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Des milliers de personnes à livres en folie

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La plus grande foire du livre en Haïti ne se dérobe pas à sa réputation. Pendant deux jours, malgré la canicule, malgré le changement d’adresse, malgré la tension à peine larvée régnant dans les parages de la Faculté d’ethnologie, des milliers de lecteurs de tout âge ont défilé dans les jardins du MUPANAH et dégusté ce moment d’intimité avec les écrivains. Ces derniers s’en frottent les mains au même titre que les organisateurs.

Livres en folie peut changer d'habits mais ce qui constitue son essence n'a pas bougé d'une pouce: la foule mosaïque. Ce vendredi, vers quinze heures, les jardins du MUPANAH, hôte de l'événement, sont noirs de monde. Cela fait deux jours que jeunes, enfants, écoliers et vieux y déambulent, les yeux brillants, sous un ciel à vous barder de coups de soleil, ils cherchent un titre, trustent des photos avec les écrivains. Un peu à l'est de l'esplanade, sous un chapiteau bleu, Makenzy Orcel, l'un des invités d'honneur, assis un peu en arrière d'un long portrait en carton d'Odette Roy Fombrun, ne s'essouffle pas. «Je participe à beaucoup de foires dans le monde, mais je n'ai jamais vu un intérêt si particulier des jeunes pour le livre», glisse-t-il, le visage fermé, ses dreads dansant dans l'air moins chaud que la veille.

L'auteur de L'Ombre animale, 33 ans au compteur, donne parfois l'impression qu'il ne s'appartient plus. Des photos avec ses lecteurs qui ne cessent d'affluer, des petites conversations aussi, Makenzy Orcel s'y prête avec grâce, gravité et parfois avec de timides sourires en coin. Après avoir conquis le monde francophone, glané des distinctions partout, établi sa stature de jeune écrivain de la Caraïbe, il  est revenu à Port-au-Prince, son patelin, là où tout a commencé. Après dix ans, la jeunesse haïtienne, du moins, les milliers qui ont fait le déplacement, s’est appropriée leur prodige. Et à lui, au milieu de cette quintessence, de se dire, étonné : « Livres en folie est unique. C’est beaucoup de jeunes. C’est extraordinaire de les voir autant s’affoler, rien que pour le livre. » 

C’est pour la première fois qu’autant de lecteurs haïtiens vont pouvoir savourer sa poésie, sa langue imagée. Qu’attend Makenzy Orcel de son lecteur ? Rien de prime abord. Toutefois, il dit espérer que le lecteur puise quelque chose dans son œuvre. « J’espère qu’il m’aidera à poser des questions, à douter. J’espère que ce lecteur découvre ma langue, ma voix », dit-il. Dans la foulée, l’auteur de Les immortelles, œuvre bien brodée, s’attelle à accoler à son écriture cette quête de couleur et de musique. « Un auteur c’est une voix, c’est un style. Il faut pouvoir l’identifier, rien qu’en lisant son ouvrage, sans avoir besoin de voir sa photo sur la couverture. C’est ce que je cherche. »

De sa participation à LEF, il dit avoir retenu beaucoup de choses. « J’ai apprécié l’accueil des gens. Mais aussi, à cause de l’étonnement des lecteurs qui ont lu l’article « Tout, tout, tout sur Makenzy Orcel », j’ai compris qu’ils ne sont pas beaucoup en Haïti, ceux qui assument leur identité, leur origine », estime-t-il, entouré de jeunes, pour la plupart très jeunes. Mais, au milieu de tout ce flot d’apothéoses, il n’est pas le seul qui attire tous les regards. Rony Gilot et Raquel Pélissier forment l’autre tandem de choc, après les deux invités d’honneur. L’inusable fer de lance de lance de la collection au gré de la mémoire signait cette année « Jocelerme Privert ou les conjonctions mystérieuses de la destinée ».  

Depuis quelque temps, Rony Gilot  devient un incontournable de cette foire. Il a encore tenu son rang. Au terme des deux jours, il a exprimé sa satisfaction. « Je n’ai pas à me plaindre. J’ai été visité par de nombreux amis et lecteurs qui ont montré de l’engouement, pas pour mon livre, mais pour l’histoire immédiate », a-t-il estimé. 

Dans la foulée, l’écrivain Rony  Gilot s’est exprimé sur l’appropriation faite par la jeunesse haïtienne de cet évènement, et le clin d’œil de l’organisation de la foire à cette catégorie. « Ici, il y a une rencontre  des générations. J’ai vu beaucoup d’étudiants, j’ai vu beaucoup d’élèves, cela montre que Livres en folie a su simuler l’intérêt de la jeunesse. Et ce pour la lecture et aussi pour l’écriture », a-t-il souligné. Sur le changement d’adresse de l’évènement, Rony Gilot se montre très satisfait. « L’impression générale c’est que le local est moins vaste. Cela nous donne le sentiment qu’il est plein comme un œuf. La chaleur de la présence humaine, c’est extraordinaire. »

Raquel Pelissier, celle qui a fait battre tout le cœur d'Haïti par sa prestation à la dernière édition de Miss Univers, concentre à elle sa petite foule, entre autographes et selfies elle étouffe. Son titre, son premier, inspiré par son expérience dans ce concours de beauté de renommée mondiale, cartonne. Quoique les maisons d’édition et de distribution ne soient pas encore en mesure de donner un bilan sur les deux jours, Anaïse Chavenet de Communication plus affirme qu’un millier de livres de Raquel a été écoulé. « C’est un score remarquable », estime-t-elle.

