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Le groupe Etcetera : un autre univers musical à découvrir

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La musique est le langage des émotions. Elle est un médium à travers lequel le musicien exprime sa joie, sa tristesse, sa souffrance, son amour, sa déception, etc. Elle est non seulement un art mais aussi une science. Aujourd’hui, le monde médical s’en sert  pour guérir, améliorer la santé physique et mentale, changer l’humeur, rétablir et maintenir l’équilibre de fonctionnement comme le fait l’homéostasie. Cela se réalise à partir de la musique-thérapie ou musicothérapie qui est aussi une psychothérapie instrumentale si le sujet qui reçoit l’assistance n’a pas accès au langage commun.  


La musique d’Etcetera se fonde plutôt sur une musique-thérapie / musicothérapie active basée sur des productions sonores à travers la voix, le tambour - incluant  le Djembe*, le piano, la guitare, la trompette, la batterie, la guitare-basse, le tam-tam accompagné de la cloche de bœuf (cowbell), etc. Ce groupe vient de produire un CD qui a pour titre Mizik Terapi, Volume I. Onze chansons, incluant l’Intro, sont au menu: « Intro-15 Secondes», «Doulè peyi-m», «Être Humain», «Refleksyon», «La Vie», «Let me cry», «Fallen Friends », «Now», «So Far Away», «Haïti Pap Kraze». 


La brève histoire autour du CD

Tout comme le poète et le peintre, le musicien averti choisit la réalité comme toile de fond pour présenter et partager ses émotions. Après le séisme du 12 janvier 2010,  de jeunes musiciens expérimentés de New York se sentant touchés profondément par ce désastreux évènement qui a ravagé Port-au-Prince, Léogâne, Jacmel et d’autres villes de province, se sont mis d'accord pour travailler sur un projet musical dans le but de contribuer à la cause haïtienne. L'idée a émané de Bobby Jacques et Moise Ulysse qui ont fait appel à d'autres amis musiciens qui partagent la même opinion qu’eux.


La sensibilité de cœur des musiciens du groupe Etcetera les a conduits sur le champ de travail et ils ont produit cet excellent album que beaucoup de gens aiment. Ils ont fait tout ce qui était à leur portée pour réaliser une telle œuvre. Ceci reflète une certaine unité qu'aucune force ne pourrait, ne peut et ne pourra détruire. L'union qui fait la force. C'est une inspiration démontrant que les Haïtiens peuvent s'entendre pour mettre à pied d’œuvre leur talent pour une cause commune. Aussi petite que l'aide puisse être, elle pourra servir Haïti.


La musique thérapie / musicothérapie et la culture

Certains pensent que la musique classique constitue la base de la musicothérapie et peut aider tout le monde sans considérer leur culture. Une musicothérapie à base de musique classique ne pourra jamais aider un paysan haïtien et la grande majorité d’Haïtiens parce qu’on les conduit en dehors de leur culture. Pour juger le caractère universel d’une musique et évaluer l’effet qu’elle peut avoir sur  une collectivité, il faut aussi l’offrir aux paysans. C'est une expérience que j’ai vécue avec le CD du groupe Etcetera pendant mes deux jours de séjour en Haïti en octobre 2011. C’était une réussite puisque le même CD a été présenté à un auditoire différent et la réponse fut similaire.


Chaque culture possède une esthétique de la réception bien spécifique.  Pour que la thérapie soit efficace, il faut qu’il y ait un lien entre la culture et la musique que le psychothérapeute / musicothérapeute joue au bénéfice du sujet qu’il veut aider. Voilà où la culture se définit.  L’influence d’une musique dépend de la culture. En ce sens, le groupe Etcetera a réussi puisque sa musique peut transcender les frontières pour toucher toutes les âmes, et cela toutes couches sociales confondues.


La musique et le langage

Le mot « Etcetera » traduit une idée de multiplicité et qui par abréviation s’écrit « etc ». Après avoir énuméré quelques particularités, on laisse le choix et le soin de deviner ou de définir le reste d’un tout, qu’on exprime souvent en utilisant le mot « etcetera ». Après l’audition de l’album du groupe Etcetera, j’ai pu déceler le sens et le mobile qui poussent ces jeunes musiciens à choisir un tel nom. Vraiment, ils peuvent tout jouer. Leur répertoire s’étale sur plusieurs échelles et genres musicaux, nommément le Konpa Direk, le Reggae, le Rhythm & Blues (R & B), le Jazz, la Salsa, la Racine, etcetera (etc.). Voilà ce qui fait l’universalité de ce groupe que je qualifie de groupe tout-terrain et de toutes les saisons. Ces talentueux musiciens chantent la nature, l’amour, la patrie, la vie, l’harmonie universelle, la paix et tout ce qui leur parait beau, bien  et bon.


