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Croix-Rouge-Transfusion : du sang non sans risque…

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L’information circule sous le manteau entre médecins, est connue de patients confrontés à cette réalité de recevoir de la Croix-Rouge haïtienne du sang non testé pour l’hépatite B et objet d’un « test rapide » pour d’autres agents pathogènes, dont le VIH, a confié au journal un médecin sous le sceau de l’anonymat. 

« La Croix-Rouge haïtienne  demande au médecin d’autoriser et au patient de signer pour accepter le sang dans ces conditions », a-t-il dit au journal dimanche soir, estimant qu’il n’est pas « normal en Haïti, en 2017, que le patient et son médecin aient à choisir entre la mort et le risque de contracter l’hépatite B ou même le VIH Sida ». 

« Tout le monde sait que le test rapide n’est pas parfait. Ceux qui le peuvent, après avoir reçu le sang de la Croix-Rouge ces jours-ci, effectuent un second test de confirmation dans un autre laboratoire. Pour le VIH, il faudrait effectuer deux tests rapides sur deux échantillons différents », a confié au journal un autre médecin, lui aussi off the record. 

Jan l pase l pase

En milieu de journée,  exaspérés par des va-et-vient, les enfants de Belfort Fleuridan, en passe de rentrer à la salle d’opération, doivent retourner auprès du médecin pour obtenir une autre autorisation pour que soit fait le test rapide avant la livraison d’une pochette de sang. Elsa Benjamin, rencontrée elle aussi à la banque de sang de la Croix-Rouge dans le building de la Digicel à Turgeau, explique qu’elle s’est « résignée », a décidé de jouer le tout pour le tout. « Jan l pase l pase  », a-t-elle dit après avoir accepté de signer pour recevoir le sang pour sa mère, 56 ans, qui, en quelques jours, est passé de 7 à 4 grammes d'hémoglobine. « Je suis vraiment étonné que dans mon pays qu’il n’y ait pas de moyens pour tester la présence de l’hépatite dans le sang. Je trouve que c’est bizarre de vivre dans un pays comme ça », a confié Elsa Benjamin. 

La Croix-Rouge haïtienne  se débrouille et rassure

« Il n’y a pas un problème de sang. Il y a un problème de test. Actuellement, nous n’avons pas de réactif pour l’hépatite B. Nous en avons très peu pour l’hépatite C », a confié au journal le président de la Croix-Rouge haïtienne, le Dr Guito Jean-Pierre dimanche après-midi. « Pour le VIH, il n’y a pas de souci, nous faisons le quick test, mais il faut quand même que la personne accepte », a-t-il poursuivi, expliquant que sans les réactifs, la Croix-Rouge haïtienne ne peut pas utiliser ses machines, ses automates pour faire des tests plus poussés.

Le patron de la Croix-Rouge haïtienne a expliqué que son institution est « sous sous récipiendaire (SSR)», qu’elle n’a pas d’argent, qu’elle ne place pas de commande. La situation actuelle est imputable au Fonds Mondial, gestionnaire de beaucoup de dossiers, dont la malaria, la tuberculose, le VIH après le départ du Pepfar, a expliqué Guito Jean-Pierre, soulignant que la Croix-Rouge haïtienne dispose d’une ligne budgétaire de 1,7 million de dollars auprès du Fonds mondial, qui « parait-il », n’a pas placé à temps les commandes pour l’acquisition de réactifs.

« J’ai pas fait de scandale ni donné de conférence de presse. J’ai préféré gérer ça », a dit Guito Jean-Pierre, qui dit être fatigué de faire du « patching », du bricolage et de quémander pour faire fonctionner correctement le service de transfusion sanguine. « J’ai documenté 21 cas de rupture avec le Fonds mondial qui ne délivre pas à temps depuis le début de l’année. Vous n’avez pas eu écho de cela parce que j’ai réagi en tant que Croix-Rouge en appelant un partenaire pour trouver une aide financière. Il n’y a plus d’argent. Il n’y a plus rien que je puisse faire. J’ai fait trop de patching. A plusieurs reprises, c’est la Croix-Rouge coréenne qui nous a donné de l’argent pour acheter des intrants », a insisté Guito Jean-Pierre, optimiste cependant quant à une amélioration dès la semaine prochaine après des réunions avec le MSPP et des cadres du Fonds mondial.

Interrogé sur la situation des médecins et des patients qui doivent accepter les risques en recevant des pochettes de sang de la Croix-Rouge haïtienne, le Dr Jean Pierre a expliqué qu’en donnant le sang, il y a une prise de risque. « Je prends un risque et je dois avoir une décharge de responsabilité », a-t-il dit . Le patron de la Croix-Rouge haïtienne  a toutefois souligné que les médecins n’ont pas été contraints de signer pour le quick test.« Ils n’ont pas été obligés de signer. Ils peuvent ne pas signer. C’est au patient qu’appartient cette responsabilité. Il peut se faire conseiller par son médecin », a indiqué le président de la Croix-Rouge, estimant qu’il ferait transfuser sa propre fille si la vie de celle-ci était en danger faute de transfusion.