Si la Miss titre son ouvrage  « L'Art d'être belle dans sa peau », cela ne repousse point les garçons à se le procurer. Raquel sourit, encaisse les félicitations, les mots gentils avec une joie non feinte. «C'est mon cadeau à la jeunesse», dit-elle, ses rideaux de cheveux noirs balayant son visage. «Il y a beaucoup plus de gens qui viennent acheter mon livre que ce que j'avais prévu. J'apprécie cette marque de support. Je suis éblouie [...]», enchaîne Raquel, des projets plein la tête, dont celui de continuer à écrire.

L'engouement des jeunes filles, des écolières, des garçons pour son livre met du baume dans le cœur de Raquel Pelissier, première dauphine de Miss Univers 2016. Dans son ouvrage, elle fait parler ses expériences, les exhibe et veut pousser des jeunes à aller plus loin. «Ce sont mes conseils, mes informations à celles qui aspirent à participer à des concours de beauté, de sorte qu'elles puissent avoir un parcours beaucoup moins difficile que le mien», explique la jeune fille, peu avant la visite du député de Pétion-Ville Jerry Tardieu, à qui elle a offert son livre et vice versa. Un peu plus au fond, Gary Bodeau, chemise bleu ciel et un pantalon vague, ne se fatigue pas. Pouvoir et Volonté, son titre, confisque. Bodeau s'en régale: «Je pense que mon livre sera parmi les plus vendus.»

Le député de Delmas, lui qui propose une plongée dans les tréfonds de l'intimité d'une tranche de sa vie et de son itinéraire dans Pouvoir et Volonté, paru chez C3 Éditions, n'en est pas moins heureux et encourage les organisateurs dans la promotion du livre en Haïti. « C'est une première participation comme auteur et je vais continuer à y participer», indique Gary Bodeau, annonçant une autre vente-signature pour ceux qui n'ont pas eu le temps d'ajouter son livre sur leurs listes. Pourquoi tout cet engouement pour votre livre? «Beaucoup de gens veulent savoir qui je suis», répond Gary Bodeau. Prédisant son retour à LEF en 2018 avec un nouveau titre portant sur la problématique électorale en Haïti, il laisse la foire avec «le sentiment du devoir accompli» et évoque un «accueil inattendu» dont il est l'objet.

Les organisateurs satisfaits

Selon Max Chauvet, directeur du journal Le Nouvelliste, cette première expérience de Livres en folie dans les jardins du Mupanah s'avère un succès. Plus de 17 000 personnes  ont visité la foire sur les deux jours. Cette 23e édition a été caractérisée par une belle ambiance pleine de sérénité où les jeunes ont été très présents », se félicite-t-il. A la question de savoir s’il y aura une autre édition de LEF dans les jardins du MUPANAH, Max Chauvet répond pourquoi pas ? « On va évaluer cette édition avec les éditeurs, les partenaires et, bien entendu, le Mupanah », a-t-il promis. 

De cette 23e édition, Frantz Duval, rédacteur en chef du Nouvelliste, exprime beaucoup de satisfaction. « On est satisfait pour tout ce qui a été fait, pour tous ceux qui sont venus et aussi pour le travail des écrivains et des éditeurs », explique-t-il. FD réitère que cette 23e édition s’est arc-bouté sur le renouvellement. « On compte beaucoup de jeunes auteurs qui signent à Livres en folie. Makenzy Orcel symbolise cette génération. Il y a également un renouvellement au niveau du public qui fréquente la foire », a-t-il expliqué. Sur les difficultés rencontrées par les visiteurs pour acheter les ouvrages, Frantz Duval promet, à partir de cette 23e édition, de mettre en œuvre une campagne d’éducation qui permettra à ce nouveau public de savoir les différentes étapes à franchir pour acheter un livre. 

Par ailleurs, M. Duval remercie la mairie de Port-au-Prince, la Police nationale d’Haïti, les travailleurs des places publiques, les étudiants, notamment ceux de la Faculté d’ethnologie qui ont observé une trêve pour permettre la tenue de l’évènement,  et tous ceux qui ont fait le déplacement pour la lecture, l’écriture et la littérature. Il remercie également les deux invités d’honneur, Odette Roy Fombrun et Makenzy Orcel, tous les 143 autres qui étaient en signature, les maisons d’éditions, la maison de distribution, Communication plus, la direction du MUPANAH, et aussi la grande famille du livre. 


Juno Jean Baptiste et Jean Daniel Sénat source le nouvelliste


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