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La HMI: un voilier en détresse (Haitian Music Industry)

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image Haiti SOS couverture de l'album de Mondomix

On dit que l’homme ne peut prévoir l’avenir. Cependant, il peut prendre des mesures pour garantir un lendemain meilleur. Ceci met en relief  l’importance de la planification dans toute discipline. Je remarque qu’aujourd’hui le marché musical haïtien souffre d’une dégénérescence grave qui pourrait être évitée si les mesures nécessaires avaient été prises à temps. Il semblerait que plus les années s’écoulent, plus dure sera la remontée en amont. Pourtant, il y a une lueur d'espoir.  http://radiotelevisioncaraibes.com

Une situation grave

Le marché musical haïtien traverse une crise qui, à mon avis, paraît  être irréversible puisque l'effort collectif ne se remarque pas encore, et cela à tous les niveaux. Il y a quand même espoir puisque nous connaissons les causes de nos problèmes. Il faut que les mesures nécessaires soient prises dans l’immédiat pour éviter le pire. La HMI est comme un voilier perdu en haute mer, alors qu’un tsunami s'annonce.

La situation requiert l'assistance des penseurs pour éclairer l'esprit des gens concernés. Le voilier risque de faire naufrage et aucun membre de l'équipage ne maîtrise les techniques de natation. Sauve qui peut! Vraiment, les causes du grand problème de la HMI sont connues de tous, à moins qu'on souffre de cécité. Le marché musical haïtien ne pourra jamais remonter en amont sans la participation collective. Le temps n’est plus au verbiage mais à l’acte.

La forme de musique que les groupes musicaux produisent aujourd’hui manque de substance tant au niveau des compositions, des textes que des orchestrations. Tous les groupes se ressemblent en style. On note une totale absence d’originalité puisque la créativité fait défaut. Chaque formation musicale copie une autre. Les groupes les plus populaires nous offrent des chansons-micro-ondes «déjà entendues-bouyon rechofe», sans ingrédients capables de relever le goût. 

Je pense qu’il y avait de meilleurs instrumentistes dans le passé avant l’ère de la musique digitalisée où la boîte à musique japonaise semble faire tout aujourd’hui. Quand je parle de boîte à musique, certains se réfèrent à autre chose et d’autres me font visiter le passé pour m’aider à découvrir une période que je n’ai pas connue. « La Boîte à Musique Raoul Denis », à Port-au-Prince, Haïti,  était bien différente puisqu’elle offrait toute une diversité pour satisfaire les besoins en musique : partitions, livres de musique, disques et instruments. 

Je tiens à dire que le feeling humain exprime mieux le sentiment qu’une machine à musique programmée. Un batteur vaut son pesant d’or. La musique, c’est l’expression, l’extériorisation des émotions d’un musicien. Elle demeure une affaire de sincérité, de sensibilité et de créativité. Un saxophoniste, un trompettiste, un tromboniste rendent et partagent avec nous ce qu’ils ressentent. Ils laissent parler leur cœur. La boîte à musique électronique japonaise reste inanimée. 

Je remarque que certains groupes essaient d’utiliser un batteur parallèlement au « sequencer / drum-machine » mais sans vraiment créer l’espace nécessaire pour permettre à l’instrumentiste d’exhiber son talent. Donc, ils le font mal. Le bruit dérange même les autres musiciens évoluant sur le podium avec eux, les forçant à se boucher les oreilles avec les doigts. Les batteurs infligent une raclée incessante à la cymbale sans cause ni raison. En fait, c’est un mauvais héritage d’un batteur qui n’a pas su apprendre ni comprendre les techniques de l’instrument. Il a créé des cymbalistes. 

À quoi servent toutes les caisses étalées autour des batteurs ? Le rôle de la cymbale dans un orchestre n’est pas bien compris des batteurs haïtiens. Ces musiciens paresseux doivent rendre gloire à Dieu puisque le public ne peut détecter les failles liées aux syntaxes musicales de nos orchestres. L’enfer n’est pas toujours pavé de mauvaises intentions. Si ces musiciens se mettent à l’étude, ils pourront réaliser des merveilles et changer l’univers musical haïtien pour de bon, en produisant des disques de bonne facture. 

Les grands problèmes de l’heure

L’utilisation de l’ordinateur crée plus de musiciens médiocres qu’on ne pourrait l’imaginer. Chaque groupe affiche leur ordinateur « Apple » au bal. Au niveau de sonorité, on ne peut identifier les groupes. Les guitaristes utilisent la même formule d’exécution des solos puis ils se cachent derrière un paravent qu’ils qualifient de « son lari a ». Ils jouent n'importe quoi sans respecter les règles du jeu. Leur inspiration a tari. Ils ignorent la relation existant entre le solo et la gamme. 

Tous les solos des guitaristes se ressemblent en forme et en longueur. Un tel fait a l’air d’être contagieux puisque les guitaristes des nouveaux groupes les imitent et ils en sont fiers. Cette forme de musique les traîne en enfer sans qu’ils ne s’en rendent compte. Et quand on pointe le problème du doigt, ces musiciens accusent tout le monde. Ils ne peuvent faire leur autocritique pour essayer de corriger leurs faiblesses. Ils sont pour la plupart aveuglés par un vedettariat sans fondement. 

