pont menant vers la reconnaissance internationale. L’essence demeure le fait que le cross over est souvent la combinaison de deux styles différents de musique pour produire quelque chose complètement original. Il faut se rappeler que l’originalité ne dépend pas de la matière mais plutôt de la manière. Quelques groupes musicaux haïtiens avaient essayé une telle combinaison et ne s’étaient même pas rendu compte. Ils l’ont discontinué, peut-être par faute de connaissance musicale. Un autre groupe haïtien a eu toute la chance de réussir dans ses démarches de traversée continentale permanente « crossing over » mais la compagnie qui l’accompagnait avait dû l’abandonner en pleine route. Les musiciens de cette formation musicale n’avaient pas compris le côté business de la musique. Ils avaient aussi perdu l’avantage de promouvoir un instrument qu’une compagnie étrangère avait placé sur le marché international. Ils peuvent encore réussir. L’opportunité est comme un oiseau, il faut la saisir au vol. Je trouve que la diversité musicale haïtienne est une richesse qu’il faut exploiter au lieu de diviser les tendances musicales. Aujourd’hui, on essaie de comparer le compas direct «Konpa Dirèk» au rap créole. Certains prétendent que le rap créole tend à pâlir le Compas-Direct et qualifient cette nouvelle forme de «musique des jeunes». C’est archi-faux. Elle convie souvent un message que les moins jeunes ne prennent pas le temps d’écouter. Ces groupes à tendance Rap chantent la réalité haïtienne en créole. Ils créent un «beat» entrainant sur lequel ils ajoutent des ingrédients créoles. Ils mettent à nu les problèmes sociaux, économiques et politiques. Le carnaval représente toujours leur medium d’expression pour dénoncer ce qui doit l’être. En réalité, ils conservent l’essence créole et y ajoutent des éléments musicaux qu’ils empruntent des autres formes de cultures. C’est bien une forme d’hybridation. Certains artistes étrangers arrivent à combiner la musique populaire à la musique classique. Ils ont ainsi découvert d’autres cieux et réussi dans le monde international. Miles Davis ne s’adonnait pas seulement au Jazz. Il avait élargi son horizon musical en fusionnant le jazz à d’autres styles de musique. La restructuration de l’univers musical haïtien La principale raison qui fait échouer la musique populaire haïtienne est due au fait que l’industrie musicale est saturée d’un certain genre de musique, celui qui fait plus ou moins son affaire. Elle ne donne pas accès à d’autres genres qui pourraient faciliter l’hybridation et du même coup rendre plus facile la traversée transcontinentale de notre culture, particulièrement de notre musique populaire. Notre musique ne respire pas. Tous les instruments jouent en lead et fort. Encore une fois, qu’on se rappelle que jouer fort ne veut pas dire bien jouer. Les solos de guitares paraissent trop longs et encombrants. Le cri strident des claviers / Keyboards se ressemble trop et il nuit même celui qui joue à l’instrument. Des fois, le chanteur est obligé de se boucher les oreilles de ses mains. Il faut aérer l’espace musical surtout quand le chanteur est à l’œuvre. Cela ne se fait plus. Les batteurs jouent un peu trop fort et raclent trop la cymbale sans cause, du début à la fin, « yo bat cymbal la pou ryen, se sa ki kreye dezod mizikal ». Je trouve que la cymbale pleurniche trop- « symbal rechiya ». Un batteur peut jouer à feu doux sans déranger le groove. Il y a un courant musical qui prend forme et gagne du terrain : le Jazz Haitien ou Jazz Créole. Je vois des batteurs Konpa Dirèk qui se posent en batteur de Jazz, sans transition. Il faut qu’ils se rappellent qu’il y a une différence entre jouer à la batterie et jouer du Jazz à la batterie. En musique dansante c’est la section rythmique qui fait danser, contrairement à ce que la majorité pense ou nous fait croire. Dans un de mes articles, j’avais mis l’accent sur l’importance de la gamme. J’avais signalé qu’elle représente la charpente sur laquelle se fonde la musique en général. Elle représente l’alphabet de la musique en général. À partir de la gamme, on peut choisir les notes pour composer la mélodie, et tout aussi bien trouver les accords d’une chanson. J’avais aussi défini ce qu’est une mélodie, une note et un accord. Une mélodie est une succession rythmique logique linéaire de notes jouées formant un air. Une note se définit comme un symbole musical représentant un ton. Un ton est un son musical. Il faut aussi dire que le bruit est aussi un son mais un son indésirable, désagréable à l’oreille. Un accord est vu comme un groupe d’au moins trois notes jouées simultanément pour produire un son harmonieux. La musique en théorie universelle Pour déterminer la tonalité d’une chanson à partir du nombre de dièses à la clef sur la portée, il faut considérer la quinte et la quarte de la note fondamentale ? Par exemple, si on lit une partition et que l’on voit un morceau avec trois dièses après la clé de Sol sur une portée, cette composition est en La maj. ou bien en Fa dièse # mineur. Un morceau écrit sur partition avec 4 dièses à la clef est en Mi maj. Les cinq signes indiquant les altérations sont connus