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Les productions musicales de Kaï et de K-Zino au profit du marché konpa dirèk

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Le marché de la musique fonctionne en conformité avec la théorie de l’offre et de la demande. Au fil des ans, il a connu des modifications considérables avec l’évolution technologique qui a changé le mode de consommation de la musique. Le marché konpa dirèk a souffert d’une carence de production musicale, due à plusieurs facteurs, tels que la disparition graduelle des disquaires, le piratage, l’horaire et la programmation hebdomadaire des groupes musicaux dans les boîtes de nuit, l’inexistence de compagnies haïtiennes de distribution et la crise économique. 

Malgré toutes ces contraintes, les groupes Kaï et K-Zino ont consenti des sacrifices et ils se sont arrangés pour mettre leur nouveau produit en circulation avant l’été 2017. Ce qui va leur garantir une saison estivale fructueuse, s’ils priorisent une promotion agressive et un marketing convaincant, considérant l’effort que ces musiciens ont déployé pour réaliser un tel projet. Ils ont du même coup alimenté le marché konpa dirèk qui avait grand besoin de nouveauté. Ainsi prend fin l’accalmie de ce marché musical. Le vide est aujourd’hui partiellement comblé, espérant que d’autres groupes emboîtent le pas dans la même direction.  

Le groupe Kaï sur le chemin du succès

Sur l’album de Kaï titré « Champion », on remarque un nouveau format de présentation de disque où l’on compte « Intro », « Champion », « Cocktail », « Interlude 1 », « Kite menaj ou », « Kansè », « Interlude 2 », « Nou nan kaï la », « Malad », « Demisyone », « Tou mare »et « Leve pye w ». Cela marque déjà un changement au niveau de concept. Il faut signaler que « Kaï » est un nouveau groupe qui a vu le jour après la fragmentation de la formation Carimi dont Richard Cavé était un membre fondateur. 

À travers la chanson « Champion », Richard Cavé confirme sa résilience. Il fait état de son courage et de sa détermination qui lui ont permis de se relever après la terrible chute de Carimi. Le morceau « Cocktail » est d’une autre texture. Et, Richard Cavé a chanté « Kansè » en duo avec Rutshelle Guillaume, qui a fait preuve d’une maturité vocale. Elle paraît plus calme, très sure d’elle-même et plus articulée. (R. Noël). Cette chanson met en évidence la force et l’impact de l’amour vrai sur celui et celle qui s’accrochent au sentiment qui les unit. Malgré les effets du tourbillon de la vie et les difficultés auxquelles ils font face, ils tiennent à la relation.  Ils souffrent terriblement,  mais ils cherchent une solution pour éviter que cet amour-kansè ne les conduise au tombeau prématurément. L’harmonisation des voix est superbe et le tempo paraît entrainant et plaisant. 

On ne saurait laisser passer inaperçu le morceau « Malad » qui a déjà connu un succès fou au niveau des stations de radio et des réseaux sociaux. « Demisyone » a un caractère différent et on note un changement de tempo. Après l’audition de l’album de Kaï, on peut dire avec assurance que ce groupe musical va se frayer une voie qui pourra lui valoir une bonne position au classement de la compétition musicale. Il faut noter que la collaboration de Kaï avec des artistes de renom apporte un nouveau souffle de vie à cette nouvelle formation musicale. Bien que Kaï soit nouveau sur le marché konpa, ses musiciens ne sont pas nés de la dernière pluie.  

Kaï : Une nouvelle page d’histoire 

Richard Cavé a choisi un manager qui connaît déjà les ficelles de cette industrie musicale. Il s’agit de Fritz Hyacinthe, mieux connu sous le nom de « Fito Farinen », qui possède l’expérience qu’il faut pour mener Kaï à bon port. C’est lui qui s’occupait de l’administration de Carimi. Et tout allait bien pendant sa gestion, bien qu’il se soit révélé impuissant face à la dissolution du groupe. Autrement, il aurait fait tout ce qui était en son pouvoir pour le maintenir en vie. Ce livre de  Carimi est définitivement fermé et une nouvelle page d’histoire vient d’être imprimée avec la création du groupe Kaï. 

On ressent l’essence pure de Carimi à travers Kaï, même si Richard Cavé dit : « nou fè yon lòt bagay ». Cela peut signifier « nou fè yon lòt djaz », un autre « machin ». Pourtant, cela n’enlève rien à son originalité qui dépend plutôt de la manière et non de la matière. La ressemblance est un fait normal puisque la couleur tonale de Carimi dépendait de Richard Cavé. On peut séparer Richard Cavé de Carimi, mais on ne peut extraire Carimi de lui. L’habitude est une seconde nature, dit le vieil adage.  Et, « chassez le naturel, il revient au galop ». Le groupe Kaï se trouve déjà en route sur le chemin du succès et nous lui souhaitons longue vie. 

La formation K-Zino en transit vers un nouveau monde

Après des années d’attente, le groupe K-Zino a enfin produit un nouvel album qui a pour titre « Tansition », sur lequel sont inscrites 12 chansons qui sont : « Bèl deyès », « M’kole », « Next level », « M’ap ba ou l », « Male », «Pran m déjà », « Defi », « Santiman pa dyaman », « Super hero », « Ti moto », « Fè sa w vle avè m », et « Papa nèt ». Avec ce nouveau disque, K-Zino va connaître un grand succès si les responsables font le nécessaire, en termes de promotion et aussi de marketing. 