Le langage humain présente toutes les caractéristiques de la musique. Il existe une corrélation étroite entre les deux. Pourtant, ils ne se confondent pas. Mais, on peut noter des similarités marquantes au niveau de leur structure. La gamme représente l’alphabet de la musique. Je déduis qu'une note de musique est identique à une lettre de l’alphabet, un accord à un mot,  une mélodie à une phrase, l’harmonie à la coordination de la pensée et une progression d’accords à une conversation. Et, si l’on considère la sémantique musicale on fait face à deux mondes distincts : le compositeur et l’auditeur. Quand l’auditeur se perd dans la musique, il devient automatiquement co-créateur. 


On peut bien connaître l'alphabet et être capable de mettre les mots ensemble pour faire une phrase mais si on ne comprend pas le langage et la composition, la musique qu'on joue ne pourra jamais plaire. Ce sera un méli-mélodrame. Le hasard n’existe pas en musique. Il faut savoir comment choisir les accords à partir de la gamme découlant de la tonalité de la chanson, pour éviter la cacophonie. Le concept 1-4-5, 2-3-6 et 7 est universel. Ces chiffres représentent les notes de la gamme, tout aussi bien les accords qu'on peut utiliser quand on connait la tonalité de la chanson,  où les chiffres 1-4-5 sont les accords majeurs, 2-3-6 les mineurs et le 7 l'accord diminué de l'échelle. Que ceux qui ont des yeux voient, que leurs oreilles entendent et que leurs âmes comprennent.


Outre leur connaissance de l'alphabet musical et des syntaxes, les musiciens d’Etcetera  maîtrisent le langage et les secrets de la composition. Est-ce pourquoi leur musique plait, touche les cœurs et les âmes, orne et embellit l'univers des fins connaisseurs de musique. Leur musique atteint aussi le cerveau musical de ceux qui n'ont pas les rudiments musicaux, c'est-à-dire les musiciens non-pratiquants. Nous entendons souvent des gens, pour parler d'eux, dire: nou pa mizisyen men nou gen zòrèy. Ils devraient plutôt parler de cerveau musical au lieu des oreilles. C'est le cerveau qui capte et transmet les sons.


Évaluation du CD

L’Intro-«15secondes » du CD est un chef-d’œuvre, réalisé avec tous les effets traduisant les fortes émotions. Elle reflète une réalité qui se situe dans un passé infini. Si le photographe les présente en images inertes, ces jeunes à travers Etcetera l’ont fait en chanson où les effets sonores nous plongent dans la réalité absolue. Voilà donc une forme de psychothérapie instrumentale qui nous conduit dans une méditation musicale. La musique devient un moyen d’évasion.



La chanson « Doulè peyi’m» met en relief la belle voix de Palmyre Séraphin qui traduit la douleur intense d’Haïti qu’elle partage avec l’auditeur. Palmyre a une tessiture vocale rare et une simplicité de style reflétant son professionnalisme. Elle chante l’espoir, et pour exprimer sa douleur aigue elle change d’octave. Cette excursion musicale confirme son dynamisme musical. Dans un style flamenco, Raoul Samson à la guitare-solo colore la pièce musicale et la rythmique l'orne d'un doux accent Bossa Nova, tout cela sans altérer l'essence. Ronald Félix, à la basse, fait montre d’un professionnalisme rare. Sa touche sûre et précise m’impressionne. Il demeure un bassiste Hi-Tech dans toute l’acceptation du terme. Il maîtrise bien la technique « slap ». Il sait comment augmenter ou réduire la fréquence de vibration des cordes de la basse. Son sens d’improvisation défie l’imagination.



« Être humain» est une excellente composition. La voix de Joe Montour fait la différence. Le texte présente un caractère très philosophique. La chorale met en évidence l’esprit de tolérance et de respect mutuel. La musique et le texte sont l’œuvre de Bobby Jacques, un talentueux percussionniste et Joe Montour, chanteur /compositeur. Jonas Imbert fait encore ressentir sa présence. Babas Altidor assure le rôle de guitare-lead avec une dextérité qui trahit son jeune âge. Tandis que Guy Gerson maintient le rythme à la guitare. «Refleksyon » est d’une autre texture. La voix de Jean Wanes Pierre domine. L’orchestration est superbe et les paroles reflètent la pensée et le rêve de tout Haïtien conscient. Sergo Decius a encore prouvé sa grandeur comme percussionniste. La présence de Marcelo Mariano se fait sentir comme bassiste et Luisa Mariano comme choriste, aux côtés de Brent Hebert à la guitare. Marcelo et Luisa Mariano représentent la connexion brésilienne supportant une cause haïtienne.  



L’originalité musicale

Le cinquième tube « Haïti Zantray » est une excellente composition de Sidon Joseph que le groupe Etcetera a interprétée avec maestria. Sidon a su bien agencer ses paroles à la musique, ce qui fait que la chanson conserve toute sa fraîcheur. Ces musiciens l’ont rhabillée à l’air du temps. Ce qui confère une certaine originalité au groupe Etcetera. L’originalité ne dépend pas de la matière mais plutôt de la manière. Obed Jean Louis a chanté ce morceau d’une voix naturelle et claire conférant une couleur tonale nettement différente de l’ordinaire. Son aisance reflète bien ses années d’expérience comme chanteur.