La vente des CDs diminue de 95% puisque la qualité des produits et les chansons gravées sur les disques n’attirent plus les consommateurs. Les promoteurs s’évadent pour ne pas risquer leur argent qui, d’ailleurs, se fait de plus en plus rare. Les soirées dansantes deviennent fades et sans intérêts, non seulement à cause du coût exorbitant de l’admission mais aussi de la monotonie du répertoire des formations musicales qui animent les soirées - men m ti bagay la. La majorité des groupes d'aujourd'hui joue du Konpa mais pas le vrai Compas Direct. On ne peut parler ni d'évolution, ni de révolution musicale, si l’on tient compte des définitions de ces deux vocables. . 

Les doubles affiches aux soirées dansantes, voire les triples, n’aident pas le business. Je sais qu’il y a des groupes qui s’appuient sur d’autres dont la popularité est déjà garantie, ce pour s’assurer un bon accueil du public. Dans la plupart des cas, une telle stratégie n’aide en rien. Si un groupe musical ne peut pas animer une soirée tout seul, il faut qu’il recommence à zéro en vue de corriger ses erreurs, ses faiblesses avant de faire face au public. S’il a toujours besoin d’un autre groupe pour le faire, c’est preuve qu’il ne se sent pas prêt pour relever le grand défi. Il faut que le manager utilise une autre approche plus fiable. Un manager peut causer l’échec total d’une formation musicale, s’il ne met pas en application les principes et théories que requiert le business d’une telle activité. 

Même si le public n’est pas musicalement éduqué, il comprend le modus operandi des promoteurs et sait aussi quand un groupe ne marche pas. À partir de ces observations générales, le public boude souvent les affiches multiples, c'est-à-dire toutes les soirées où plusieurs groupes figurent au programme. Le grand public remarque que le temps d’ajustement après chaque prestation d’un groupe à l’affiche prend une éternité. Souvent, les promoteurs ne s’équipent pas d’un personnel technique professionnel capable d’assurer le remplacement des équipements sonores, après la prestation d’un orchestre, dans un temps qui ne peut déranger le public. Dans bien des cas, le public perd au total une heure et demie en divertissement, si ce n’est plus, sans compter les intermèdes. 

La chute libre du marché musical haïtien et ses causes majeures

Qui sont responsables de cette chute libre du marché musical haïtien? Je dirais les musiciens, les managers puis les promoteurs, les distributeurs et les consommateurs de musique haïtienne. Les musiciens attendent qu’on fasse tout pour eux. Si les groupes musicaux ne créent rien, de quoi veulent- ils qu’on parle. C'est l'un des facteurs de la dégénération de cette industrie. Les musiciens rendent tout le monde responsable de leurs déboires. On doit se poser une question. Que font-ils alors de cette parole sacrée: « Aide-toi et le ciel t'aidera »? http://radiotelevisioncaraibes.com

Ces musiciens nient complètement le côté business de la musique. Le vedettariat leur monte à la tête. Chaque musicien haïtien se croit une superstar / une super étoile. Aujourd’hui, certains chanteurs se comparent même à Michael Jackson. Heureusement, la folie des grandeurs n'est pas contagieuse. Les managers, les producteurs et promoteurs ne sont pas non plus innocents. Nous n’avons pas vraiment des distributeurs de musique. 

Les maisons de production ne sont que de petites boutiques à moyens faibles. La distribution des produits de nos musiciens est très limitée en quantité. La distribution des produits se fait dans un champ très restreint. Sans un grand réseau de distribution, le cross over ne sera jamais possible. Je ris souvent de ceux-là qui parlent de cross over parce qu’un groupe a visité un pays étranger pour honorer un contrat d’une durée d’un ou de deux jours. 

La piraterie et son impact

L’Haïtien aime la musique mais ne la consomme pas pour vraiment supporter nos musiciens. Ils s’adonnent au bootleg domestique, c'est-à-dire ils reproduisent la copie d’un ami, qui l’a préalablement copiée d’un autre ami, d’un cousin, d’un frère, d’un voisin ou d’un camarade de classe. C’est une réaction en chaîne que je baptise de « l’effet domino du bootleg domestique ». Les disquaires et producteurs aussi se livrent à corps perdu au commerce illégal de la piraterie. La piraterie constitue vraiment un handicap au développement du marché musical haïtien.  http://radiotelevisioncaraibes.com

Pour éradiquer la piraterie, il faut que nos artistes mettent en place une association légale de musiciens. Ils doivent aussi payer leurs taxes. Les per diem (les journaliers) / les giggers méritent un meilleur salaire et des bénéfices sociaux. Que font les musiciens haïtiens face au marché parallèle générateur de bootlegs / produits piratés / contrefaçonnés? Rien, absolument rien. Mais ils se plaignent toujours. Ils ne se contentent que des petits bals du samedi soir. Tant que de nouvelles structures ne sont pas envisagées et mises en place, le marché musical haïtien ne pourra jamais sortir de sa longue léthargie. A chacun son métier, les bœufs seront bien gardés. 

robertnoel22@yahoo.com  

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