Le groupe K-Zino avait déjà produit un autre album ayant pour titre « Tou gòl ». Il semblerait que l’arbitre officiel (le public) ne lui ait pas accordé le but, parce que  la vedette se trouvait hors-jeu. La prédiction de K-Zino n’a pas été confirmée. Malgré tout, ces musiciens n’ont pas lâché prise. Ils ont emprunté la plus longue route pour s’assurer que leur marchandise arrive à destination sans dommages. Ils avaient promis la sortie du nouvel album en 2016, mais un fâcheux contretemps les avait retenus en chemin. Mieux vaut tard que jamais! Ce nouvel album intrigue tous ceux qui s’intéressent au monde konpa dirèk. Déjà, on fait la comparaison entre K-Zino et d’autres formations musicales. Certains pensent que l’album de K-Zino est meilleur à ceux d’autres groupes connus. 

L’audition du disque permet d’établir la différence entre les disques « Tou gòl » et « Tansition » de K-Zino. On note une certaine et claire maturité musicale de K-Zino en 2017. Ce disque est bien d’une meilleure facture. La pièce « Bèl deyès » met la femme en relief. Dépouillé de toute trivialité, le texte relate la beauté angélique d’une femme. L’articulation musicale du chanteur le démarque de la grande majorité et la qualité sonore de l’œuvre reflète un professionnalisme rare. On peut facilement et clairement distinguer tous les instruments. 

La simplicité du guitariste impressionne. Il respecte l’intervalle qui lui est alloué. La section rythmique tient fermement un pattern qui permet aux autres instruments de se libérer. Examen réussi avec grande distinction ! Le morceau « M’kole » va conduire K-Zino au-delà des frontières en toute sécurité. C’est une autre dimension. En ce sens, K-Zino a fait ce que des groupes plus populaires que lui n’ont pas pu réaliser : l’hybridation musicale, une fusion musicale. L’orientation est très bonne et confirme que le titre de l’album « Transition » convient bien.  K-Zino est en route vers un nouveau monde ! 

K-Zino dévoile la réalité d’une société 

« M’ale » décrit la réalité quotidienne haïtienne où les jeunes rêvent de laisser le pays pour aller vivre sous d’autres cieux, particulièrement au Chili. Cette chanson peut être vue comme le miroir d’une génération perdant tout espoir de vivre un lendemain meilleur au pays natal. La tonalité de la chanson corrobore la thématique. La pièce musicale « Santiman pa dyaman » fait questionner les intérêts en amour. Le texte de cette chanson convie un message touchant les conditions de survie d’un sentiment fort. Les paroles disent ce qui suit : «  depi m tou piti m tande pou jwen lanmou li pa easy, si w pa gen kòb pou w jere l ou ka sezi jan w pran nan di, santiman pa dyaman se richès kenpotan, poutan m pa gen lajan, men m vle la pou tout tan….. e si yon jou m ta vin pòv eske w ap toujou banmwen lòv,... si m pa gen Mèsedès na pran l nan kamyonèt la, si m pa gen bèl oto na pran l dèyè moto a, bebi m pa gen lajan  m paka ba ou dyaman la, men si mwen ba w lanmou, bebi pran l pran l ». C’est beau. La morale de l’histoire montre que l’amour est le plus fort des sentiments quand il est partagé équitablement, c'est-à-dire lè lanmou pa gen fòs kote. 

La simplicité rythmique de cette chanson lui confère un caractère singulier. La musique de K-Zino respire. Auteur – R. Noël. « Fè sa w vle avè m » est encore une autre pièce de bonne facture. « Papa nèt » traduit un fait qu’on vit souvent dans notre société, où le test ADN révèle que le mari n’est pas le père biologique d’un enfant qu’il croyait être sa progéniture. Malgré tout, il s’en fout de ce que dit la société et continue à combler l’enfant d’affection et d’attention. Une preuve d’humilité sans nulle autre pareille! C’est touchant. Ce qui, en sus de la bonne qualité musicale,  fait la valeur de l’album de K-Zino ce sont les sujets traités qui traduisent une réalité qu’on vit dans notre société. 

Les arrangements et les orchestrations donnent à cet album «  Transition » une particularité qui défie l’imagination. On est en droit même de parler de l’imagination fertile des paroliers et des musiciens de K-Zino. La qualité sonore de l’album contribue aussi à l’élévation de K-Zino à un autre niveau. Vraiment,  l’album est un tremplin qui le fait sauter plus haut qu’on ne l’aurait imaginé. Avec ce disque « Transition », K-Zino peut, avec certitude, dire « Tou gòl » et crier victoire maintenant. Cette fois, la vedette n’est pas hors-jeu, bon gòl. L’arbitre ne peut user de son autorité pour ne pas l’accorder, car « se bon gol, san diskisyon ».  K-Zino a réussi aux examens avec la mention « grande  distinction ». Il figure au tableau d’honneur. Bon travail et succès, K-Zino.   

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