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Confessions de Rutshelle: « Roody m’a tout pris »

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Un matin d’octobre 2015, les photos de Rutshelle Guillaume avec un œil au beurre noir, le visage tuméfié, font le tour des réseaux sociaux. La disparition brutale du « couple spécial » R&R, Roodshelle, monopolise l’actualité people en Haïti. Ceci, pendant des semaines. Deux ans après ce fameux scandale qui a failli lui coûter sa carrière, Rutshelle Guillaume, qui vient de sortir son deuxième album, « Rebelle », plus forte que jamais, se laisse aller à quelques confidences.

« Plus jamais, plus jamais de peur. Je suis épuisée. C’est assez ! Je n’ai pas à baisser les yeux, je n’ai rien volé. Je n’ai pas triché. Plus jamais, plus personne n’a le droit de me gifler. Plus jamais, plus personne n’a le droit de m’humilier. Tout ça, c’est terminé. Je ne suis l’esclave de personne, ce temps est révolu », chante Rutshelle dans Victorious.

Si ce morceau est gravé en première position sur « Rebelle », cet album où l’artiste se dit plus mature, prête à se lancer dans de nouveaux combats, ce n’est point une coïncidence. « Victorious », qu’elle interprète avec la chanteuse d’origine camerounaise Veeby, revient sur une étape marquante de sa vie de femme, de femme divorcée, de mère célibataire et d’artiste. Elle revient sur ce matin où l’homme avec qui elle partageait une relation amoureuse l’a frappée. 

Beaucoup ont encore le souvenir des bleus défigurant le visage de la chanteuse. Toute trace de son beau sourire plein de vie et de chaleur avait disparu. D’un coup, la vie intime des Roody Rood Boy-Rutshelle, ce couple glamour, était sous les feux des projecteurs. On commentait. On critiquait. On prenait parti. Et les langues de vipère ne se faisaient pas prier pour proférer toute sorte de méchancetés, d’insanités à l’encontre de cette jeune femme qui aurait, dit-on, commis un crime de lèse-majesté. Car d’aucuns, loin de s’en émouvoir, cherchaient de préférence à savoir pourquoi. On jugeait son malheur en mettant sur la balance le fait de savoir si elle méritait ou non les coups. 

Dans un article publié à la une du journal Le Nouvelliste le 9 octobre 2015, le journaliste Roberson Alphonse voyait dans ce scandale une question importante. Au-delà de tout, c’est une affaire qui est d’intérêt public. Un cas de violence conjugale. À l’instar de milliers d’autres en Haïti. « Une jeune vedette a été battue par son petit ami, chanteur comme elle. Des photos circulent montrant l’usage de la violence. Personne de responsable n’a pipé mot alors que commentaires, jugements, témoignages de compréhension fleurissent dans les conversations, sur certains médias et dans les réseaux sociaux. Le Nouvelliste a voulu chercher à comprendre cette banalisation de la violence et le silence de la justice, de la police et des organisations de femmes. Une femme battue, quelle qu’en soit la raison, est un sujet qui ne peut se résumer à « yon nèg men lejè kale yon fi pye lejè », lisait-on dans l’article.

Aujourd’hui encore, c’est la pomme de discorde entre les fans et détracteurs de l’artiste qui, heureusement, s’est relevée, embrassant à bras le corps le succès musical qui lui a depuis tendu la main. 

Si le temps a passé, que de l’eau a sans doute coulé sous les ponts, c’est encore difficile pour elle d’en parler. D’ailleurs, rien qu’à évoquer ce pénible moment, on sent une certaine réticence. Elle se braque. Ses yeux laissent transparaître une grande tristesse comme si subitement une chape de douleur s’était abattue sur celle, qui généralement, déborde d’énergie et d’enthousiasme. De joie de vivre et d’amour. 

