La représentation d’Haïti au Carnaval antillais du Labor Day 2012 à Brooklyn, New York
Photo archive Carnaval 2012 Eastern Parkway
L'été touche presqu'à sa fin et les étudiants se préparent pour la réouverture des classes aux États-Unis. Le premier weekend du mois de septembre marque la fête traditionnelle du travail, du Labor Day. En cette occasion, des activités culturelles sont organisées un peu partout à travers les États-Unis. Pour la communauté haïtienne, New York est le lieu de rendez-vous puisque c'est dans cette ville que se tient le méga carnaval caribéen (antillais) du Labor Day. Les participants et spectateurs viennent de tous les continents pour jouir de ce moment de plaisir, qui ne dure qu'un seul jour pour le plus grand nombre, ignorant les activités pré-carnavalesques.
La période pré-carnavalesque du Labor Day à Brooklyn, New York
Beaucoup d’Haïtiens nient l'existence des activités pré-carnavalesques du Jouvè, offrant du plaisir jusqu'à l’aube à Brooklyn. Des DJs et des orchestres assurent l’animation musicale jusqu'au lever du soleil. Et, les marchandes haïtiennes étalent leurs produits locaux et offrent un menu varié : akra, akasan, benyen, griyo, tasso, dirikole ak pwa, bannann peze, mayi bouyi, mayi boukannen, tchaka, bega ( janjol), bouyon kabrit, zo devan, asorosi, hum, sofina de Port-de-Paix, etc. Le Jouvè s'étend sur une période de deux jours précédant le premier lundi de septembre, jour du carnaval. Les anglophones le prononcent Jouvé. C’est un mot qui signifie jusqu'au lever du jour-lever du soleil. Dans le vernaculaire haïtien, on dit « jouk li jou » ou encore « jouk jou louvri »- « jou ouvè ». Le Carnaval est toujours un moment de réjouissance, de défoulement pour laisser vagabonder son esprit loin du quotidien, oubliant les factures, le loyer ou l’hypothèque à payer. Cependant, les propriétaires logeurs (landlords) et les banques qui assurent les prêts hypothécaires tiennent fort au principe voulant que « tout mois commencé est dû ».
Ce que nous, Haïtiens, considérons être obscénité peut bien faire partie de la culture d’un autre peuple. Considérons, par exemple, la grinding dance- le frottement du postérieur de la femme contre le pubis du cavalier. La Police a le droit d’arrêter tous ceux qui se livrent à l’indécence ou outrage à la pudeur, tel que: exhiber son phallus en urinant en pleine rue ou descendre son pantalon au vu et au su de tous. Pourtant, les femmes déguisées exposent leur postérieur charnu. Ce n’est pas un crime, pourvu que leur réservoir d’amour soit bien couvert. Les Policiers de New York font toujours appel à leur bon sens pour établir la différence instantanément, entre éléments de culture et obscénité. Ils assurent toujours la sécurité avec efficacité. Toutefois, il faut dire que l’an dernier un policier a été réprimandé et placé en assignation modifiée (travail de bureau) pour s’être laissé emporter quand une femme déguisée, à moitié nue, lui donnait la « bend down grinding dance de la Jamaïque, de Trinidad-le frottement corps à corps ». Si l’agent de l’ordre avait lâché les guidons (deux guidons) en se croisant les bras, sans laisser extérioriser ce qu’il ressentait, il ne serait peut-être pas puni. Mais, il avait trop longtemps tenu des deux mains les hanches de cette jolie femme antillaise, parce qu’il perdait l’équilibre ou bien était sur le point de le perdre.
