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André « Dadou » Pasquet: Une légende au-delà des frontières

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Le génie n’a qu’un siècle, dit-on. Dadou Pasquet le confirme bien. Il est né 14 jours avant la fin du mois d’août.  À 12 ans, plus précisément six mois avant de laisser Haïti, il a commencé à jouer à la guitare sous la direction de son neveu Pierre Prato, qui, malheureusement, nous a laissés un peu trop tôt. Dadou Pasquet traîne derrière lui 46 années d’expérience. Cela montre que la musique vit en lui et lui en elle.

Dadou Pasquet hérite du sens musical de son oncle Rodolphe « Dòdòf » Legros, ce précieux monument que le temps ne peut détruire. Et le vent de l’oubli est trop faible pour emporter dans l’oubliette les beaux souvenirs que nous laisse Dòdòf Legros, ce géant de la musique haïtienne, que rien ne peut effacer de la mémoire de tous ceux qui savent apprécier les talents à leur juste valeur. .Marié depuis des décades, André «  Dadou » Pasquet fait toujours face à ses responsabilités d’époux et de père. Du point de vue spirituel, il se révèle un grand chercheur.  Il tient fort à sa philosophie religieuse et respecte les valeurs traditionnelles.

 Un nouvel horizon s'ouvre très tôt pour Dadou Pasquet
 

En 1967, Dadou a laissé Haïti pour s'établir définitivement à New York, où il continua sa carrière musicale. Le premier groupe musical qu'il a intégré à New York se nommait « Tropical ». Cette formation musicale lui a servi de tremplin et l'a propulsé un peu plus haut dans le monde de la musique populaire. À 13 ans déjà, il faisait partie d'un groupe composé de musiciens chevronnés tels que Richard Duroseau, Gérard Thézan, ancien chanteur du Super Ensemble Wébert Sicot, Fritz Grand Pierre, ancien bassiste du Super Ensemble Nemours Jean-Baptiste, Guy Durosier, etc. L’orchestre « Pepe Bayard » avait aussi bénéficié de son talent de guitariste.
 
Entre 13 et 14 ans, Dadou Pasquet a joué aux côtés de Raymond Sicot, en compagnie de ses frères Carlo et Tico Pasquet. Il faut souligner que Raymond Sicot, frère de Wébert Sicot, est encore considéré comme le plus grand trompettiste de la Caraïbe de tous les temps et demeure l'un des meilleurs musiciens que le monde a connus. Il symbolise donc la fierté haïtienne. Il représentait toujours Haïti excellemment, quand besoin se faisait sentir. Dadou a aussi évolué aux côtés d'un bon ami de son père. Il s'agit bien de Raoul Guillaume, encore un autre monument indestructible, un compositeur-né, qui se passe de présentation.

Dadou a fréquenté le Collège of Staten Island de New York, où les professeurs de musique parlent encore de lui, d’après mon frère-pianiste Jacky Lévêque. Celui-ci est aussi un alumnus, un diplômé de cette même institution. Dadou demeure une vraie référence pour tous les étudiants de musique au Collège of Staten Island, situé sur Victory Boulevard. Dadou Pasquet se montre toujours reconnaissant envers Alix « Tit » Pascal qui l'a guidé sur la voie de la vraie connaissance musicale. Il maîtrise parfaitement bien le concept de composition musicale et les principes d’arrangement, ce qui lui permet d'embrasser tous les rythmes et les différents genres musicaux, allant du Compas Direct au  Jazz, en passant par le Blues, le R & B, la Salsa, le Calypso et le Reggae, pour ne citer que les plus connus.

Dadou Pasquet et le Tabou Combo de Pétion-Ville

Trois ans après son arrivée à New York, Eddy Augustin, ancien bassiste du Tabou Combo, et précurseur des bassistes Yvon Ciné et Adolphe Chancy (Dòf), introduit Dadou Pasquet au sein de cette formation musicale. Dadou devint l'un des architectes du grand succès qu’a connu ce groupe. Il a participé à la réalisation et à la production de quatre des meilleurs disques de Tabou Combo. Dans l'ordre chronologique, il a sa touche magique sur les disques suivants « Tabou Combo à la Canne à Sucre », « Respect », « 8e Sacrement », album sur lequel on retrouve le méga hit du Tabou Combo intitulé « New York City », qui a pendant longtemps occupé la première position au hit-parade des grands pays d'Europe, particulièrement de la France.

