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Les groupes musicaux haïtiens face à la chute du marché du disque

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Tout change avec le temps. Même la nature obéit à cette loi. Car le changement est constant. Les saisons permettent de comprendre un tel fait. Chaque saison impose ses exigences et ses besoins. Et ce n’est pas sans raison qu’on parle de haute ou de basse saison en business. Chacune requiert une approche différente capable de garantir la protection des investissements et du même coup d’assurer la survie de l’industrie. Aujourd’hui, les groupes musicaux font face à un marché musical déséquilibré susceptible d’accélérer sa propre chute. Les musiciens sont tous témoins de cette triste situation.  

L’éveil de la conscience collective

Le marché du disque subit les pressions de la crise économique mondiale et cela se ressent beaucoup plus fortement dans l’industrie musicale haïtienne, particulièrement celle du konpa dirèk. Il y a quand même espoir d’une grande possibilité pour remédier à un tel problème, si les vraies causes sont identifiées. Cela exige la mise en place d’une solide et meilleure structure de cette industrie. Il semble que les responsables et maestros de groupes musicaux commencent à prendre conscience de la situation. Aussi ont-ils suggéré  une solution touchant directement les productions musicales, à savoir la publication de deux chansons sur le marché, par trimestre. Ce qui fera un total de huit morceaux par année. Nous ne sommes plus au temps des disques 45 tours. Régression ! Pourtant, ces musiciens ne considèrent pas les effets négatifs que peut avoir une telle modalité. Quoiqu’ils fassent et disent, ils ne pourront pas tenir une telle promesse. 

Dans le cas contraire, on doit s’attendre à des productions de mauvaise qualité, prêtes-à-manger « ready to feed », « kon l cho l kwit, tout voum se do ou bien bouyi vide », préparées à la va-vite. Dans une pareille situation, certains groupes musicaux vont connaître une baisse considérable et d’autres subiront l’effet d’une grande disette pour ensuite disparaître du marché. Cela voudrait dire qu’ils vont enregistrer des soirées « vacuum » c’est-à- dire en salle vide, « jwe pou chèz ak tab ». Cette gênante situation aura pour cause le changement brusque d’un mode de production auquel le public était habitué pendant plus de 60 ans d’existence du konpa dirèk. Ce sera un nouveau moyen de consommation de la musique, aux compte-gouttes, qui exigera une longue période d’adaptation aux consommateurs pour s’y habituer.  

Ce sera un processus d’auto destruction lente de tous les groupes musicaux qui s’adonneront à cette nouvelle pratique. Comment comprendre et expliquer que les formations musicales d’aujourd’hui prennent entre trois à quatre ans avant de produire un nouveau disque? Dans les années 70-80, le marché musical konpa paraissait plus florissant en terme de production. Les disques se vendaient rapidement. Les groupes produisaient un disque par année, bien qu’ils n’aient pas eu les supports électroniques dont bénéficient les orchestres d’aujourd’hui. Cela aide à comprendre la plus riche discographie de ces groupes d’hier. 

 La consommation de la musique en ligne n’aide pas le marché konpa dirèk

Le plus grand problème de ce marché aujourd’hui est le fait que le succès d’un album ne va pas au-delà d’une année. Considérant un tel fait, on ne peut qualifier de « classique » aucune des chansons que ces groupes produisent. D’ailleurs, un « classique » transcende le temps (R. Noël). Comment pourrait-on parler de « classique » dans cet univers konpa dirèk quand le succès d’un disque, voire d’une chanson dans bien des cas, ne transcende même pas un an ? La situation n’est pas du tout facile pour les groupes musicaux,  même s’ils laissent l’impression que tout va à merveille. Pourtant, ils sont si pressurés par le temps et l’économie qu’ils ne peuvent s’offrir une semaine ou une quinzaine de jours de vacances. « Biznis mizik konpa dirèk pa gen lajan ladan ». Le manager du groupe Klass a confirmé une telle assertion au cours d’une interview qu’il a accordée à une station de radio de la diaspora.  

