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Makenzy Orcel : « Initier un dialogue avec les lecteurs haïtiens me manquait beaucoup »

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Sur son smartphone, Makenzy Orcel montre la page de couverture de son roman « L’Ombre animale ». On y voit la  photo d’une dame. C’est celle de la mère de l’auteur. La photo traduit deux choses. « Premièrement, c’est un hommage à ma mère, dit-il. C’est quelqu’un que je respecte beaucoup pour son courage. Elle s’est sacrifiée pour moi car j’ai grandi sans mon père. Je voulais lui rendre cet hommage. La deuxième chose, c’est que ma mère aime beaucoup me raconter des histoires. Elle me raconte toujours des histoires. Et c’est comme Balzac ou Alexandre Dumas tant elle a le talent de conter des histoires. »

Toute la première partie de « L’Ombre animale », confie Orcel, reflète ces histoires que lui racontait sa mère. « Je ne connais pas réellement la vie des paysans, ce n’est pas vraiment mon univers, mais grâce aux histoires de ma mère, je suis arrivé à cerner cette réalité, explique l’auteur.  Je les écris avec mes propres mots, mais avec la voix de ma mère à mes oreilles. »

Depuis qu’il est co-invité d'honneur à Livres en folie cette année, Makenzy Orcel gère un agenda chargé. Des invitations par-ci, des invitations par-là. Cela ne le dérange pas. Au contraire. « Je suis souvent invité à beaucoup d’activités littéraires à l’étranger, dit-il. Je rencontre des gens, je peux dire sincèrement que je ne vois pas parfois l’importance de ma présence à certaines de ces activités-là. Si je n’étais pas invité, cela n'aurait rien changé rien parce que les gens possèdent tout : bibliothèques, argent, politique culturelle…Par contre, en Haïti il y a une vraie soif de ce type d’activité. »

Pendant son séjour en Haïti, celui qui est né à Martissant (banlieue sud de Port-au-Prince) et qui a grandi au centre-ville profite pour rencontrer ses lecteurs, discuter, faire entendre les textes. « Je suis vraiment très content d’être co-invité de Livres en folie cette année, affirme Makenzy Orcel. Peut-être que je ne le montre pas assez, mais sincèrement je suis très heureux. Cela me permet de rencontrer le lecteur haïtien. Je suis haïtien, j’ai grandi ici, mais je fais plus de choses à l’extérieur qu’en Haïti. Et quand les livres sont édités à l’étranger, ils sont souvent très chers en Haïti. C’est une belle opportunité que Livres en folie m’offre cette année pour partager tous mes textes avec les lecteurs, à des prix abordables. Cela m’a manqué : initier un dialogue avec les lecteurs haïtiens. »

A travers son œuvre, Makenzy raconte son vécu, ses expériences dans ce quartier populaire qui l’a vu naître. « Dans ce quartier où j’ai grandi, j’ai vu beaucoup de choses, indique l’auteur. On connaît la réalité des quartiers populaires en Haïti, bastions de la violence visible, lieu aussi des inégalités. La passion de l’écriture vient en quelque sorte de ces histoires vécues. Il y a toujours une part de soi-même dans ce qu’on écrit. On ne peut pas écrire sans son enfance, ses expériences, son vécu. Il y a une envie de raconter tout ça, de les partager, ou tout simplement de les vider de moi.»

En 2007, il sort son premier livre, un recueil de poèmes, « La Douleur de l’étreinte », publié à 1 000 exemplaires. Il a encore des copies qui seront disponibles à Livres en folie. Deux ans plus tard, il sort un autre recueil de poèmes titré « Sans Ailleurs » avant qu’il prenne son envol avec le roman « Les Immortelles » à travers lequel Makenzy Orcel donne la voix aux prostituées de Port-au-Prince après le tremblement de terre du 12 janvier 2010. Paru chez Mémoire d'Encrier, en 2010, ce livre a remporté le prix Thyde Monnier de la Société des gens de lettres. Mais, c’est avec « L’Ombre animale » que Makenzy Orcel a fait un carton. Ce roman a raflé en 2016 quatre distinctions : prix Littérature-monde, prix Louis Guilloux, prix Ethiophile, prix Caraïbes de l’ADELF. 

En 10 ans,  Makenzy Orcel, né le 18 septembre 1983, a su se tailler une réputation dans le monde littéraire. Drôle pour quelqu’un qui voulait étudier l’informatique après ses études classiques. « Au début des années 2000, tout le monde voulait devenir informaticien, se rappelle-t-il. Mais, après je m’étais rendu compte que ce n’était pas vraiment le meilleur choix pour moi. » 

Sa notoriété aujourd’hui dans le milieu lui donne raison. Il fait « quelque chose qui a du sens, qui peut parler aux gens, toucher la conscience, réveiller la société ». 

Dans son périple, il sera ce 20 mai à la Maison des poésies en France pour lire son dernier livre «  Le champ des collines », édité par Mémoire d’encrier, qui sera publié à Livres en folie. Il sortira aussi cette année chez Legs éditions son premier livre créole titré « Miwomiba ». En 2018, il sortira un roman chez Zulma. Tout par le livre et pour le livre. « J’ai tout abandonné pour me consacrer seulement à l’écriture, indique Makenzy Orcel.  J’avais un emploi, un salaire… j’ai tout laissé tomber pour l’écriture. C’est le seul endroit où je me sens bien. Les livres m’ont sauvé la vie. Je suis ce que je suis aujourd’hui grâce aux livres. J’ai tout appris à travers les livres. »

Valéry Daudier source le nouvelliste