Le groupe Zenglen à l’affiche au restaurant-night club SOB’s à New York City
Le groupe Zenglen a SOBs
Au cœur de Manhattan, le restaurant-night club SOB’s continue à offrir de belles affiches à une clientèle multiethnique. Les groupes musicaux les plus populaires, tant haïtiens qu’étrangers, y présentent de grands spectacles attirant tous les amants de la bonne musique. Le vendredi 7 septembre, le groupe Zenglen de la Floride était en visite à New York pour honorer un contrat à S O B’s. Ce club-restaurant représente l’intersection culturelle où l’universalité musicale devient palpable, se ressent et se voit clairement. On y dîne et dance en toute sécurité. Certaines formations musicales ne savent que faire pour se voir à l’affiche à SOB’s. Pourtant, le groupe Zenglen est un habitué de la maison. Zenglen se pitit kay.
Les vrais fans du Zenglen étaient présents
Après la prestation de la Salsa Groove de Minino Radical, ce grand trompettiste dominicain, le groupe Zenglen a conduit les invités en excursion musicale sans escale. La salle n’était pas remplie au maximum, mais on comptait plus que la moitié de sa capacité d’accueil. Je constate qu’aujourd’hui les managers, promoteurs et producteurs haïtiens mesurent le succès d’une soirée dansante à partir de la quantité de gens ayant fait le déplacement. Ils inventent souvent des chiffres fabuleux pour essayer de prouver la réussite d’une soirée dansante, ou bien pour montrer qu’un groupe musical cueille des lauriers de succès, et cela même quand ils sont déficitaires. Je dis non à ce modus operandi trompe-l'œil des managers, promoteurs et producteurs, puisque la quantité n’est pas et ne peut pas être le facteur qui vraiment détermine la pleine réussite d’une soirée dansante.
La qualité de la prestation d’un groupe revêt une importance capitale, et une bonne promotion est le paramètre le plus important de l’équation du succès. Il faut que je rappelle aux promoteurs, managers et producteurs de l’importance de la publicité. Je dois souligner que la promotion est le chemin garantissant le succès. Elle est ce que la respiration représente pour l’homme. J’opte plutôt pour la qualité du spectacle, et bien des gens partagent la même opinion. Tel a été le cas de cette soirée avec le groupe Zenglen à SOB’s. L’espace était bien aéré. On pouvait bien respirer, comme la musique que jouait le groupe Zenglen. Cependant, quand la quantité et la qualité se combinent, on est en droit de parler de plein succès et cela sans réserve.
Les grands faits de la soirée
Le groupe Zenglen a débuté la soirée avec la chanson « 5 continents ». Ce tube n’a rien perdu de son essence. La section rythmique me touche profondément. Je la trouve bien hermétique, sans trou d’air, sans failles. J’ai pris plaisir à battre la mesure tout au cours de la soirée pour voir si l’ordre et les principes rythmiques étaient respectés. Ces musiciens du Zenglen s’accrochent bien aux syntaxes musicales. Si certains batteurs ne marchent pas au diapason avec leur bassiste, leur tambourineur et leur tom bassiste (le tom bassiste / le gongiste), le cas diffère au sein de ce Zenglen revu, corrigé et augmenté. Cette formation musicale a toujours eu une excellente section rythmique et cela depuis sa création. Le tombasse est la caisse verticale à trois pieds sur laquelle l’instrumentiste frappe au deuxième temps de la note que joue le bassiste, après avoir fait résonner la cloche (le cowbell) à intervalles réguliers. On voit bien que le tom basse (le gong) est un instrument rythmique qui complémente bien la basse.
Après avoir exploré les « 5 continents », le Zenglen nous a offert la chanson « Pa Fè Sa », chanson bien appréciée du public, qui a eu le soin de la chanter en duo avec Kenny Desmangles. Je trouve qu’elle est bien inspirée et bien orchestrée, au moins la version-live. Il n’y a eu ni bruit ni cacophonie. Le morceau
« 5 continents » a été chanté avec grâce par Kenny Desmangles. La troisième chanson au menu musical a été « Nap Peye Bill ». Elle reflète la réalité que nous vivons actuellement, à cause de la crise économique qui nous coince entre l’espoir d’un lendemain meilleur et le souci de l’inconnu à pénétrer.
La section cuivre du Zenglen continue encore à ajouter les ingrédients nécessaires qui font de lui l’un des meilleurs groupes du moment. Je ne saurais laisser dans l’ombre les grandes qualités et le talent artistique de Nicolina Florentino, la saxophoniste. Elle est non seulement une excellente saxophoniste mais également une animatrice qui bouge, sourit, chante et danse pour créer l’ambiance. Elle interagit avec son public. Au cours de la soirée, elle a même dansé avec le père de Kenny Desmangles qui se trouvait devant le podium. L’orchestre nous a offert « I need you », une chanson d’Enrique Iglesias, que le Zenglen a magistralement interprétée. La façon dont les musiciens l’ont jouée fait ressortir l’originalité du groupe. Kenny Desmangles a assumé le rôle de chanteur tout seul puisque Réginald Cangé n’y était pas, et cela pour la énième fois. Celui-ci n’a pas non plus participé à la soirée qui a eu lieu au Café Omar à Brooklyn, New York, le samedi 8 septembre. Que se passe t-il ? Y-a-t-il anguille sous roche ?
