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Linda Isabelle François : La danse dans la peau

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image Linda Isabelle Francois - danseuse professionnelle et patronne de la troupe « Xpression »

Linda Isabelle François est danseuse professionnelle et patronne de la troupe « Xpression ». Derrière un beau visage armé d’un sourire étincelant se cache près d’une trentaine d’années à côtoyer et à habiter la danse, mais aussi une rhétorique apologique du savoir être par cette dernière. Linda parle de la danse comme d’une possibilité de se mettre en commun dans la diversité et comme un lieu de liberté. Radio Télévision Caraïbes l’a rencontré dans le cadre de la 13e édition de Carifesta à la Barbade. Elle a bien voulu partager avec nous son amour de la danse, son parcours ponctué de pas et moments magiques, aussi sa vérité quant a la réalité de la danse haïtienne.

Radio Télévision Caraïbes – Bonjour Linda Isabelle François. Commençons par une tentative de poser une définition qui vous est personnelle de la danse. Qu’est-ce que l’acte de danser pour vous ?

Linda Isabelle François – La danse pour moi est un lieu de liberté. Je ne serai jamais autant libre sur une scène entrain de danser qu’ailleurs. Danser pour moi est une manière d’exister, de se dire et d’affirmer son identité. On est aussi dans un acte de partage et de cohabitation avec l’autre. Danser pour moi, c’est arriver à toucher quelqu’un par le langage du corps.

RTVC – Linda Isabelle François, c’est près d’une trentaine d’années d’expériences dans le monde de la danse. Comment devient-on cette danseuse que vous êtes ? 

Linda - J’ai commencé à danser des l’âge de trois ans chez Kettly Durand. Je suis passée ensuite chez Lavinia Williams à 9 ans. A 13 ans, j’ai été à « Artcho Danse ». Je dirais que c’est de la que tout a réellement commencé. J’ai eu la chance dans l’univers d’Artcho, de découvrir de grands et magnifiques danseurs comme : Jeanguy Saintus, Gérard Florestal, Jean René Delsoin, etc. Je suis restée 22 ans chez Artcho. A partir de cette compagnie, la danse a cessé d’être un passe-temps pour moi. La danse est devenue à ce moment là un choix de carrière ; une discipline et une vocation. 

RTVC – Un tel parcours et de pareilles collaborations laisseront de l’admiration pour certains collègues danseu(ses)rs et mentors. Linda aurait-elle des modèles dans la danse ? 

Linda – Je ne dirais pas des modèles. Je dirais plutôt des moments magiques. A différents moments j’ai eu la chance de voir quelques danseurs sur scène. Des prestations qui m’ont profondément touché et changé du tout au tout mon rapport à la danse. Par exemple, j’ai vu à mon intégration d’Artcho, un cours de Jazz donné par Jean René Delsoin. L’énergie dégagée, l’expression du corps, les sentiments transmis, m’ont ébloui. Cela pourrait être aussi Jeanguy Saintus qui danse du Yanvalou en territoire voisine. Tous ces moments là, m’ont poussé à m’améliorer chaque jour et à comprendre que la danse est un « Jet d’émotions vers l’autre ». 

RTVC – Quels seraient les grands problèmes de la danse et de son apprentissage en Haïti ? 

Linda – Les problèmes liés à la danse et à son apprentissage en Haïti sont multidimensionnels. Ca commence avec le manque de salle de danse (Autant qu’on manque de salles de spectacle  ou de cinéma). Il faudra passer par le manque de professeurs formés et compétents. Et à cela, s’ajoute l’option de la facilité. Danser aujourd’hui c’est malencontreusement le phénomène  « Men atè, dèyè anlè ». Sans compter que celle qui sait se déhancher, qui sait « Pike ou panndje » est appelée professionnelle et embauchée par des groupes musicaux, et des compagnies. Il faudra à ce moment comprendre qu’on n’est pas du tout dans le choix de qualité. 

RTVC – Faudrait-il y voir un impact de la globalisation ?

Linda –  L’expression corporelle change chez l’haïtien et le « panndje » s’invite partout ; dans le compas comme dans nos danses traditionnelles. Et c’est très grave. La globalisation pourrait être une bonne chose dans la mesure où  cela me permettrait de découvrir l’autre. Mais cela ne doit pas être à mon détriment. Ce serait abandonner mon identité. Il n’appartient pas à l’autre de protéger mon identité. C’est un travail personnel et obligatoire. 

RTVC – Est- il possible de vivre de la danse en Haïti ? 

Linda – Non. Il n’y a rien. Pas d’industrie de la danse. Pas de mécènes. Pas d’operateurs culturels. Ces derniers ne font que survivre. Quelques opportunités s’offrent comme ca été le cas pour moi par exemple, avec mon spectacle « Parfum de femmes ». Mais on ne peut pas comme operateurs faire des projections sur le long terme. On est toujours dans l’urgence, un couteau sous la gorge. 

RTVC - Comment sortir de ce tableau plutôt sombre que vous venez d’évoquer ici, ayant rapport à la réalité de la danse professionnelle en Haïti ?

Linda – Il faudrait chercher une vision ensemble. Il faut sortir de l’immédiat et de l’urgence. Il faudra penser à un moment dans ce pays à une vraie politique culturelle et comprendre l’importance de se professionnaliser et de pouvoir vivre de sa profession.  

RTVC – Un petit mot pour ceux et celles qui voudraient faire de la danse un choix de carrière ? 

Linda – Je leur demanderais de prendre leur responsabilité. Danser, cela s’apprend et ce n’est pas le « pike dèyè » Il reste quand même des professeurs et des écoles de danse extraordinaires. Pour l’haïtien qui voudra danser, je lui dirai de toujours être lui. Etre soit n’est pas une offense à l’autre. Ressemblez à tout ce qui se fait ailleurs ne valorise pas obligatoirement. S’ouvrir sur l’autre n’est pas le ressembler, mais apporter un peu de soi à l’autre. 

Propos recueillis par : Ricardo Nicolas



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