sous le nom d’accidents. Ce sont le dièse (#), le double dièse (# #), le bémol(b), le double bémol (b b) et le naturel. Le dièse hausse d’un demi-ton la note qu’elle précède. Le double dièse hausse le ton de 2-demi-tons. Le naturel restore la note à la normale après avoir été altérée. Le bémol baisse d’un demi-ton la note qu’elle précède. Et, le double bémol abaisse d’un ton entier la note qu’il affecte. Il faut aussi considérer les équivalents enharmoniques, tels que Fa dièse et Sol bémol, Ré bémol et Do dièse #, La dièse # et Si bémol b. Je rappelle que les gammes majeures des équivalents enharmoniques comportent les mêmes notes (même fréquence de son) mais ne s’écrivent pas de la même manière (noms différents). La gamme majeure suit une formule universelle : un ton, un ton, un demi-ton, un ton, un ton, un ton, un demi-ton, puis la note de départ à l’octave. La gamme de Ré majeure: Ré, Mi, Fa dièse #, Sol, La, Si, Do dièse #, Ré. Tout ceci se résume comme suit : Do = zéro (0) dièse, Sol=1 dièse, Ré= 2 dièses, La= 3dièses, Mi= 4 dièses, Si=5 dièses, F dièse #= 6 dièses. Pour savoir le nombre de bémols dans une gamme, on part de Do. On prend la quarte de Do en comptant 1, 2, 3, 4, (la gamme Do n’a pas de bémol). La quatrième note de la gamme de Do est la Fa. Ce qui nous permet de dire que la gamme de Fa contient un seul bémol, le Si bémol (b). De la note Fa, on compte jusqu’à 4, la quarte de Fa. La quatrième note à partir de Fa est la Si b (bémol). On conclut que la gamme de Si bémol (b) Maj. contient 2 bémols. Pour trouver les accords d’une chanson on considère encore la gamme, et à partir de la tonalité, on peut choisir 1-4-5 (majeurs) puis 2-3-6- (mineurs), 7e note un diminué). Ces chiffres représentent les notes de la gamme à partir desquelles on forme les accords. On peut aussi se référer à la mélodie et à partir des notes qui la composent choisir les accords qui vont avec la mélodie. Depuis plus de 50 ans, beaucoup de nos musiciens haïtiens confondent le style et le rythme. Un rythme se définit comme une disposition symétrique et une succession périodique des temps forts et des temps faibles dans une phrase musicale. Pourtant, aujourd’hui, tous les musiciens sont arrangeurs et se vantent de l’être, même s’ils n’arrivent pas à pénétrer et maitriser le concept de chord voicings. Le concept partiel de chord voicings ou voisement d’accords Un vrai arrangeur doit comprendre le concept de « chord voicings » (voisement d’accords) dans toutes ses facettes, c'est-à-dire comment arranger et jouer les notes d’un accord pour rendre la pièce musicale plus captivante. D’où ressort le concept d’harmonie. Il faut qu’un arrangeur comprenne la clef de chaque instrument qui compose l’orchestre pour bien arranger une composition musicale, utilisant: le trombone, la trompette, le sax, la basse, la guitare, le violon etc. La note Do d’un trombone diffère. Si aujourd’hui je parle d’un accord La mineur majeur 7è, certains musiciens haïtiens vont dire qu’il est impossible qu’un accord soit mineur et majeur en même temps, sans savoir que le 7è représente l’intervalle majeur. Pour un accord mineur, on altère la troisième note. Au « La mineur » on ajoute la note Sol dièse # (La min.Maj 7è). La basse, le clavier « le keyboard » et la guitare ne peuvent pas jouer dans la même portée. Le mot voicing - la voix- en musique ne se réfère pas toujours à la voix humaine. On peut aussi parler de la voix des notes, donc des accords, voisement d’accords (chord voicings). Le bassiste d’un orchestre joue la note fondamentale (root) d’un accord. Un chord voicing (voisement d’accords) qui contient la note fondamentale devient redondant. Un voisement d’accord résonne d’une façon plus complète quand on y inclut la troisième et la septième note de l’accord. Quand celles-ci se combinent à la note fondamentale (root), elles définissent la qualité essentielle de l’accord en question. Une des façons d’altérer un voicing est de réarranger les notes de l’accord en procédant à un déplacement d’octave c'est-à-dire en replaçant la note de base dans une autre octave (renversement d’accord). Le concept de renversement (inversion) d’accord représente un exemple évident de cette théorie. Le concept de mode doit être aussi respecté. Il traduit les humeurs. Le mode majeur exprime la joie, tandis que le mode mineur traduit la mélancolie, la tristesse, la peine. Certains de nos musiciens les utilisent sans respecter les syntaxes musicales. C’est triste. Si tous ces concepts musicaux sont appliqués selon les recommandations des syntaxes musicales, la musique populaire haïtienne pourra traverser les frontières, être acceptée comme le Reggae, la Salsa et apporter aussi des millions à nos musiciens. Et, tant qu’on ne procède pas à l’hybridation de la musique populaire haïtienne, le crossing over permanent ne restera qu’une illusion des musiciens haïtiens. La musique est une profession comme toutes les autres. Si on vit de la musique, il faut qu’on la prenne au sérieux. Le musicien doit être capable de vivre de son métier. Le marché haïtien est maigre. Il faut essayer d’étendre vos tentacules au-delà des frontières. robertnoel22@yahoo.com