Le groupe Zenglen face à un début de crise
Comme tous les invités, j’avais crû que Réginald Cangé serait à SOB’s. Je n’ai pas voulu questionner les membres du groupe Zenglen au sujet de l’absence répétée du chanteur, fraîchement réintégré au sein de la formation musicale. Je sais qu’il y a eu des antécédents entre Réginald et le manager de Zenglen. Les mêmes causes produisent les mêmes effets. Je ne veux pas spéculer sur le motif causant Réginald à s’absenter si longtemps. Je n’ai pas encore les données précises, mais je sais que Brutus ne peut avoir aucun problème avec le chanteur. Je pense aussi que Kenny Desmangles n’est pas à l’origine d’un quelconque conflit avec lui. Il faut que le porte-parole de Zenglen informe le grand public du problème qui existe au sein de leur camp.
Certaines gens parlent de litiges au cœur du groupe sans savoir vraiment le motif de l’absence du chanteur. Je ne veux ni blâmer, ni juger, ni condamner aucun membre du groupe. Je dois me faire le devoir de contacter Réginald Cangé cette semaine. On sent bien qu’une autre crise est en gestation. Si le Zenglen laisse la situation se détériorer et ne trouve pas une solution au plus vite, elle pourra compromettre la bonne marche de cette organisation, à long terme. À qui la faute ? Je suggère aux musiciens et aux membres du conseil d’administration du Zenglen d’entrer au cabinet de réflexion pour rebattre les cartes et changer la situation. Ils doivent profiter de la période de vache maigre, d’accalmie de l’industrie musicale haïtienne pour le faire. Me référant à la prestation du Zenglen à SOB’s, je peux dire que le groupe se porte bien. Cependant, je le dis à qui veut l’entendre, le Zenglen ne pourra jamais avoir une configuration de trois chanteurs en première loge, mais il aura au moins besoin d’un autre vocaliste aux côtés de Kenny.http://www.radiotelevisioncaraibes.com
Le Zenglen a satisfait les espérances
La soirée a été un succès tant au niveau de la prestation du Zenglen que de la sonorisation. J’ai même vu des septuagénaires aux cheveux noirs. À cette soirée, j’avais aussi remarqué des couples américains qui, après avoir pris part à la première présentation de la soirée, étaient restés pour clôturer la nuit en beauté, sous Konpa avec Zenglen. Je les observais avec attention et grand intérêt. Ils s’amusaient bien. Tout au début, ils avaient un peu de difficultés à s’adapter au rythme. Ils m’ont interrogé sur la technique de danse du rythme. Je leur ai simplement dit qu’ils doivent suivre la section rythmique, particulièrement la basse.
C’était là un cours de Konpa 101 (le suffixe 101 aux États-Unis signifie cours pour débutants
« fondamental »-English 101, Créole 101, Math 101, Biologie 101, Anatomie & Physiologie 101). Ces couples ont suivi mes conseils à la lettre. Ils ont dansé sans fausser les pas et même occupé deux carreaux, comme nous le faisons. De ma vie, je n’ai jamais vu des « blancs » danser notre Konpa avec tant de finesse et de passion. Ils dansaient les yeux fermés comme s’ils invoquaient Sigmund Freud. Voilà donc l’importance d’une bonne section rythmique au sein d’un groupe musical. Elle représente le métronome de l’orchestre. Quand elle joue mal, tout le groupe se perd dans les nuages.
Tous les invités étaient sortis satisfaits et très contents. Cependant, ils reprochent à Kenny Desmangles le fait de trop utiliser la formule d’animation « leve de menn an lè - leve l, leve l» qui n’est plus d’usage après trois ou quatre décades. Je dois dire que les guitaristes Brutus, Bato et Ti Siwo représentent un tout-complexe, et ils se complémentent l’un l’autre. Si j’assemble les noms des guitaristes, on arrive à dire que le Zenglen est un Bato Siwo lubrifié à l’huile de ricin (Jean Brutus Derissaint). Je trouve que c’est une intéressante combinaison au niveau des guitares. Je pense que Ti Siwo est bien encadré et son talent se reconfirme. Il n’y a plus rien à dire de Brutus qui a déjà prouvé son professionnalisme, son talent de musicien et sa résilience. Il a du métier et n’est pas né de la dernière pluie. Il a même chanté en lead.
Certains aimeraient que j’établisse la différence entre Ti Siwo et Romny Floristal « El Pozo », l’ancien guitariste du Zenglen. Cette question m’a été posée en privé, au cours de la soirée à SOB’s. Je pourrais sans problème et sans effort établir la comparaison entre les deux, puisque je joue aussi à leur instrument (tout-style / tout genre), mais je ne le trouve pas important puisque le style c’est l’homme. Le Zenglen conserve encore son punch. Les musiciens n’ont-ils pas raison d’adopter un nouveau slogan: Zenglen pi rèd, pi file pi koupe ? Tout comme Ti Siwo, El Pozo a aussi ses points forts tout aussi bien ses faiblesses. Et, cela est humain. Quelqu’un qui se croit tout connaître, ignore que l’apprentissage prend toute une vie. Nous sommes tous des éternels apprentis.
robertnoel22@yahoo.com