Des milliers d'exemplaires du disque « 8e Sacrement » ont été vendus à travers le monde, d'après une source digne de foi. Je ne saurais non plus oublier la participation de Dadou Pasquet à la production du disque « The Maters », qui plaça le Tabou Combo au haut de l'échelle et consolida son succès. L'apport et le grand support de Dadou Pasquet au Tabou Combo ne peuvent être négligés. Personne ne peut lui enlever ce qui lui revient de droit. Cependant, on oublie de lui témoigner de la reconnaissance et lui donner crédit pour sa contribution et sa participation à la composition musicale « Mabouya », que Carlo Santana, ce grand guitariste mexicain, a rebaptisée « Foo Foo », et qu'il interprète encore aujourd'hui. L'oubli est donc égal à la racine carrée du temps qu'on prend pour oublier.

Je profite de l’occasion pour démentir aujourd’hui tous ceux qui croient que Dadou Pasquet a personnellement un problème avec les musiciens - fondateurs du Tabou Combo. Le contraire a été bel et bien prouvé. Herman Nau était non seulement présent au concert du Magnum Band au Parc Floral à Fort de France à la Martinique, mais il a aussi passé un agréable moment en compagnie des musiciens de ce groupe musical. En cette occasion, le Magnum Band avait partagé la scène avec le groupe mythique « Exile One». Herman Nau était très satisfait de la prestation du Magnum Band et il a présenté ses sincères félicitations aux musiciens. C’est un événement culturel qu’il ne pouvait rater, dit-il. Il a parcouru des kilomètres pour aller apporter ce support au Magnum Band.

Herman a sablé le champagne avec ses collègues du Magnum, un geste très apprécié de tous. Voilà un exemple que les hypocrites doivent suivre pour sortir l’industrie musicale haïtienne de ce marasme dans lequel elle se trouve aujourd’hui plongée profondément.  Il faut éviter de se faire des ennemis sans cause ni raison puisqu’on ne trouvera personne pour jouer au domino quand la vieillesse ultime nous aura imposé ses dures lois. Si l’industrie musicale haïtienne rampe aujourd’hui c’est à cause de l’incompréhension des uns et des autres, qui, hypocritement, se disent frères-musiciens.       
 
Le samedi 10 août dernier, Herman Nau, à la batterie,  avait aussi accompagné le Magnum Band à la soirée dansante (Magnum Band - Tabou Combo), qui a eu lieu aux Cayes, dans le sud d’Haïti.  Excellente soirée ! Dadou Pasquet a reçu un hommage bien mérité pour sa contribution à la musique haïtienne et à l’avancement de notre culture. Un Cristal d’honneur (Bolo Group Award) lui a été remis en cette occasion, une initiative de « Bolo Group» de la métropole du Sud. Beau geste ! Shoubou, chanteur du Tabou Combo,  a été chargé de le lui remettre. Celui-ci a fait l’éloge de la légende, Dadou Pasquet, et n’a pas manqué d’afficher sa  reconnaissance envers  lui.

Dadou Pasquet: de Tabou Combo à Magnum Band
 

En 1976, Dadou Pasquet laissa le Tabou Combo. Je dois surtout souligner qu’il n’avait pas laissé sans préavis. Il a eu le soin de travailler avec Elysée Pyronneau, lui montrant les pièces importantes du répertoire du Tabou Combo,  avant de quitter  le groupe. Le 24 juin 1976, il créa son propre groupe musical avec son frère Tico. Ils l’ont baptisé  Magnum Band. Après 37 ans d'effort et de dur labeur, cette formation existe encore et continue de cueillir des lauriers de succès. Au mois de juillet dernier, la Martinique a redécouvert le Magnum Band dans son essence pure. Il faut dire que cette formation musicale est très aimée aux Antilles.

Le Magnum Band est encore sur les rails et il continue à prouver sa grandeur partout. On ne peut oublier les chansons qui font du Magnum Band ce qu'il représente aujourd'hui: un patrimoine national. Comment donc oublier les tubes qui ont fait le succès du Magnum Band: « Expérience », « Liberté », « Ashadai », « Pike Devan », « Jéhovah », « Pa Ka Pa La »,  « Fierté », « La Foi », « Aux Cayes », « Pran Konsyans », « Cap-Haitien », « Adoration », « Sa Ka La Ka WÈ », etc. Avec le Magnum Band,  Dadou Pasquet avait représenté Haïti avec fierté lors des Jeux Olympiques d'Atlanta en 1996.
  
Dadou détient la clé de l'interprétation musicale. Les chansons « When a Man loves a Woman » de Percy Sledge, « Ne me quitte pas » de Jacques Brel, « Close the Door » de Teddy Pendergrass,  représentent des témoignages indiscutables. Les arrangements de Dadou de « When a man loves a Woman », « Let’s get it on et « Sexual healing » de Marvin Gaye, sont superbes et lui confèrent son originalité.  Tous les grands connaisseurs de musique doivent les auditionner pour découvrir ou redécouvrir les grandes qualités d’arrangeur et d’orchestrateur de ce musicien qu’est Dadou Pasquet. Et quand on écoute « Wangol », on se rend bien compte de la pureté et de la richesse de notre folklore, où souvent cet artiste puise son inspiration. L’on se demande pourquoi nos artistes négligent cette source intarissable. L’on se demande pourquoi les musiciens - Konpa d’aujourd’hui s’évadent d’une telle réalité vivante en matière de composition et d’interprétation.
 
