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Si le Canada nous avait mieux aidés… Si nous avons mieux appris...

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Depuis des décennies, Haïti est devenue une pourvoyeuse de cerveaux pour le Canada. Cela a commencé avec les professeurs dans les années 60 pour se poursuivre ces dernières années avec la cueillette des diplômés que les filets de l’immigration choisie ont attirés dans les villes canadiennes. Des milliers d’Haïtiens ont été tentés de faire le saut, personne ne sait combien de nos meilleurs cerveaux se sont en fin de parcours installés avec âme et bagages au Canada.

En plus de délester le pays de ressources formées aux frais du Trésor public et au prix des sacrifices des parents, l’astuce du Canada consistant à enlever d’un coup toute la famille, coupe sec le robinet des traditionnels transferts qu’effectuent les migrants pour soutenir les leurs restés au pays. Au contraire, adroitement, la politique canadienne encourage les diplômés haïtiens à tout vendre et à venir au pays de l’érable ou dans les villes à la fleur de lys avec un pécule qui leur permet de prendre pied plus vite.

Le Canada a dégarni Haïti de milliers de précieux cerveaux en offrant peu en retour.

Bien entendu, il y a l’aide canadienne. Des millions de dollars. Sur le papier. Quel pourcentage de ce qui nous est officiellement donné est retourné au donateur ou n’a jamais quitté les rives du canal Rideau ? On ne le saura jamais.

Qu’elles sont les réalisations marquantes du Canada en Haïti ? De quoi sont-ils fiers à Ottawa ou au Québec ? Qu’ont-ils permis d’ériger en Haïti ces dix dernières années ? L’hôpital La Providence des Gonaïves ? Un petit projet par-ci, un programme par-là ?

En gros, ni une entreprise canadienne ni un projet supporté par le gouvernement de ce pays ne peut être montré comme exemple de la réussite ou de la bonne marche de la coopération entre nos deux pays. La coopération Haïti-Canada n’est pas un fiasco complet, mais cela y ressemble.

Le Canada n’appuie pas non plus la bonne gouvernance en Haïti. Il s’accommode du pire comme d'autres de nos amis. Tranquillement. Après s’être pris les pieds dans les élections de 2010, il ne se réclame même plus comme un supporteur de la démocratisation du pays.

Si l’après-séisme n’a pas été le temps de la relève, les années qui ont suivi sont déjà à mettre au placard des mauvais souvenirs. Le Canada n’a pas réussi à aider Haïti et ses gouvernants à devenir meilleurs. Il n’encourage pas les Haïtiens à prendre en main le destin de leur pays, ni même le leur. Et les Haïtiens n'ont pas appris des Canadiens. Nous préférons croire que l'aide, la bonne foi et le bon coeur sont éternels.

Le même procès peut être fait à l'ensemble de l'aide internationale depuis dix ans. Et même avant. Nous échouons à tirer profit de l'aide. Les donateurs échouent à bien nous aider. 

Ce n’est pas un hasard, si, se souvenant que le Canada est un de nos meilleurs amis, des milliers d’Haïtiens cherchent à y trouver refuge de nos jours.

Frantz Duval Editorial du Nouvelliste