Première communion avec les auteurs
La conférence de presse de lancement de « Livres en folie » est une communion traditionnelle avec les véritables stars de cette foire : les auteurs. Heureux, certains savourent ce moment comme un chat dégustant du petit lait avant la grand messe de la Fête-Dieu, le 7 juin 2012 au Parc historique de la canne à sucre.
« C'est notre jour », lâche fièrement Jean Ledans Fils, le front perlé de sueur à la conférence de presse de lancement de la 18e édition de Livres en folie, au restaurant Le Villate, le lundi 4 juin 2012. « Comme les chanteurs, on a notre jour », ajoute ce passionné, animateur d'une chronique enrichissante sur l'histoire au journal Le Nouvelliste et auteur de nombreux ouvrages. Assis à côté de Marie Alice Théard, auteure de trois livres dont « Zéro Tolérance », témoignage bouleversant d'une mère dansant le tango de la folle à la recherche du cadavre de son fils exécuté par la police, Jean Ledans Fils écoute. Comme la centaine d'auteurs entourant les organisateurs de cette foire, suspendus aux lèvres de Guy Supplice, chargé de communication à la Unibank, co-organisateur de l'événement avec le quotidien de la rue du Centre.
Le verbe facile, cru sans besoin d'insister, Supplice souligne l'engagement de la banque cinq étoiles à poursuivre l'aventure, continuer à faire la route avec les auteurs, les véritables vedettes du jour, les piliers de la réussite de l'événement. Tant par la richesse de leurs productions que par les réductions consenties pour que la magie, la folie du livre se répandent, l'événement, selon Guy Supplice, n'est plus métropolitain. Il est national. Quelque 16 succursales réparties sur tout le territoire sont à la disposition du public. Plus, « Livres en folie » est internationale, avec la possibilité d'acquérir les titres en plaçant des commandes sur le www.livresenfolie.com et unibankhaiti.com. 40 % de réduction sur tous les ouvrages et 10 % de plus pour tout achat avec la Unicarte, indique Guy Supplice, plus loquace que Georges Castera, poète immense, invité d'honneur de l'édition majeure.
Georges Castera est en panne de médium. Il parle peu. Il écrit beaucoup. La plume est l'exutoire aux sons, formes, mélodies, drame, chaos, révolte... confinés dans le silence bruyant de son imaginaire. « J'écris beaucoup. Je parle peu », concède le grand Castera, étranger à l'univers médiatique, « tétanisant d'admiration » une audience dont certains membres se sont forgés des images pour penser, décrire l'auteur de « Pouèl fanm », de « Leson Gramè » ou de « En peu de mots ». « En peu de mots, t'aimer c'est mettre un accent sur la langue bifide de mon poème dès l'instant que les pas des suicidés atteindront la grand'place. Aurons-nous l'élégance d'un bec d'oiseau sur la page blanche du soleil ? De loin, je suis une colère asséchée qui reflète la mer par des mouvements de papier froissé. De près, je suis de petite taille, je dépasse pourtant ma mort d'un cheveu », résonne le poème dans quelques têtes, folles de Castera, d'un mythe, une légende.
«Si Castera avait dit plus, il aurait fait du tort à sa légende », relance Emilie Prophète-Milcé, sourire aux lèvres, généreuse dans les détails sur les prix de la première oeuvre, destinés à « faire sortir de l'ombre de bons livres ». Firmin Saint-Amour, avec « La Grande zizanie », pour la catégorie fiction et Jean Claude Molière Amisial, auteur de « Essor et déclin de la production bananière », un essai, seront, bien longtemps après Livres en folie, sous les feux de la rampe, soutient Emmelie Prophète-Milcé, auteure de « Impasse dignité », une toile du réel qui prend le lecteur par les tripes.
Dans la foulée des initiatives pour encourager la production littéraire, les nouveaux récipiendaires de la bourse Barbancourt seront bientôt connus, les successeurs de Louis Philippe Dalembert et de Kettly Mars, deux plumes dont les échos dépassent nos frontières, depuis bien longtemps, explique Emmelie Prophète-Milcé, l'une des chevilles ouvrières de la 18 e édition de Livres en folie rejoint cette année encore par Air Caraïbes ayant choisi Carmelle Saint-Gerard Lopez comme invitée d'honneur d'un salon du livre en Guadeloupe.
Ancré dans la promotion de cette littérature révélant une autre facette d'Haïti dans la Caraïbe et dans le monde, Frantz Duval, censeur, maître de cérémonie et de la parole, à l'instar de beaucoup d'autres lecteurs, découvre, au gré des présentations des auteurs, des ouvrages à acquérir. 1368 titres dont 200 nouveautés, souligne le rédacteur en chef du journal Le Nouvelliste dont le stand, à Livres en folie, le 7 juin, accueillera quelque 131 auteurs en signature.
Roberson Alphonse ralphonse@lenouvelliste.com Source: Le Nouvelliste