MSSP pour que cela ne se reproduise plus

« Le Programme national de sécurité transfusionnelle (PNST) est géré par le MSPP à partir d’un financement du Fonds mondial. Ce financement se fait à travers le PSI/OHMASS qui remplit le rôle de récipiendaire principal qui assure la gestion des fonds. Le PNST remplit la fonction de Sous Récipiendaire (SR) avec pour mission l’élaboration des normes et des procédures techniques et administratives  tandis que la Croix-Rouge haïtienne (CRH) a le statut de Sous sous récipiendaire (SSR) et représente le bras opérationnel. Les trois structures interviennent de façon coordonnée pour assurer la livraison à la clientèle de pochettes de sang de qualité sans risque pour les bénéficiaires », a expliqué la ministre de la Santé publique Greta Roy dans un email au journal.

« Le PSI est l’entité habilitée à placer les commandes d’intrants pour la gestion du sang et à cause des procédures parfois longues devant garantir la disponibilité permanente des intrants il a été constaté ces derniers temps certains problèmes de rupture de stock pour lesquels le MSPP a dû intervenir de façon ponctuelle », a révélé la ministre de la Santé publique et de la Population, qui évoque les actions entreprises. 

« Aujourd’hui, via la République dominicaine, une livraison d’intrants a été faite pour permettre à la Croix-Rouge haïtienne de disposer d’un stock pour une semaine. Au moment de la rédaction de cette note, un stock valable pour trois (3) mois est en voie d’être dédouané ce qui va permettre à cette institution de mettre à la disposition de la population du sang de  qualité »,  a indiqué la ministre de la Santé publique et de la Population Greta Roy. 

« Le MSPP, conscient de ses responsabilités citoyennes, veut assurer la population que tous les efforts seront faits pour qu’à l’avenir ce genre de situation ne se répète plus. Des instructions ont été passées à tous les acteurs de la chaine d’acquisition et de gestion de ce matériel sensible pour éviter à l’avenir  de pareille situation », a promis la ministre de la Santé publique et de la Population, qui souligne que « quand il y a une urgence comme c’est le cas maintenant, c’est le ministère qui répond à partir des fonds du Trésor. « Nous avons acheté à trois reprises ces deux dernières semaines de la République dominicaine », a expliqué Greta Roy.

« Les procédures du Fonds mondial en Haïti sont lourdes.  Il impose plus de temps et plus de régulation dans le traitement des dossiers. Le Fonds mondial nous a mis des conditions spéciales en rapport à une mauvaise expérience de gestion de ressources financières dans le passé. Tout le monde connaît cette histoire », a expliqué un médecin. Après cette histoire, il y a des inconforts par rapport au CCM, l’instance de coordination locale dans laquelle, a indiqué notre source, ne siège plus le MSPP. Le Fonds mondial veut des élections au niveau de cette structure pour que celle-ci, au 30 septembre, soit présidée par « un membre senior du gouvernement ».  Le Fonds mondial en Haïti, « c’est catastrophique mais côté haïtien, il y a des choses à redire », a-t-il dit à un moment où des programmes s’achèvent, que des partenaires se désengagent et espèrent que l’Etat haïtien assume ses responsabilités. « Ce n’est pas évident alors que l’enveloppe budgétaire allouée à la santé publique diminue », a souligné ce médecin. 

Le journal n’a pas encore contacté le Fonds mondial pour recueillir ses commentaires. Le journal ne sait pas encore à combien de patients ni combien de pochettes ont été délivrés dans le cadre de cette procédure spéciale. 

 Le virus de l'hépatite B (VHB), selon Le Figaro Santé, est un virus extrêmement contagieux qui se contracte par le contact avec le sang et d'autres liquides corporels tels que le sperme, les sécrétions vaginales et le lait maternel de personnes infectées. La grande majorité (90 %) des personnes infectées éliminent rapidement le virus : soit l'hépatite reste sans symptômes, soit elle se déclare sous forme d'une hépatite aiguë. Pour les 10 % restants, l'hépatite B devient chronique et peut entraîner des complications graves comme la cirrhose ou le cancer du foie à l'origine du décès d'un quart de ces personnes. L'hépatite B est la cause de 80 % des cancers du foie. Chaque année, insuffisance hépatique, cirrhose et cancer du foie sont responsables de près de 600 000 morts dans le monde. On estime que 2 milliards de personnes sont infectées par le VHB à travers le monde.