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La nationalité est-elle un enjeu du développement de notre société ?

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Fidèle à sa vocation de soulever les grandes questions et les enjeux majeurs où intellectuels, universitaires, experts sont invités à en débattre, à en discuter, le Forum du samedi 11 février aura été d’une très grande facture intellectuelle. Elle aura laissé l’assistance et les téléspectateurs sur leur soif tant le niveau des débats était, encore une fois, très élevé.

Invités de Forum, les professeurs Monferrier Dorval et Fritz Dorvillier (tous deux détenteurs de doctorat, le premier l’ayant décroché en droit, et l’autre en sciences sociales) ont abordé les concepts de nationalité, de citoyenneté dans leur apport au développement  dont nous rêvons pour notre société.   

En tant qu’universitaires, d’abord ils ont chacun défini le concept de nationalité. Pour le juriste Dorval, la nationalité est une notion juridique qui lie l’individu à l’Etat dans un espace donné. Le professeur Monferrier Dorval est allé plus loin dans son exposé  en  évoquant l’historique et l’évolution de la nationalité à travers les différentes Constitutions de notre pays.

Inscrit dans la même lignée que le professeur Dorval, le docteur Fritz Dorvillier, spécialiste en études du développement, a voulu évoquer le concept de nationalité dans sa dimension philosophique en ce qu’elle implique selon lui l’altérité, le désir de vivre ensemble. Le professeur Dorvillier entend par nationalité le rapport des individus entre eux et avec le territoire, le mode de gouvernabilité. Elle implique notamment un ensemble de valeurs d’ordre religieux, culturel, identitaire, politique, moral. Remontant à 1804, le docteur Fritz Dorvillier a souligné la formation de l’Etat haïtien avant la nation, laquelle est concrétisée par l’acte de l’Indépendance.  Pour corroborer les propos du docteur Dorvillier, le professeur Monferrier Dorval indique qu’Haïti était en 1804 avant tout un Etat et non encore une nation. Celle-ci, souligne le professeur Dorvillier, n’est pas mentionnée dans notre Constitution qui traite plutôt de la République.

En quoi la nationalité est-elle un enjeu du développement de notre société ? Confronté à cette importante interrogation, le docteur Dorvillier pense que le développement se fait d’abord et surtout avec les nationaux résidents sur le territoire. Il ne nie pas cependant que des étrangers, des binationaux et ceux d’origine haïtienne puissent y contribuer. Mais quant à la question de l’octroi de la nationalité haïtienne à des Haïtiens vivant à l’étranger et acquérant déjà une autre nationalité, le professeur Dorvillier pense qu’il faut créer d’abord un environnement propice à leur retour sur le territoire pour pouvoir contribuer à cette grande œuvre collective. D’où le projet de lois sur l’octroi de  nationalité à ces « Haïtiens-étrangers » se révèle une utopie, selon le professeur Dorvillier. Il se veut être clair : un Haïtien surdiplômé et bien intégré ailleurs ne va pas retourner dans son pays d’origine ne sachant pas que des droits sociaux, économiques et culturels ne sont pas garantis, qu’il ne sera pas aussi bien rémunéré que dans son pays de résidence.

Fort de ce constat, le professeur Monferrier Dorval pense que l’Etat haïtien doit impulser les nationaux à participer au développement de leur pays en mettant en œuvre une bonne gouvernance sur le plan économique, social, créer des infrastructures, bref un environnement propice à leur retour et à leur contribution au relèvement de leur pays. S’interrogeant sur le rôle de la diaspora, les deux invités conviennent qu’il s’agit plutôt d’une aide envoyée à leur famille à travers des transferts privés d’argent et non des investissements qui puissent participer du réel développement du pays, de la création de richesse.  

Le développement du pays ne peut pas se poser par le simple recouvrement de  nationalité, estime le docteur Dorvillier. C’est une condition nécessaire mais elle n’est pas suffisante. Tout citoyen peut contribuer au développement d’un pays, mais, croient les invités, celui est essentiellement basé sur la participation des nationaux vivant sur le territoire.