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Et vous êtes tous invités chez Frankétienne !

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image Frankétienne

Pendant longtemps, je suis passée devant cette demeure en longeant Delmas 31. « C’est la maison de Frankétienne », m’a-t-on toujours dit. Mais ce jeudi, je suis passée de l’autre côté des murs imposants et je me suis retrouvée dans l’antre de cette légende vivante. L’homme, chemise blanche à raies jaunes et vertes, pantalon vert et simples sandales, reçoit Ticket et Le Nouvelliste avec entrain. Avant même qu’on ne place un mot, il part déjà dans une diatribe contre cette nuisance sonore qui nous empêchera de procéder à l’entretien sur la galerie où les premières œuvres de l’exposition permanente de l’artiste sont accrochées. Des livres sont aussi disposés sur une table un peu plus loin. Mais, bien sûr, il y a plus à voir dans cette véritable cave au trésor pour les férus d’art ! Lentement, l’octogénaire nous conduit dans les différentes pièces de la maison, montrant au passage les différents arrangements qu’il y a faits après les ravages du séisme du 12 janvier 2010. Puis, il se met à l’aise, fait éteindre la génératrice dont le bruit le dérange, enlève ses sandales… Il est temps de causer. Pendant une bonne trentaine de minutes, Jean-Pierre Basilic Dantor Franck Étienne d’Argent, que l’on connaît simplement comme Franckétienne, revient succinctement sur sa carrière, parle de son dernier livre et de l’exposition permanente qui se tient chez lui. Retrouvez ci-dessous une petite entrevue avec cet artiste qui a été sacré « trésor national vivant » depuis 2006, ce grand de la peinture haïtienne, cet auteur prolifique et cet hôte au verbe facile.

Sur quoi travaille Frankétienne en ce moment ?

Je continue à écrire. J’ai un livre qui paraît cette semaine, peut-être qu’il a déjà paru en France. Ça s’appelle  « La marquise sort à 5h ». C’est un livre à dimension romanesque et aussi poétique, comme j’ai l’habitude de le faire. Mais ce n’est pas une vraie spirale. C’est un roman autour du combat que doivent mener les femmes. Non seulement pour la libération, l’égalité et les droits des femmes, mais aussi pour sauver la planète, car nous les hommes avons salopéter la planète. Moi, je dis que le système machiste, le système sexiste, qui a maintenant son représentant aux États-Unis, a causé depuis plus de 2000 ans la majeure partie des dégâts qui ont endommagé la planète et aussi l’être humain. Les femmes trop souvent limitent leurs combats dans le sens de droits sociaux, droits humains. La femme ne vote pas pour la femme, et ensuite, quand la femme a le pouvoir, elle change de costume, de sexe. Elle devient un homme. Il est temps que la femme ne prenne conscience qu’avec les vertus essentiellement féminines comme le partage, la convivialité et ce sens profond de la douleur qui est liée à la vie. Car la vie elle-même porte la douleur, comme une grossesse, c’est la vie qui apporte la douleur, ce n’est pas l’amour, l’amour n’est rien.

L’histoire du roman se passe en Haïti ? 

Non, c’est général. C’est un clin d’œil à La marquise sortit à cinq heures de Paul Valéry. On s’intéresse trop souvent à l’anecdotisme au premier degré dans la littérature, c’est pourquoi je peux te dire, même si on me taxe de mégalo, moi, je dis que je suis un mégalomane génial, je suis l’un des rares écrivains de la planète à avoir compris que, sans évacuer totalement la dimension anecdotique, ce qui fait la valeur d’une œuvre, c’est cette quête au-delà du visible, au-delà du tangible, au-delà du saisissable au premier degré. C’est cette quête d’un ailleurs indéfini qui est ici, qui est proche, qui est lointain, que tout cela ne peut être rendu que dans la dimension poétique et aussi la dimension de l’imprédictible, la non-linéarité. Tu peux entrer à n’importe quelle page dans un livre de Frankétienne et en ressortir à n’importe quelle page. J’ai utilisé cette marquise comme une femme symbole, qui abandonne non pas un taudis, mais plutôt un château pour fuir la dictature de son mari, la tyrannie du mâle. Je crois que ce livre rentre dans la perspective, dans la continuité, dans la continuation de mon combat. Ce n’est pas la première fois que je prends  fait et cause pour la femme car en prenant fait et cause pour la femme, je le prends aussi pour moi-même, pour les hommes et pour l’humanité. Je l’ai fait, il y a déjà plus de 30 ans, sous Duvalier quand j’ai écrit « Kase le Zo » qui a été mis en scène par Jean-Pierre Berner, puis approprié par Paula Péan qui l’a joué peut-être 7, 10 ou 15 fois.

