Accueil | Opinion | Rétroviseur : véhicules sans plaque...

Rétroviseur : véhicules sans plaque...

De temps à autre dans la zone métropolitaine, on tombe sur des véhicules, de gros cylindrés, en général des Toyota Land Cruiser (tèt bèf) de huit cylindres qui circulent, les vitres fumées très foncées et qui n'ont aucune plaque d'immatriculation ni aucun logo d'une quelconque institution. Les véhicules en question de couleur noire actionnent leurs sirènes et leurs conducteurs sont très impatients. Ce jeudi 12 avril, l'un d'entre eux a été vu à Pétion-Ville et à Delmas. Le dernier en question entrait tout simplement dans un super marché sur la route de Delmas, tandis qu'il faisait pression sous un feu rouge pour passer en violation des normes.

Nous présumons qu'il s'agit de véhicules de l'État. Et une source crédible nous a confirmé qu'il s'agirait de véhicules au service du ministère de l'Intérieur des Collectivités territoriales et de la Défense nationale. Alors là, c'est le comble, car l'une des instances chargées de la sécurité nationale envoie à la société un mauvais signal. Sommes-nous en train de faire marche arrière à l'époque où certaines personnes imbues de leur pouvoir circulaient avec des véhicules sans plaque ? Les DKW portaient-elles des plaques ?...

D'autres sources concordantes rapportent que le véhicule officiel du président de la République, qui devrait porter la plaque # 1, circulerait également sans plaque. Sommes-nous entrés pour vrai dans une République de « bandi legal » ?

Les autorités concernées doivent résoudre ce problème pour éviter toute situation regrettable. Dès qu'il y a des véhicules sur la voie publique, il y a possibilité d'accidents. Le cas échéant, comment une personne impliquée dans un accident avec un de ces véhicules pourrait-elle identifier proprement la partie d'en face ? Et comment des responsables au plus haut niveau de l'État peuvent-ils assumer, aujourd'hui dans le XXIe siècle, après vingt-six ans de transition démocratique, de faire circuler des véhicules officiels sans aucune plaque et probablement sans aucune carte d'enregistrement ? Comment le service de la Circulation peut-il accepter pareille situation ?

Cette mentalité du chef haïtien traditionnel est une marche arrière par rapport aux conquêtes démocratiques et en pleine contradiction avec les engagements du candidat Michel Martelly, désormais président de la République, qui avait promis « la rupture » avec les anciennes pratiques de pouvoir.

Par ailleurs, à un moment où le pays fait face à une situation d'insécurité non encore maîtrisée par les actuelles autorités, insécurité qui se manifeste de différentes manières, dont les kidnappings à bord de véhicule, c'est donner le mauvais exemple quand des véhicules de l'État, sans aucune immatriculation, sans aucune identification, circulent dans les rues. Le pouvoir, ici ou ailleurs, ne doit pas être l'instigateur de l'anarchie ou de comportements indésirables. Le service concerné de l'État à la disposition duquel se trouvent ces véhicules doit prendre les dispositions nécessaires pour les immatriculer en bonne et due forme et mettre fin à ces pratiques ramenant à l'esprit les mauvais souvenirs d'une autre période...

Ce genre d'attitudes venant du service public sont de très mauvais signes quant à l'état d'esprit de l'équipe au pouvoir dominé semble-t-il par les vieux démons de l'autoritarisme extravagant ne reculant devant aucun mode de manifestation et de démonstration de leur toute-puissance...