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L’internationalisation du compas direct : Un rêve sans possibilité de concrétisation

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image Nemours Jean Baptiste

L’opinion publique fait croire que le compas direct est aujourd’hui sexagénaire. Donc, il a atteint un certain âge. On est en droit de dire qu’il avance en âge chronologique. Bénéficie t-il, pour autant,  d’une reconnaissance internationale comme le reggae et la salsa ? On ne croit pas qu’il soit à ce point.  Le zouk, dont on dit découle du compas direct, est mieux connu à l’échelle internationale.  L’on se demande pourquoi le compas direct reste encore une musique communautaire que consomme une clientèle exclusivement haïtienne. 

 À part quelques peuples de la Caraïbe, combien de pays  reconnaissent et acceptent le compas direct? En dehors de quelques  petites Antilles, qui sont des départements d’outre-mer français,  ce genre musical a du mal à se tailler une place sur le marché international.  Il est relégué à un espace restreint. Une analyse approfondie de la situation nous permettra de voir dans quelle mesure une telle assertion se justifie.  

La conception erronée des musiciens du compas direct

Aujourd’hui, certains musiciens du monde compas direct parlent de la conquête du Chili et de la Guyane française, en Amérique du Sud. Là encore, c’est une communauté haïtienne qui reçoit les groupes musicaux haïtiens dans ces pays.  Certains de ces artistes pensent même que la Guyane française fait partie des Antilles (J.R Noël). Avec l’exode des jeunes qui continue en Haïti, cette communauté haïtienne au Chili s’agrandit de jour en jour. Et les musiciens pensent que le Chili devient un marché profitable. Adye frè. Aussi, se croient-ils autorisés à utiliser un tel argument pour avancer l’idée que le compas direct est connu à l’échelle internationale. Mais cela ne suffit pas pour soutenir une pareille thèse. Ils se trompent grandement. 

Contrairement à la perception des musiciens du compas, le « cross-over – la traversée transatlantique» est un phénomène qui dure indéfiniment. Un voyage, soit en Europe ou en Amérique du Sud, pour honorer un contrat, ne peut garantir la conquête du marché international.  On remarque qu’une nouvelle forme de pensée commence à se tisser autour de la question de l’internationalisation du compas direct. Jean-Hérard Richard « Richie », fondateur-maestro-batteur-compositeur du groupe Klass, reconnaît que le compas direct n’a pas atteint le niveau international (J.R. Noël).  D’ailleurs, il l’a dit sans réserve au cours d’une interview qu’il avait accordée à Port-au-Prince, le 8 août 2017, lors de la tournée estivale de Klass en Haïti. Les preuves sonores peuvent supporter une telle information. 

Richie va, encore une fois, dire à ses collègues musiciens de Klass, surtout à Sorel Sanon (Soso Brezo), soyez sûrs des déclarations que vous faites publiquement, car il y a des yeux qui vous regardent et des oreilles qui vous écoutent attentivement. Soso pose souvent des questions banales sur les forums, par exemple, combien d’accords existe-il dans une musique ? Qu’est-ce que ça veut dire ? C’est une situation que Richie doit contrôler de très près. On comprend bien que ce genre musical ne sera jamais internationalisé dans les conditions que les artistes le perçoivent. Plusieurs raisons peuvent expliquer les difficultés auxquelles fait face le compas direct. Tous les musiciens de cet univers musical partagent le même rêve : obtenir des contrats d’engagement pour animer des bals en fin de semaine. C’est comme s’il n’existe aucune autre plateforme pour offrir ce genre de  musique à différents groupes ethniques.  

Que font-ils des spectacles et concerts capables d’attirer  les enfants qui ne peuvent fréquenter les boîtes de nuit?  Les jeunes représentaient un fort pourcentage des participants aux bals. Ils commencent à bouder le compas direct, en explorant d’autres cultures, d’autres formes de musique pour trouver ce que ce genre musical ne peut leur garantir : un répertoire varié (J.R.Noël). Voilà donc l’une des raisons qui expliquent fort bien pourquoi les Disc-jockeys (DJ) attirent 95% de ces jeunes qui s’évadent du circuit  traditionnel de bals qu’animent les groupes musicaux. Ils refusent d’accepter le même répertoire « menm ti bagay la ». Le nombre de participants aux bals est actuellement en forte baisse.   

