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Frères Dodo 33 ans de troubadour

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image (Photo Nouvelliste)

Le troubadour est la musique de sa vie. Depuis trente-trois ans il accorde guitare et banjo pour apporter des sérénades bien au-delà de nos frontières. Jean Lucien, plus connu sous le nom de Frère Dodo, est un chanteur-guitariste. Une figure incontournable du troubadour haïtien. Découvrons un homme qui brille dans l'ombre de sa renommée.

Vous avez sûrement entendu parler de lui ou peut-être déjà écouté une de ses chansons. Il est l'auteur du morceau à succès « 4 Kanpe » qui figure sur l'album « Ayiti Troubadour » qui a cartonné dans les médias en 2004. La plus célèbre composition musicale que l'on reconnaisse de Jean Lucien. Visage pâle, air affaissé, yeux remplis de contusions, à soixante-sept ans, cet homme au crâne rasé traîne une carrière de musicien infatigable. Un chanteur qui demeure fidèle à sa vocation, le seul moyen de gagner sa vie.
Timide, simple comme bonjour, le guitariste n'est pas d'un abord facile. Le cofondateur de Frères Dodo donne du fil à retordre pour offrir un sourire. Dans sa conversation, il évite de parler de lui et de sa vie privée, il accorde toujours la priorité au troubadour. Une passion de jeunesse qui vieillit avec lui.
« J'ai appris à jouer de la guitare tout seul. Je devais avoir douze ans lorsque j'ai fabriqué mon propre instrument pour continuer à vivre mon amour en musique. Dans mes souvenirs, je ne me suis jamais essayé à autre chose qu'au troubadour. Je suis resté attaché à ma guitare sans imaginer à quoi ressemblerait ma vie si j'avais emprunté un autre chemin. »
Compositeur de morceaux fantaisistes, au début de sa carrière, Lucien a puisé dans le répertoire musical de Coupé Cloué pour assoir son succès. Les textes qu'il compose passent en revue les faits subtils et croustillants de la réalité haïtienne. Ils sont disponibles sur les deux albums que le groupe a réussi à produire en trente-trois ans. Un manque à gagner que Lucien tente d'expliquer.
« Le fait qu'on a choisi de jouer le troubadour nous exclut en quelque sorte des grands événements qui réunissent souvent les groupes compas. En plus, les cassures qu'il y a eu au sein du groupe nous ont empêchés d'aboutir à certains projets. Actuellement on envisage de sortir un nouvel album. Mais les moyens du bord ne nous permettent vraiment de démarrer ce projet », regrette Lucien.
Avant d'être reconnu comme Frères Dodo à Port-au-Prince, le groupe avait pris naissance en province et évoluait sous le nom de « Lavi p ap di w ». Selon Lucien, Frères Dodo est une expression qui traduit le fait que ces musiciens considérés comme frères jouent pour endormir les mélomanes. Ainsi, dans les moindres recoins du pays, et aussi à l'échelle internationale, le groupe a marqué son passage. Martinique, Nassau, Bahamas, Guadeloupe, République Dominicaine, France... Les Frères Dodo ont foulé beaucoup de scènes. En 2011, la bande à Lucien a eu même le privilège de briller au Zénith avec Carimi, Djakout, Kreyòl La.
« Je ne pensais pas que le groupe allait subsister après toutes les difficultés qu'on a enduré. Au commencement c'était un passe-temps qu'on avait pris à la légère, bien qu'on pouvait aller loin avec la musique que l'on fait. Avec le temps, cela est devenu très sérieux. Maintenant, c'est avec ça que je gagne vie et que je subviens aux besoins de mes enfants », affirme le guitariste.
Pour l'heure, la principale requête de Jean Lucien est une aide pour digitaliser le groupe. Tentative qui toutefois pourrait compromettre l'authenticité du troubadour de Frères Dodo. Quoi qu'il en soit, désormais le groupe compte mieux s'afficher dans le paysage musical haïtien. « Je fais des démarches en vue de trouver un local stable pour que le groupe puisse performer régulièrement. Cela allégerait les conditions de travail que nous confrontons, peut-être qu'on trouvera des débouchées plus prometteuses »,  révèle Jean Lucien, le numéro un de Frères Dodo.

Dimitry Nader Orisma

Source: Ticket Magazine

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