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A la mémoire de Lafortune Félix

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image Lafortune Félix

L’artiste-peintre Lafortune Félix est mort tranquillement dans sa maison à Saint-Marc, le 18 novembre 2016, jour où la nation haïtienne célébrait la bataille de Vertières. L’œuvre de l’artiste continuera à dialoguer avec le public. Ce natif de Pont-Sondé, commune de Saint-Marc dans l’Artibonite, a marqué les esprits des critiques d’art et de galéristes. Michel Philippe Lerebours, Selden Rodman, Marie-Alice Théard sont parmi les connaisseurs à découvrir l’univers de ce hougan qui décorait les temples des dieux vaudou. Moi aussi, très humblement, je fais partie de ceux qui ont appris à aimer ce créateur. Depuis 1995, je commence à collecter Lafortune. Partout chez moi, on respire Lafortune. Puisqu’il faut compter, à mon actif, une cinquantaine de dessins et une soixantaine de tableaux. Plusieurs d’entre eux ont été exposés au Muséo nacional de Bellas Artes à La Havane du 18 avril au 15 juin 2003. 

Félix était un frère ; on allait partout ensemble. Dans toutes les danses vaudou, notre présence était bienvenue. Port-de-Paix, Port-Margot, Fort-Liberté, Petite-Rivière de l’Artibonite étaient des lieux sacrés où l’on se plongeait à la source des divinités vaudou. Lui, il puisait son inspiration dans ces temples pour créer la magie des couleurs sur des toiles immortelles. 

En 1999, j’ai eu le privilège d’emmener chez moi le critique d’art américain Selden Rodman pour redécouvrir les toiles de Lafortune. Accompagné de Carole, sa femme, l’Américain avait rincé ses yeux étonnés sur plusieurs œuvres de Lafortune que je collectionnais. Mais, dans un coin à l’arrière d’une armoire, se dissimulait un tableau du peintre. Je l’avais mis hors de la vue de ma femme qui ne l’aimait pas. 

Seldman m’a demandé un peu d’eau fraîche. Je suis sorti de la chambre pour aller lui prendre un verre d’eau. À mon retour, je l’ai trouvé dans un état d’admiration devant ce tableau que j’avais soigneusement caché. Bien des mois plus tard, cette peinture lui servira de pièce principale lors de l’exposition à succès qu’il avait organisée sur Lafortune à New Jersey aux États-Unis la même année. 

Aujourd’hui encore, je trouve un grand bonheur d’avoir rencontré Rodman à l’hôtel Oloffson. Ce critique américain n’en finissait jamais de louer l'homme de Pont-Sondé comme il le faisait aussi pour Frantz Zéphirin. D’ailleurs, il lui a consacré plusieurs ouvrages, parmi lesquels « Where art is joy, Haitian art : the first forty years ». Il ne manquait jamais l’occasion de relater les propos de Maya Deren sur l’artiste qui a su relier les mythes familiers aux grandes religions de l’Antiquité. 

Je dois souligner qu'entre autres tableaux célèbres, Lafortune a peint le Centaure et ''Phoenix''. Ce dernier fait partie de la collection de Yale University Art Gallery. Rodman a été le premier œil critique à remarquer l’étrange ressemblance d’une des toiles de Lafortune avec un tableau de Marc Chagall. 

Pour l’histoire, ce hougan de l’Artibonite a été découvert par Pierre Monosiet, l'un des membres fondateurs du Centre d'art. Il a su capter l’œil de ce regardeur et l’emmener dans un monde mystérieux où il a découvert, sous différentes facettes, les dieux du panthéon vaudou. La rencontre avec Monosiet qui deviendra par la suite conservateur du Musée d'art du collège Saint-Pierre a changé la vie de ce hougan devenu peintre. La vie de celui-ci avait réellement pris des couleurs. Ses œuvres étaient exposées un peu partout à travers le monde : États-Unis, Mexique, France, Allemagne, Pologne, Japon, Algérie, Cuba, Guadeloupe, etc. 

Il faut aussi signaler que ce peintre naïf d’une grande potentialité, à un certain moment de sa carrière, ne peignait que pour Carlos Jara. Avec une telle exclusivité, Jara finira par lui faciliter la construction d’une maison à Saint-Marc, ville non loin de Pont-Sondé où il a vu le jour le 15 janvier 1933. C’est dans sa demeure à Saint-Marc qu’il a fait la grande traversée pour aller retrouver Hector Hyppolite, André Pierre, Préfet Duffaut, Rigaud Benoit, et toute une pléiade d’artistes qui font honneur à la peinture haïtienne. 

Un collectionneur français m’avait fait part un jour de sa relation intime avec les toiles de Lafortune. « C’est indéniable qu’il existe une réelle communication avec les génies qui habitent l'œuvre de ce peintre-hougan. C’est presque impossible de se séparer d’une toile de Lafortune quand on a le privilège d’en posséder une.» Certains disent même qu’ils se sentent protégés dans leur maison sous le regard du tableau de ce maître. 

Souvent Lafortune est comparé à Hector Hyppolite. Mais, selon Michel Philippe Lerebours, le langage de Lafortune est plus clair, plus direct, plus audacieux et plus riche en couleurs. 

Avec la disparition de Lafortune, sa compagne Mona et ses proches ont perdu un être cher, le pays tout entier a perdu un génie. 

Alix Legros source le nouvelliste



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