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Le rara haïtien: « une manifestation socioculturelle et mystique »

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image Rara Leogane

En Haïti, après la période carnavalesque, vient le Carême. Cette période est notamment marquée par les festivités de rara. Que ce soit à Léogâne, à Paillant ou dans d’autres villes du pays, les habitants participent massivement aux activités entourant cette manifestation populaire. Pour cerner les fondements du rara haïtien, les prêtres de vaudou Lyonel Dupont, Sony Louis et le sociologue Jean Marie Désiré, responsables de l’une des bandes de rara de Léogâne, ont fait le point sur ce sujet.

Les festivités de rara sont célébrées au cours de la période pascale. Des milliers d’Haïtiens accordent une grande importance à ce rituel. Jean Marie Désiré, responsable des relations publiques de la «Fleur de rose », une bande de rara de Léogâne, explique que le phénomène du rara haïtien tire son origine de la période précolombienne, mais qu’il s’est développé davantage au cours de la période d’esclavagisme, notamment dans le cadre du marronnage.  À l’époque, « c’était un rara sans tambour, ni bambou, mais qui avait une portée révolutionnaire», a-t-il précisé. Cette bande de rara, formée de marons, portait alors le nom de « Chawopyè », a-t-il dit.

À partir de 1804, la nature du rara a changé. « On est passé d’un rara révolutionnaire à un rara de réjouissance », a renchéri le sociologue Jean Marie Désiré. C’était une façon pour ces derniers d’exprimer leur joie, car « le rara était alors une manifestation socioculturelle et mystique », a-t-il poursuivi. Le rara moderne est dorénavant doté d’un ensemble d’instruments musicaux, entre autres le tambour, le bambou et les instruments à vent. Selon lui, le rara apporte une contribution à l’épanouissement de l’être humain et participe à la transformation de la société à travers leurs rythmes et messages diffusés. 

Dimension mystique du rara

Mis à part l’aspect socioculturel entourant les festivités de rara, cette tradition comporte également une grande portée mystique. De l’avis du prêtre vaudou de la localité de Bineau Lapointe de Léogâne, Lyonel Dupont, le rara est un élément tiré des pratiques vaudoues. « Personne ne peut de son propre gré former une bande de rara », a-t-il argué, sous un ton de tonnerre, soulignant qu’une telle initiative doit nécessairement émaner de certains esprits vaudouesques. Par ailleurs, le « ougan asogwe » Lyonel Dupont a précisé qu’une bande de rara « est un héritage ». La transmission du pouvoir se fait par les différents membres de la famille adhérant aux pratiques du vaudou.

Outre l’apport des différents musiciens à la bande, la présence de plusieurs personnalités revêt une importance capitale pour le bon déroulement de l’évènement. Il s’agit, entre autres, du colonel, du jongleur de bâton (Majò jon). Le colonel est un personnage mystique, et est aussi le leader de la bande. « C’est à lui de prendre toutes les décisions jugées profitables afin de mener les milliers de participants à bon port », souligne l’actuel colonel de la Fleur de rose.

« Il faut toujours interpeller les esprits avant même de procéder au défilé », a confié Lyonel Dupont, expliquant que ces derniers (les esprits) sont responsables de la protection des participants. Par ailleurs, M. Dupont (couramment appelé Tibayis) s’est dit réjoui par le fait que la pratique du vaudou a attiré beaucoup de chance sur sa famille.

Une source de revenu pour les Léogânais

Selon le jeune « ougan asogwe » Sony Louis, communément appelé Lilangélo, les festivités de rara font partie intégrante de l’économie léogânaise, car l'évènement attire de nombreux visiteurs. Cela contribue également à l'émancipation de la jeunesse dans plusieurs sens. Cela a permis à ces derniers, indique-t-il, de couvrir les frais de scolarité ainsi que la possibilité d'apprendre à jouer certains instruments.

Malgré l’essor du mouvement de rara, plusieurs bandes sont constamment confrontées à des difficultés financières. De l’avis des responsables de la Fleur de rose, quelque 1 500 000 gourdes sont dépensées pour la préparation du défilé de ladite bande. Heureusement, « les gens de la diaspora ont largement contribué ». En récompense, « les esprits les protègent et les accompagnent dans tout ce qu’ils entreprennent », ont-ils souligné.

Jhonson Baptiste

 

Le nouvelliste



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