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Le Compas Direct d’hier et le Konpa Dirèk d’aujourd’hui : un monde entre deux univers

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1ere Partie

L’histoire de la musique dansante haïtienne remonte bien avant l’ère Compas Direct, que certains qualifient de rythme et que d'autres définissent simplement comme un style de musique haïtienne. Un rythme se définit comme la disposition symétrique et l'alternance périodique des temps forts et faibles dans une phrase ou une composition musicale bien structurée. Un style n’est qu’une forme, c'est-à-dire un genre de musique à caractère spécifique étalé sur un fond rythmique particulier. Quand on disait compas dans les années 50, on faisait référence au rythme. L'influence latine se ressentait fortement même au niveau du langage. En espagnol, le mot « compás » signifie rythme, cadence, beat, etc. 

Le Compas Direct d’hier et sa brève histoire 

La musique populaire haïtienne a aussi subi l'influence latine. En fait, toute musique découle d'une autre. On peut s'inspirer d'une autre forme de musique pour créer une nouvelle. Le Compas Direct est une « meringue » à tempo réduit. Il s'écrit musicalement. C'est une musique à quatre temps qui, sous forme de fraction, est présentée comme suit 4/4. Le numérateur indique le nombre de temps (pulsations / battements) dans la mesure et le dénominateur représente l'unité de temps de la mesure. 

Le musicien doit avoir un minimum de connaissance du langage mathématique pour comprendre l'opération arithmétique / la fraction liée à la musique afin de procéder à la division exacte du temps. Pour ceux qui ont une connaissance des mathématiques fondamentales, je veux faire une approche logique « mathématique » pour démontrer qu'on est en droit de dire que le Compas Direct est une mesure 2 / 2. Il faut que je m'explique. Le temps fort d'une mesure à quatre temps se répète tous les quatre temps. Mais dans la pratique, le temps fort se répète tous les deux temps comme s'il s'agit de deux mesures successives à deux temps (2/2). 

Au début des années 50, Nemours Jean-Baptiste avait un fort penchant pour la musique dominicaine. Il partit à la découverte. Il exécutait bien cette forme de musique. Un jour, l’Ensemble interprétait une chanson dominicaine titrée « Oye Mercedes », Kretzer Duroseau, le tambourineur, des fois ratait un temps de la mesure ou en ajoutait un. Il ne pouvait maintenir le rythme constant de la chanson originale. Quelques jours plus tard, il oublia le tempo et jouait un temps qui ne rendait pas l’interprétation exacte de l’originale. Nemours lui demanda de maintenir le tempo. Kenbe Konpa w, dit le maestro, c'est-à-dire « Kenbe rit la ». Satisfait de la façon que Kretzer soutenait le nouveau tempo, il l’encouragea à continuer dans le même sens, lui disant: kenbe l la, Konpa sa a dirèk. Voilà l’origine du nom Compas Direct.  

Avant la création de l’Ensemble Nemours Jean-Baptiste, le maestro avait créé « El Conjunto International ». Le nom confirme bien l'influence latine. Cette idée lui était venue en tête pendant que lui et Wébert Sicot se trouvaient à Saut-d'Eau, ce sacré lieu de pèlerinage. Ils se rendirent à Saut-d'Eau sur invitation de Lucien Noël, créateur de Titato, une bande carnavalesque du Bel-Air très connue de l'époque. Le quartier général de Titato se trouvait à la rue des Front-Forts près du Lycée Alexandre Pétion. Nemours proposa à Wébert Sicot de co-créer un Ensemble. Celui-ci accepta la proposition et le rêve se concrétisa.  

Au sein de cet ensemble, on retrouvait des musiciens doués tels que Wébert Sicot (sax), Antalcidas O. Murat (trompette), Walter Thadal (trompette), Mozart Duroseau (accordéon /piano), Thalès, (trompette), Brignol (Sax alto), Julien Paul (chanteur), Monfort Jean-Baptiste contrebassiste, frère aîné de Nemours, Osman à la batterie, etc. Brignol faisait partie de l’orchestre Citadelle. Il laissa cet orchestre pour devenir membre du Conjunto International parce que Citadelle n’avait presque pas d’offre de contrat. Antalcidas O. Murat a grandement contribué à l’évolution de la musicale haïtienne. Il détenait le secret de l’art des arrangements et de l’orchestration. Il a modernisé la musique folklorique / rustique. Maître Antal représentait un monument, un monstre de la musique, le symbole de la connaissance universelle. Ses compositions musicales sont authentiquement haïtiennes. Le maestro Nemours avait aussi une formation du nom d’Atomik.  

Un nouvel  horizon s’est tissé 

En 1955, le maestro Nemours Jean-Baptiste honorait un contrat au Club Aux Calebasses de Jean Lumarque, qui se situait à Carrefour, en face de l’Église St Charles après le poste de police. Le propriétaire du club, Jean Lumarque, lui suggéra de nommer son groupe « Ensemble aux Calebasses ». Ainsi, le maestro garantit et consolida son contrat. Ceci mit en évidence l'intelligence pratique de Nemours Jean-Baptiste et sa grande compréhension du coté business de la musique. Il avait même une chanson à travers laquelle il honorait le propriétaire de ce club. Le refrain disait : « Okalbas kanpe lakay Jean Lumarque… ».  

Nemours Jean-Baptiste fut très dynamique, un homme honnête et humble. Malgré son maigre salaire, il aidait ceux qui étaient dans le besoin, surtout des fans et amis qui ne travaillaient pas. Son interaction avec ses musiciens reflétait bien son professionnalisme. Il avait un administrateur qui s’occupait des affaires courantes de l’Ensemble. Ce nouvel Ensemble de Nemours fut très convoité dans le temps. Sénatus Lafleur, ancien joueur de l’équipe de football Hartuey Bacardi, possédait un club dansant du nom de Palladium. Lafleur fut très connu en Haïti dans les années 50-60.  

En juin 1955, avec la collaboration de Jean Lumarque, Lafleur organisa un voyage et entra à New York avec «l’Ensemble Aux Calebasses ». Ce voyage avait fait des mécontents, des envieux et des jaloux. Jean Lumarque, sentant ses intérêts lésés, décida de brouiller les cartes. De retour au pays, Nemours remarqua un changement d'attitude de Lumarque mais il tint mordicus. Trois ans plus tard, en 1958, Sénatus Lafleur offrit un contrat au maestro qui, ne pouvant plus se servir du nom « Ensemble Aux Calebasses », se trouvait dans l'obligation de le rebaptiser. Il l’appela Ensemble Nemours Jean-Baptiste. 

L'ensemble Nemours Jean-Baptiste assurait l'animation musicale à la place Ste Anne chaque année à l'occasion de la célébration de la fête traditionnelle de cette sainte, le 26 juillet. Il existe une différence entre l'Ensemble de Nemours Jean-Baptiste et l'Ensemble Nemours Jean-Baptiste. Quand on dit l'Ensemble de Nemours Jean-Baptiste, on pourrait faire allusion à « Conjunto International » ou à « Aux Calebasses » ou encore à Atomik. Quand on parle de l'Ensemble Nemours Jean-Baptiste, on fait référence à la formation musicale de 1958. Le Compas Direct marchait avant le changement de nom de l’Ensemble. 


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