Brève histoire du carnaval / de la parade du Labor Day de New York
Le carnaval traditionnel du Labor Day a pris naissance à Harlem, New York dans les années 20, mais le défilé carnavalesque a commencé le 1er septembre 1947. Lors, il était désigné sous le terme de Labor Day Parade c'est-à-dire Parade du Labor Day-Parade de la fête du travail. Le défilé longeait toujours la Septième Avenue à Manhattan, partant de la 110e rue. Harlem représente donc le berceau de ce carnaval, qui se tient toujours le premier lundi du mois de septembre. Cette grande festivité attire toujours plus de 3 millions de participants et spectateurs qui viennent de tous les coins du monde. En 1964, le comité organisateur de cet évènement culturel se trouvait en difficulté. Le permis qui lui donnait droit d’organiser le carnaval à Harlem n’a pas été renouvelé à la grande surprise de tous. Il avait fallu attendre cinq ans avant que les activités reprennent.
En 1969, un nouveau comité a été créé, prenant en considération l’agglomération et l’immigration en masse des Antillais à Brooklyn. Une demande de permis a été approuvée, accordant le droit légal d’utiliser l’Eastern Parkway à Brooklyn, New York, comme lieu de parcours du carnaval, maintenant connu sous le nom de Carnaval Caribéen. Depuis, la tradition continue. Certains politiciens américains et haïtiens utilisent ce rassemblement annuel comme plateforme pour se faire voir, souriant, gentils, même si on ne les voit plus ou n’entend plus parler d’eux dans notre communauté pendant leur mandat. Ils oublient toujours leurs mandants après les élections. Cette année, le carnaval du Labor Day / Carnaval antillais à New York aura lieu le lundi 3 septembre.
L’habitude est une seconde nature
À ce défilé carnavalesque traditionnel, on note toujours la participation d’Haïti, du Trinidad and Tobago, de Belize, d’Antigue, de la Barbade, de la Dominique, de la Grenade, de la Jamaïque, de Ste Lucie, de St Kitts, etc. Haïti est toujours représenté par de populaires groupes musicaux à tendance Konpa Dirèk. Cependant, il faut souligner que des groupes à philosophie racine nous avaient aussi bien représentés à cette fête culturelle. Je me souviens avoir vu le groupe Koudjay en action sur le grand boulevard Eastern Parkway.
Dans le passé, on notait la participation du Tabou Combo, de T-Vice, Djakout Mizik (devenu Djakout #1), Kreyol La, Krezi, etc. En 1975, le Tabou Combo avait drainé une foule multiethnique incroyable avec son tube « New York City ». Ceci demeure une réalisation jusqu'à présent inégalée. Aujourd’hui, Sweet Micky serait peut-être un participant au carnaval Labor Day, avec ses slogans populaires, sa k pa konn Miki, men Micki, sa pa kontan anbake, pwason te fè dlo konfyans, men se dlo ki bouyi l, oulala, ou ou oula. Chaque période a ses besoins et ses exigences. Les priorités ont changé.
Djakout et T-Vice y participent et animent toujours à la satisfaction de la grande majorité des Haïtiens. La polémique entre ces deux groupes se remarque toujours. Au lendemain du carnaval, les résultats s’affichent vite et de très tôt. Chaque groupe se réclame la première position au concours-meringue qui se déroule sur l’Eastern Parkway, sans preuve, sans sondage, sans aucune donnée scientifique à l’appui. En fait, cela importe peu puisque tous les groupes haïtiens qui y participent, divertissent toujours nos compatriotes.
La donne change cette année. J’ai entrepris des enquêtes méticuleuses par moyens direct et interposé pour savoir les groupes qui représenteront Haïti cette année. Le lundi 27 août à 12 : 45, j’ai contacté le comité du carnaval Labor Day. J’ai parlé à Johann Perre concernant les groupes haïtiens qui prendront part au carnaval cette année. J’ai profité de l’occasion pour m’informer du délai alloué pour l’inscription des groupes. Ils avaient jusqu’au 22 août pour le faire. Johann m’a appris qu’on n’enregistre pas les groupes par pays mais plutôt sur une base individuelle. Le quartier général du comité organisateur se trouve au 325 Rogers Avenue à Brooklyn, New York.