La composition «La vie » traduit le quotidien. Le texte du chanteur Armstrong Jeune nous reconduit à l’école de la vie, la seule école où l’on est à la fois maître et élève. C’est une chanson qui convie un message fort. Elle met en évidence la loi des opposés et nous exhorte à la prudence. Elle nous montre que malgré les divergences et différends qui peuvent exister entre nous, nous sommes tous membres d’une seule et même race: la race humaine. Gary Josama nous berce de sa touche à la guitare.



Un nouveau concept musical

« Let me cry » reflète une autre approche, un nouveau concept musical. La musique est de Moïse Ulysse mais les paroles sont l’inspiration de Sandra Montour. Cette chanteuse a un sens rythmique et une voix envoutante faisant d’elle l’architecte d’un univers musical créé sur la charpente mélodique et rythmique de Guy Gerson à la guitare, de Moïse Ulysse au piano, Jonas Imbert à la batterie, Jean Marie Casimir au tambour traditionnel et Dominique Joseph au tambour ethnique. Bobby Jacques y introduit le Djembe* pour montrer son attachement à l’Afrique.

« Fallen friends » me parait très significative. Je ne saurais oublier Anastael Célestin, un choriste dont la voix s'harmonise bien avec celles des autres.   


Dans «Now», Joe Montour dévoile son talent artistique en mettant les paroles de Sandra Montour en musique. Cette chanteuse au souffle puissant et à la voix claire prouve sa grandeur d’artiste. Gary Josama exécute des riffs un peu jazzy assez bien conçus et il les joue avec une exactitude dans l’intervalle qui lui est alloué. Stanley Jean, à la batterie, assure le rôle de métronome. Moïse Ulysse s’est exprimé avec une telle élégance et finesse au piano qu’on pourrait se croire perdu au jardin des merveilles pour l’éternité. Yves Abel y met sa touche comme bassiste et change l’atmosphère musicale.  



« So far away » appartient à la même lignée que « Now » et Sandra Montour tient non seulement le rôle de chanteuse mais aussi celui de parolier. On dit que la parole crée.  À travers cet album, la créativité de Sandra Montour est fortement remarquée. Son articulation musicale et son sens de créativité la placent parmi les meilleures chanteuses du moment. Enfin, « Haïti pap Kraze » avec la voix de Michel Blaise (Malcom) rappelle le Tabou Combo du début des années 70 mais modernisé au goût du temps pour satisfaire aux exigences des incrédules les plus intransigeants. Les phrasés mélodiques sont très captivants et confèrent une particularité exceptionnelle à ce morceau tant apprécié des férus du Konpa Direk. Yves Abel s'y retrouve et Donald Charlot, au keyboard, ajoute un air gai dans un solo bien mesuré au millimètre, sans marge d'erreur. Le groove est si bien agencé qu'il peut faire danser toutes les générations et même des somnambules.   

Un chef-d’œuvre artistique

Cet album présente  un caractère pluridimensionnel à travers lequel le profil d’Haïti est mis en exergue. Les mélodies sont bien inspirées et elles traduisent un sentiment d’appartenance. Le choix des musiciens ne pourrait être meilleur. Je trouve qu’ils sont très professionnels. Ils expriment bien leurs émotions avec finesse, une sincérité de cœur et un professionnalisme des plus extraordinaires. C’est vraiment intéressant de réunir de jeunes musiciens qui ont su donner leur temps sans condition et offrir leur talent pour faire de ce projet ce qu’il est: un chef-d’œuvre artistique sans nul autre pareil.



Si on dit seeing is believing-voir c’est croire,  je dis qu’écouter ce CD du groupe Etcetera c’est croire dans l’esthétique musicale et prouver aussi son appartenance à l’univers des fins connaisseurs de musique. Je tiens à féliciter les musiciens du groupe Etcetera pour cet album bien conçu, particulièrement Palmyre Séraphin et Sandra Montour, deux chanteuses, qui de leur talent ont brisé les carcans de cette tradition qui ne cesse de présenter nos artistes féminines comme choristes. Elles ont pris en main leur responsabilité et s’imposent en chanteuses-lead. Elles ont rehaussé l’éclat de cet album.


Sandra Montour chante  mieux que beaucoup de ces chanteuses américaines  qui jouissent d’une renommée internationale. Palmyre pourra aussi atteindre l'apex sans grande difficulté. Je profite de cette occasion pour rappeler à Sandra qu’elle doit toujours viser la Lune, et au cas où elle la rate, elle va certainement  tomber parmi les étoiles- Sandra, always shoot for the Moon, and  if you miss, you will certainly fall among the Stars.



Félicitations et Bonne chance au groupe Etcetera.



Jean-Robert Noël

robertnoel22@yahoo.com


* Le Djembe est un tambour en forme de calice, ou de "pilon haïtien", d'origine africaine qui offre un spectre sonore très varié. On peut le jouer avec les mains nues ou à l'aide de baguettes. Il est utilisé dans les musiques traditionnelles africaines mais aujourd'hui on en fait usage à travers le monde entier sans tenir compte de sa portée culturelle africaine

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Miziki Terapi pochette
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