Mieux vaut une triste vérité qu’un mensonge joyeux

Dadou  a aussi produit des albums-solo, citons: « Chèche Lavi », où l'on retrouve aussi la chanson « Grann » qui, pour beaucoup de gens, est un chef-d’œuvre tant au niveau des arrangements que de l’orchestration. « Grann » décrit une réalité qui se situe dans un temps indéfini, et elle met en relief l’immensité du talent de ce compositeur-arrangeur-orchestrateur et éditeur de musique.  Son deuxième album porte le titre « Nou Renmen Pou Lavi ». Dadou nous a aussi présenté un excellent disque 45- tour, à travers lequel il revisite l'alma mater. La chanson « Afrika» nous le prouve. Il nous a aussi offert un autre album-solo sous le titre « Dadou en Troubadour ». Son tout dernier opus-solo « Evolution » continue son chemin sans heurt. Quand on considère le parcours et l'expérience de Dadou Pasquet, on se rend bien compte qu'il est un témoignage vivant de l'excellence. C'est ce qui le place d'ailleurs dans un univers qu’il a créé et connu de lui seul.  

Dadou Pasquet fait toujours preuve de sagesse et de modestie. Il ne critique jamais les autres musiciens, mais il n'a pas peur de dire la vérité, même si elle blesse, et cela en tout temps et en tout lieu. Un tel comportement corrobore ce qui suit : « mieux vaut une triste vérité qu’un mensonge joyeux ». Il pense que la vérité doit être dite pour changer ce qui mérite de l'être. Il a horreur de la médiocrité.  Il épouse l'excellence et travaille d'arrache-pied pour que la musique populaire haïtienne ne s’écarte pas de  notre tradition de peuple. Il faut qu’elle soit maintenue inaltérée, dit-il. On peut lui prêter d’autres costumes, mais il faut toujours considérer les éléments le constituant, qui restent les mêmes. 

Que le costume soit bleu, noir, blanc, gris, vert, beige ou marron, l’homme qui le porte ne change pas. Sa personnalité demeure la même. Ici, l’homme est comparé à la section rythmique qui identifie le genre / le style de la musique. Mais les couleurs tonales (les différents costumes)  relèvent la beauté de la composition musicale. (L’homme - collectif singulier, désigne les hommes et les femmes).  L’habit ne fait pas le moine, mais les valeurs intrinsèques de l’homme en costume établissent la différence, et elles permettent d’identifier le personnage et son vrai univers. 

La beauté intérieure de l’homme est comme les rayons solaires éclairant son univers physique. La vraie beauté est celle de l’intérieur et le temps n’a pas d’emprise sur elle. Donc, elle ne se fane pas avec l’âge. La beauté des compositions de Dadou Pasquet transcende le temps. L’artiste s'accroche dur à sa grande philosophie sans jamais fléchir ou abandonner la cause et la lutte qu'il mène, et qu’il juge importantes et nécessaires pour faire avancer la culture haïtienne.

Dadou Pasquet et ses projets à court terme

Actuellement, Dadou Pasquet est en studio et travaille sur un disque du genre Jazz. Il promet de garder l'essence pure de la musique haïtienne. Je comprends bien où il veut aller. Ce sera bien une forme d'hybridation musicale. Certains musiciens tombent souvent dans le plagiat direct, à cause de leur incompréhension d'un tel concept. Après ce disque à caractère Jazz, Dadou Pasquet va produire un nouvel album du Magnum Band, simultanément avec une vidéo supportant le dernier opus de cette formation, l’album qui a pour titre « Sa Ka La Ka Wè ».
 
Dadou symbolise toutes les merveilles de notre univers musical. Personne ne peut dévaluer les talents des musiciens du Magnum Band, surtout celui de Dadou Pasquet. Tous les musiciens, toutes générations confondues,  le respectent et parlent toujours hautement du Magnum Band et de lui, ce grand guitariste, compositeur, arrangeur et chanteur. Tout ceci se résume en un seul mot et confirme que: Dadou Pasquet est une légende vivante qui a transcendé le temps et les océans. .Je profite de l’occasion pour souhaiter Bon Anniversaire à Dadou Pasquet. Ad multos anos.
 robertnoel22@yahoo.com

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