Il est vrai que le marché traditionnel du disque a chuté, mais le marché numérique de la musique ne favorise pas non plus la consommation du konpa dirèk en ligne. Car le pourcentage d’haïtiens ayant accès à l’achat en ligne est insignifiant. À se rappeler que le plus grand consommateur de musique konpa dirèk constitue une clientèle haïtienne. En sus de toutes autres considérations, la vente en ligne est un très lent processus.  On télécharge une chanson pour $0,99. Dans la majorité des cas, les consommateurs n’achètent pas toutes les chansons, mais seulement celles qu’ils aiment.  

On remarque que les deux semaines qui suivent la sortie d’un CD d’un groupe musical haitien montrent qu’une certaine activité de vente est créée.  Cela est souvent lié à la curiosité des uns et des autres. Ce qui souvent incite certains responsables et musiciens de groupes à la fanfaronnade  « fè dyòlè » disant que leur orchestre occupe la première position au classement de « iTunes » ou d’autres plateformes. C’est une sensation qui n’a jamais duré plus d’une semaine. Il est temps que les musiciens cessent de mentir au public. Les responsables de « iTunes » ne font qu’afficher les disques dans l’ordre chronologique qu’ils les reçoivent. Le dernier CD reçu vient automatiquement au premier rang au tableau d’affichage, bousculant ainsi le disque qui occupait cette position avant lui.  

Les groupes musicaux font vraiment face à de graves problèmes pour écouler leur disque à l’échelle internationale. Ils n’ont jamais essayé de percer sur le marché international. Ils se contentent de peu et valorisent beaucoup plus le titre de superstars que de travailler à l’extension et l’avancement du konpa dirèk au-delà des océans.  D’ailleurs, ils n’attirent plus les producteurs exécutifs. Ils couvrent eux-mêmes toutes les dépenses liées à la production de leur disque. 

Les groupes musicaux et les lois internationales « ranje chita n » 

Les meilleures solutions à ces problèmes communs aux groupes musicaux du konpa dirèk seraient la légalisation de leur business, l’engagement d’un avocat spécialisé dans le business de la musique, l’augmentation de leur production musicale et la réduction du prix de vente,  le copyright de leurs œuvres, l’exploitation d’autres marchés pour ouvrir de nouveaux horizons à ce genre musical. Le pire dans tout cela est que tous les groupes musicaux prétendent qu’ils ont un avocat. « Yon jou n ap kenbe yo tout».  On pourrait ajouter la vente de partitions « sheet music » comme une autre solution. Cela permettrait aux musiciens du monde entier de bien explorer l’univers konpa dirèk et de populariser ce genre musical. Mais, les guitaristes, bassistes, claviéristes, batteurs, chanteurs ne comprennent pas l’écriture musicale et ne peuvent exécuter une pièce à partir d’une partition, voire l’écrire.

 Si les musiciens se plaignent de la situation sans apporter une solution fiable,  c’est qu’ils ne savent pas ce qu’ils font. En sus, ils refusent de se placer du bon côté de la clôture. L’administration américaine aujourd’hui considère tout ce qui a rapport aux immigrants : statut, transfert d’argent, dossier criminel, taxes, permis de travail, etc. Les musiciens détenteurs de TPS (Temporary Protected Status – Statut de Protection Temporaire) sont aujourd’hui sur le qui-vive, ne sachant pas ce que leur réserve demain. En fait, les musiciens et dirigeants de groupes sont responsables des problèmes auxquels ils sont confrontés et ils ne cherchent pas vraiment les moyens pour les solutionner. Pris d’orgueil, ils  n’accepteront jamais les recommandations qu’on leur propose. 

Ces artistes préfèrent opérer dans l’illégalité toute leur vie, n’envisageant pas un fonds de pension pour musiciens, ne payant ni taxes, ni assurance collective, ne déclarant leur impôt sur le revenu à l’oncle Sam ou à la DGI. Ces mesures pourraient aider nos groupes musicaux à sortir du cul-de-sac, donc du marasme dans lequel ils sont tous plongés depuis des décades. « Ranje chita n », et tout ira bien. Tant que toutes ces mesures ne sont pas considérées et appliquées, le marché konpa dirèk fera toujours face aux mêmes problèmes, si ce n’est pire, dans les années à venir. Ce genre musical restera pendant longtemps une forme de musique conçue exclusivement pour une clientèle haïtienne, d’ici et d’ailleurs.

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