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Apre bal, fòk tanbou a pa ta lou...pou Ayiti ka dekole

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Le carnaval est à nos portes. Sortez vos masques. Choisissez votre danse. Réservez votre destination.
Les Cayes attendent avec impatience les fêtards. L'argent est aux Cayes. 9 millions pour Port-au-Prince, 150 pour la métropole du Sud. Le maire de Port-au-Prince fait le rêve de permuter de poste avec son homologue pour les trois jours gras, blaguent des mauvaises langues.
Les chars musicaux - leur ossature - sont arrivés à destination ce mercredi. La construction des stands s'accélère. Bateaux de croisière et logements chez les Cayens se mettent en place. Boissons et nourriture débarquent par conteneurs entiers. Les petits et les gros marchands affûtent leurs offres. Chacun aura sa part de la manne. Pour une fois, la province aura la tranche belle. Jacmel, les Cayes et tout le chapelet des petites villes environnantes de ces deux points de fête aiguisent leur appétit.
Parmi les grains de riz, les petites roches goûteront à l'huile.
Le carnaval n'est pas que le temps d'une halte joyeuse. La politique reste féroce. Dimanche, le chanteur de Vwadèzil, auteur d'une des méringues les plus populaires, mais qui n'a pas l'air de plaire à tous, s'est fait agresser. Un autre chanteur, Don Kato de Brothers Posse, dénonce des pressions sur sa famille. Les deux formations musicales chantent des thèmes ironiques, défavorables à la Minustah, les troupes de l'ONU, et au président de la République, ancien chanteur vedette lui-même.
Les chansons des deux groupes sont dans le top cinq des méringues les plus diffusées sur les radios. Aucun des deux groupes n'aura de char pour participer au défilé aux Cayes. Représailles? Précautions? Mauvaise planification? La faute à "pas de chance"?
Entre deux chansons carnavalesques, la question de la nationalité des ministres et du président défraie la chronique, déchire l'unité de l'exécutif, donne des paroles à moudre aux parlementaires, attise la curiosité de la population.
L'ambassadeur américain, qui s'est prononcé ce mercredi sur une énigmatique lettre qu'il a signée en réponse à une demande formelle d'information de la commission sénatoriale d'enquête, a clairement précisé que le numéro de passeport accolé au nom du président Martelly n'est pas à Michel Joseph Martelly. Pour le reste, les lois des Etats-Unis d'Amérique ne lui permettent pas d'opiner sur la nationalité et le statut d'un citoyen quel qu'il soit.
Les pro-Martelly voient dans cette déclaration la fin de l'histoire. Les anti-Martelly une occasion supplémentaire de souligner le clair-obscur qui persiste.
L'ambassadeur Merten, comme tous les responsables américains, est entravé par les lois de son pays. Ils ne peuvent ni laver les soupçons, ni les renforcer.
Pendant ce temps, il est bruit que ce jeudi Garry Conille se rendra, sauf empêchement majeur, au Sénat pour déposer ses documents de voyage. Prenant le contre-pied de la résolution adoptée en conseil des ministres, il enjoint des ministres -doit-on dire les ministres?- à faire comme lui.
Tout ce bing-bang se fait au son des meringues carnavalesques et rien n'indique que le gouvernement profitera du long congé annoncé pour rentrer en retraite et évacuer les nombreux contentieux qui risquent d'entraver la bonne marche du pays après les festivités carnavalesques.
Apre bal, fòk tanbou a pa ta lou...pou Ayiti ka dekole, comme le dit le slogan du carnaval 2012.

Frantz Duval
duval@lenouvelliste.com
Twitter:@dalfaz