Etait-ce donc un coup porté volontairement ? lui demande-t-on pour faire court. « Oui. Je dormais à ce moment-là. C’était un geste volontaire », laisse-t-elle entendre tout de go. Pourquoi n’avoir pas réagi à ce moment-là ? Pourquoi ne pas en avoir parlé ? Car, après ce scandale, beaucoup lui reprochaient son silence. Bien qu’elle fût juge au concours de Digicel Stars, Rutshelle était partie à New York pour noyer son chagrin et se retrouver. Beaucoup lui reprochait – lui en veulent encore- de n’avoir pas porté plainte. Pour n’avoir pas porté sur ses épaules la cause de toutes les femmes battues  de ce pays. « Je ne pouvais rien faire. Je n’avais pas d’autre choix. Je n’avais ni l’énergie, ni la force, ni l’état d’âme pour cela. Je ne pouvais que garder le silence », confie-t-elle avec beaucoup d’émotion. Après cela, le momentum était passé et plus rien n’était possible.  « Psychologiquement, je n’étais pas prête pour cela. C’était dur. Il fallait laisser passer le temps », avance-t-elle la voix cassée. 

Aujourd’hui, c’est pourtant son seul regret. Son plus grand regret. « J’aurais dû faire quelque chose pour les autres qui me regardent. J’aurais dû… La seule chose que j’ai pu faire, c’est la chanson Victorious que je chante avec Veeby. D’ailleurs, c’est la seule artiste qui m’a contactée après. J’ai tout enduré toute seule. Elle m’a appelé pour me dire : « ma sœur, j’ai tout vu sur Internet ». Je suis là pour toi. Sinon deux ou trois hommes, des journalistes et personnalités des médias, m’ont aussi appelé pour me dire : « Rutshelle pa pale ». Mais au fond, cela ne comptait pas trop, parce que je ne pouvais rien », se rappelle-t-elle. 

Mais où sont donc passées les associations de femmes ? Les porte-drapeaux de la violence contre la femme ? « Aucune d’entre elles ne m’a contactée. Aucune. » Surprise et consternation. Pourtant, sans rancune, elle ne tire pas à boulets rouge sur elles. « Moi, j’ai de la peine pour elles. Je les plains. Yo nan ipokrizi ak tèt yo », dit –elle tout simplement. 

Aujourd’hui, elle s’est relevée. Elle trimballe stoïquement ses blessures, colmate ses cicatrices, assume chaque remarque désobligeante, tend fièrement le menton à la face du monde. En dépit de ses souffrances. « Je n’ai entrepris aucune action contre Roody après. Lui, il m’a tout pris. Ma dignité, ma personnalité. Il a tout aujourd’hui. Ses fans. Son public, sa famille. Moi je n’ai plus grand-chose. Je n’ai plus mes deux grands frères. Ils ne m'adressent plus la parole depuis lors… Or, c’était pourtant mes deux plus grands fans, qui étaient toujours là pour m’encourager. Je ne les ai plus dans ma vie. J’ai perdu ma dignité, mon respect dans ce pays. Ce que je n’aurai plus. Partout où je passe, on en vient à oublier que j’ai du talent. Beaucoup raconte « Voilà la pute. Voilà la femme que son copain a battue. Nou sonje ? Men madan Trouble Boy ». Lui Roody, quand il va quelque part on dit surement : « Ce jeune-là a du talent.  C’est ce qui lui a permis d’être là même si on l’a boycotté. On oublie qu'il est un batteur de femme ». J’ai peut-être beaucoup plus de succès depuis. Mais après ? Rien. J’ai tout perdu », explique Rutshelle sans détour. 

Pourtant, déterminée, rebelle, victorieuse, Rutshelle affiche son allure de femme forte et insubmersible. « Je me lance dans des choses beaucoup plus positives. J’avance. » Si elle décrit le manque de solidarité entre artiste-femmes dans le milieu musical, Rutshelle, qui est actuellement l’une des stars les plus en vogue de la musique haïtienne, n’hésite pas à donner des conseils à celles qui veulent suivre la voie qu’elle a choisie. «Je voudrais dire aux autres jeunes femmes Kenbe tèt yo. Kwè nan tèt yo. Epi kraze bèt yo ! Paske biznis mizik se on biznis chen manje chen. Il n’y a rien d’humain là-dedans. Dès que tu y es, tu te fais des ennemis automatiquement, des fois, sans raison. Mais il  faut toujours avoir le courage et la force de continuer à faire ce que l’on sait faire. Peu importe ce que l'on dit. Se pa nenpòt ki fi ki ka atis », témoigne, aigre-douce, Rutshelle, la rebelle. 

Winnie Gabriel Duvil source Ticket Magazine



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