Accueil | Opinion | Corruption : Jovenel Moïse a-t-il atteint le seuil intolérable de l’inacceptable ?

Corruption : Jovenel Moïse a-t-il atteint le seuil intolérable de l’inacceptable ?

image

« Le seuil de tolérance de ce pays par rapport à l’intolérable est tout simplement inacceptable ». Cette citation est du président Jovenel Moïse. Tirée de son discours d’investiture, elle est épinglée sur son compte Twitter.  Beaucoup se demandent cette semaine si le président a atteint un seuil suffisant pour le porter à combattre les corrompus qui grenouillent autour des caisses de l’Etat ?

Mardi, après quarante-huit heures de rumeurs faisant état d'accusation à l'encontre de plusieurs membres du gouvernement Lafontant pour surfacturation dans des commandes de kits scolaires destinés aux enfants nécessiteux à l’occasion de la rentrée des classes, le premier ministre a remplacé aux pieds levés l’un de ces ministres, celui des Affaires sociales et du Travail que l’on disait impliqué dans la combine.

Quelques heures après le limogeage du ministre, en deux tweet, le compte du président Jovenel Moïse a jeté un gros pavé dans la mare. Dans un premier message il est écrit : « Combattre la corruption et l'impunité est l'un des engagements de mon mandat. J'y mettrai toute ma force pour y parvenir ». Dans le second on peut lire sous le portrait du président Moïse : « Un acte de corruption suppose la présence de corrupteurs et de corrompus. Tous sont passibles des mêmes peines ».

Avec de telles affirmations, le président a semblé confirmer les rumeurs les plus folles : il y a des corrompus au gouvernement. Le président laisse croire possible des poursuites contre les corrupteurs et les corrompus. Si les corrompus sont au gouvernement ou dans l’administration publique, les corrupteurs sont des firmes du secteur privé. Dans les deux cas, le président devra s’attaquer à des alliés ou à des proches.

En Haïti, au pays du kase fèy kouvri sa, il n’y a pas de cas répertoriés de poursuites contre corrupteurs et corrompus depuis le fameux procès des Timbres dans les années 70. L’Etat comme la société s’accommodent de la cohabitation bienveillante entre ceux qui ont volé et ceux qui devraient les poursuivre. L’entente cordiale entre prévaricateurs et futurs concussionnaires est l’un des piliers de la corruption en Haïti. 

Jovenel Moïse va-t-il mettre le pied dans le plat ? Le président va-t-il, comme ses porte-parole l’ont annoncé, exiger que l’investigation se poursuive dans cette affaire de kits scolaires ? Les instances chargées de donner suite aux soupçons d’enrichissement illicite vont-elles se mettre au travail ? Qui sera le chef de file d’une opération mains propres à l’haïtienne ?

Pour le moment, il n’y a aucune réponse à ces questions. 

Personne ne sait si le président de la République est prêt à mettre un coup de pied dans la fourmilière de la corruption ni s’il estime atteint le seuil intolérable de l’inacceptable. Il y a tellement d’institutions publiques qui ont passé commande de kits scolaires… il y a tellement d’autres motifs d’investigation…

Editorial du Nouvelliste