C’est le 58e livre de Frankétienne ? Le 38e ? le 108e ?

Le 57e, ou 58e ! Il ya des ouvrages qui n’ont pas paru ici, qui ne sont jamais entrés en Haïti, mais qui ont été publiés en France, et dans d’autres pays étrangers.

L’actualité de Frankétienne, c’est aussi cette exposition-vente qui se passe chez lui, à Delmas 31. Parlez-nous-en un peu.

Cette exposition a été l’occasion pour moi de recevoir beaucoup de compatriotes et surtout beaucoup d’étrangers. Il y en a qui étaient de passage et d’autres qui sont basés en Haïti qui ont pris le temps de me montrer que le style de travail de Franketienne a un caractère original qui les intéresse, qui les interpelle. Je ne suis pas né peintre, aussi vrai que je ne suis pas né écrivain. Ça m’a coûté des années pour devenir un écrivain avec un style particulier que j’ai essayé de cerner par la notion de spirale, mais ca m’a pris une bonne trentaine d’années pour devenir peintre. Pour la littérature, c’était plus facile, j’ai fait mes études universitaires à l’école des hautes études internationales. J’étais un étudiant brillant. J’étais dans l’entourage de Haïti littéraire. J’écoutais les débats, je suivais. Ils étaient plus âgés que moi, enfin ils le sont toujours, mais on est de la même génération. Par contre, pour la peinture, je n’ai pas fréquenté d’école de peinture. J’ai tâtonné et à l’époque, je n’avais pas encore commencé à voyager. Or les voyages apportent une expérience visuelle directe. C’est à travers les revues, les films, les documentaires que je voyais les œuvres de Velazquez, les anciens, des contemporains. Je tâtonnais, je les imitais. Aujourd’hui, je suis un peintre avec un style particulier, mais ça m’a pris 40 années pour arriver là où je suis. J’ai 50 années de peinture et 60 années d’écriture.

Au long de votre carrière, vous semblez avoir touché à tout…

Je suis dans la diversité. Il y a des peintres qui sont connus pour être des spécialistes en marine. Il y en a qui sont paysagistes. Moi, je n’ai pas de préférence et, en dehors de ce fait, je n’ai jamais d’idées préconçues en face de la toile. Il y a une sorte de complicité entre la matière, la peinture et les pigments de couleurs et mes doigts. Parce que je travaille aussi avec mes doigts. Je travaille avec le couteau, je travaille avec de gros pinceaux, de petits pinceaux, je suis dans un métissage totalement déroutant.

Frankétienne, c’est une signature, c’est un nom, c’est une trajectoire. Combien cela côute-t-il pour acheter un tableau de Frankétienne ?

Tu connais l’importance du nom au bas d’une toile. Tu enlèves le nom de Picasso, tu enlèves le nom de Salvador Dalí, tu mets Jaques Rosafa, ça ne vaut absolument rien. Ça va coûter 15 euros, 20 euros. Mais tu mets Dalí, ça va coûter une fortune et tu ne peux pas l’acheter. Compte tenu de cela, je peux te dire que j’ai des œuvres à partir de 200 $ jusqu’à 5000, 10000 $. J’ai des œuvres de grandes dimensions qui ne dépassent pas 15000 $. Mais tu sais que ça va changer quand je partirai. Il y aura des petits tableaux de 200 $ qui vont valoir des milliers de dollars alors que, maintenant, j’ai de petits tableaux de 8 pouces à 12 pouces qui coûtent 200 $. Il faut le reconnaître, je n’ai pas 5 ans, je n’ai pas 15 ans, je n’ai pas 50 ans non plus. Je vais avoir 81 ans et le nom de Frankétienne avait déjà une résonance depuis une quarantaine d’années.

Pour cette exposition, vous invitez donc le grand public à venir chez vous ?

Il en a toujours été ainsi. J’ai fait l’annonce officiellement ce coup-ci parce que j’ai bénéficié de l’accueil du Nouvelliste qui m’a fait don d’annoncer l’événement dans trois ou quatre numéros. Mais, avant cet événement, les gens sont toujours venus chez moi. Il n’y a qu’une galerie qui, occasionnellement, bénéficie par amitié d’une consignation de Frankétienne. Il s’agit de Mme Marie-Alice Théard de Festival Art. Si on achète un tableau de Frankétienne dans une autre galerie, il y a 75% de chance que ce soit un faux !

Daphnée Valsaint Malandre - source Ticket Magazine



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