Un tel fait a été clairement expliqué à un musicien influent de Klass. Ce dernier nous laissait l’impression de comprendre cette problématique liée à l’évasion massive des jeunes. Pour nous assurer qu’il comprit la situation, il nous a dit « huit », mais on crut entendre « oui », à cause de la phonétique.  Rien n’est fait en ce sens, jusqu'à présent, contrairement à ce qu’il avait promis d’organiser pour faciliter la participation des enfants aux activités de Klass. 

Les musiciens haïtiens face à leurs responsabilités   

Certains artistes vont s’appuyer sur le fait que le compas a été conçu comme une musique de danse. Ce serait vraiment hypocrite de ne pas souligner l’effet de la chanson « Zouk la se sel medikaman nou ni » du groupe Kassav, aux bals de salon ou dans d’autres occasions du même genre. Cette chanson a été mise sur le marché du disque en 1996. Elle garde toute sa fraîcheur et fait encore danser jeunes et vieux, hommes et femmes dont les cultures et les langues diffèrent. Tout cela c’est pour prouver que le zouk est aussi dansable, mais le groupe Kassav a choisi de ne présenter que de beaux spectacles et des concerts bien préparés, riches en couleurs.  

Les groupes musicaux haïtiens doivent faire face à leurs responsabilités. Il faut qu’ils prennent une décision collective afin de sortir le compas direct de ce carcan qui l’empêche de percer sur le marché international. Il est temps qu’ils envisagent d’autres formats pour présenter ce genre musical aux autres peuples qui connaissent l’histoire de ce petit pays, mais qui aimeraient découvrir les diverses composantes de sa culture, particulièrement sa musique populaire. Les responsables et dirigeants de groupes sont obligés aujourd’hui de se soustraire des futilités ayant rapport à l’exagération du nombre de participants aux bals pour entreprendre des événements à caractère plus sérieux (J.R. Noël). 

Les résultats enregistrés, aux bals traditionnels ou au cours de la récente tournée estivale des groupes musicaux, ne peuvent pas aider à l’internationalisation du compas direct. Il y a un point important à souligner. Un groupe peut ne pas drainer la grande foule et offrir une prestation substantielle qu’on néglige de prendre en considération (J.R. Noël).  Il semble que certains animateurs de radio et observateurs des faits, qui se sont déroulés lors de la tournée estivale 2017, aient plutôt souhaité le faux pas d’une formation musicale qu’ils ne supportent pas pour faire rayonner leur groupe favori. Tout cela n’aide pas à l’émancipation du compas direct. On doit renoncer à cette pratique. Il faut non seulement restructurer la scène HMI, mais aussi notre mentalité mesquine et partisane.  

Si on fait un tour d’horizon à travers l’univers HMI, on verra que les managers de groupes musicaux sont choisis sur la base d’amitié (ti zanmi), ignorant la capacité de raisonnement de l’individu choisi pour gérer les affaires de l’orchestre et garantir sa bonne marche. Il y a un handicap qui retient le compas direct dans son cheminement vers le marché international. On peut imputer un tel problème aux responsables des groupes musicaux qui ne savent pas comment canaliser leurs produits vers les marchés internationaux, où ils n’ont établi aucun contact.   

Les orchestres doivent engager un avocat spécialisé dans le domaine du divertissement et des spectacles pour les représenter à l’échelle internationale. Seront-ils en mesure de payer les frais de consultation et d’engagement d’un avocat de cet acabit? Les compagnies étrangères de distribution préfèrent avoir affaire à un avocat  au lieu d’un maestro d’un groupe musical ou un soi-disant manager de doublure (J.R. Noël). D’ailleurs, la maison de distribution va s’assurer que l’orchestre soit capable de produire plus de 100 000 disques, ou même des millions dans certains cas. Le compas direct évolue dans un marché local réduit.  

Le marché musical haitien n’est pas et ne sera pas à ce point pour satisfaire les exigences des marchés internationaux (J.R. Noël). Si dans leur propre marché,  les orchestres ne peuvent pas produire 100 000 disques et sont incapables d’écouler un si grand nombre de produits, comment espérer qu’une maison étrangère de distribution les accompagne. Ka Nou Grav. Donc, dans une telle situation, le compas direct ne pourra jamais étendre ses tentacules sur le marché international. Les groupes musicaux haïtiens sont visiblement dans l’impossibilité de satisfaire les demandes des consommateurs étrangers.  Dans ces conditions, l’internationalisation de ce genre musical restera un rêve sans fin, sans possibilité de concrétisation. 

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