Il est confirmé que T-Vice et Djakout ne figurent pas sur la liste des participants cette année, d’après Johann Perre, membre du comité organisateur. Elle est originaire de Ste Lucie. Elle m’a confirmé que deux groupes haïtiens prendront part au défilé. D’après l’information reçue d’elle, il s’agit de King Posse et d’un autre groupe qu’elle n’a pas pu bien identifier, Elle a parlé de
« Phoenix». Il n’existe aucun groupe musical haïtien du nom de Phoenix. C’est peut-être une organisation culturelle haïtienne à but non-lucratif. Est-ce le King Posse d’Haïti ou un prête-nom d’un groupe de New York qui prendra part au défilé? Qui sait ? On ne parle plus du King Posse d’Haïti dans les communautés haïtiennes vivant aux pays d’accueil. DjaRara, une bande à pieds, participe toujours à ce grand évènement annuel. Il y aura d’autres présentations culturelles haïtiennes telles que des troupes de danse, défilé de mannequins, l’exposition de la mode paysanne, défilé d’enfants, etc.
À qui la faute ?
Le comité organisateur ne fournit aucun matériel aux participants. L’Haïtien fait toujours face à un problème de planification. On attend toujours la veille d’une activité culturelle ou sportive pour commencer à la préparer. Certains blâment T-Vice, Djakout # 1, Carimi, Kreyol La, Disip, Nu Look parce qu’ils ne participent pas au Carnaval Labor Day 2012. Il faut tout d’abord dire que Disip et Nu Look n’ont jamais pris part à ces festivités. On ne peut pas les blâmer. D’autres font croire que les musiciens des groupes précités pourraient eux-mêmes couvrir toutes les dépenses et représenter Haïti valablement à ce carnaval.
D’autres encore déclarent qu’ils doivent partiellement donner en retour ce qu’ils ont reçu du grand public. Ces déclarations ne sont pas fondées. On doit prendre en considération le côté business de la musique et réévaluer l’état piteux du marché de l’industrie musicale haïtienne. Après le weekend du Labor Day, les groupes musicaux vont entrer en période de basse saison, de vache maigre, d’accalmie, et cela va durer jusqu'à la fête de Noël et de fin d’année. Il n’est pas du tout à l’avantage des groupes musicaux de faire de telles dépenses pour participer au Carnaval du Labor Day. La crise économique étrangle tout le monde, mais plus fortement les musiciens gagnepetits, même s’ils se disent tous financièrement stables. C’est du Bluff culturel.com ! T-Vice, Kreyol La et Carimi ne doivent pas non plus payer pour participer à un carnaval où ils vont représenter Haïti. Les promoteurs et les producteurs sont financièrement anémiques maintenant. Nous avons un Ministère de la Culture, un Ministre des Haïtiens vivant à l’étranger tout aussi bien un Ministère du Tourisme, un Ambassadeur d’Haïti à Washington et un Consul Général haïtien à New York qui normalement devraient pouvoir assister en ce sens, aussi petite que l’aide puisse être. Il faut aussi que les managers des groupes musicaux embauchent des démarcheurs capables d’attirer des sponsors étrangers et haïtiens pour que l’an prochain Haïti soit bien représenté. Ils doivent commencer leurs démarches dès aujourd’hui.
Un important fait mérite d’être signalé. Les chars doivent être plus présentables et l’on doit faire en sorte que les déguisements nous épargnent des critiques amères du monde entier. Nous devons exposer notre culture en montrant le bon côté d’Haïti que certains étrangers ignorent ou font semblant de ne pas connaitre. Haïtiens, entendons-nous. Oublions nos différends, tout aussi bien notre appartenance politique et religieuse pour présenter une meilleure image d’Haïti aux yeux du monde entier. Il nous faut donc la participation collective pour atteindre un tel objectif. Nous avons besoin de créer un comité carnavalesque et de loisirs à New York. Faisons de la culture notre tremplin. La culture demeure l’un des paramètres importants de l’équation du succès d’un peuple.
robertnoel22@yahoo.com





