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Tout sur Odette Roy Fombrun invitée d'honneur de "Livres en Folie"

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image Odette Roy Fombrun

Comme Ticket et Le Nouvelliste le font à chaque fois que l’invité d’honneur de Livres en folie accepte de s’y prêter, Daphney Valsaint Malandre a posé toutes sortes de questions à Odette Roy Fombrun et elle y a répondu. De ses premiers vagissements sur terre à son premier amour, jusqu’aux questions qu’on ne lui pose jamais et dont elle est la seule à connaître les réponses, la centenaire dévoile ici des pans d'elle-même. Avec cette entrevue répartie dans l’édition du jour du Nouvelliste et online dans Ticket, vous allez mieux connaître la femme et apprécier de nouvelles facettes de l’auteure.

Premier jour sur terre ? 

J’ai  su que j’étais née un 13 juin puisqu'on chantait « Bon Anniversaire » à cette date, année après année..

La même sage-femme, Christiane Désert, avait mis au monde probablement les 11 enfants de ma mère dans la maison de famille de l’impasse Lavaud, et moi-même, ma fille aînée dans la nouvelle maison de famille de Pétion-Ville. J’étais du groupe des trois petites filles, car ma mère nous classait, ses deux filles aînées étant ses demoiselles ; les trois garçons étaient : ces messieurs et, pour terminer : les petits garçons, les deux derniers. Seul Hérard était :Monsieur pour le personnel.

Première école ? 

Chez les sœurs de Sainte-Rose de Lima : on disait : « À Lalue ».

Première fessée ? 

Je n’ai pas conscience d’avoir jamais reçu de fessée. On  dit  que j’étais bien élevée et surtout conciliante. Ma sœur Jeanine était la plus querelleuse. En fait, elle n’acceptait pas de perdre. Combien de fois mon père avait confisqué toutes les billes pour mettre fin à ses protestations.

Première honte? 

Je n’ai pas souvenance d’avoir eu honte. Une fois, je pense pour une note…

Premier poème? 

C’était sans doute pour ma mère et pour ma tante Claire Denis, que j’ai considérée comme ma deuxième mère : une artiste, dans toute l’acception du mot. Elle faisait des chars de carnaval, toujours premier prix, et des gâteaux d’une originalité exceptionnelle : surtout pour les mariages de la famille. Cependant, je me souviens d’un immense gâteau représentant le palais national. Comme nous étions en fait pauvres, elle faisait des merveilles avec l’arbre véritable de notre cour, y compris des fruits confits qu’on devrait exporter, tant ce rejet de l’arbre véritable jonche le sol sous ces arbres.

Ma tante et une Jamaïcaine ont lancé un certain artisanat avec la paille de coco. Des artistes l’ont utilisée dans leurs tableaux.

 Première fois sur scène? 

Chez les sœurs avec bien d’autres enfants, mais jamais comme actrice. La première pièce de théâtre : ce fut à l’École normale d’institutrices. Sans doute une pièce de Molière, avec plusieurs autres élèves. Je me souviens surtout de l’autre pièce jouée à l’Ecole normale- pas par moi, représentant le fils de Napoléon, si bien jouée par Simone Alien,  que j’ai trouvé l’actrice à Paris très piètre.

Premier flirt ? 

Peut-on appeler cela un flirt ? Tout le quartier, garçons et filles, se rencontrait dans notre cour et on jouait aux jeux de ce temps comme Mariera qui voudra et le même garçon me choisissait.. Et on disait : Bouly aime Odette.

Que nous étions innocents ! Et que mes parents étaient conciliants !  En fait, ils préféraient nous avoir sous leurs yeux.

Premier baiser ? 

Je pensais aller au couvent : il n’était pas question d’amoureux ni de baisers. C’est le temps où j’ai composé mes deux Ave Maria ! un sur la musique de Schubert et l’autre sur celle de Gounod.

Premier amour ? 

Un jeune homme du groupe, très blagueur. Il était de toutes les parties. Un jour qu’il avait dit qu’il serait présent, il n’est pas venu à la fête : cette page était tournée. Ce n’était donc ni sérieux, ni profond.

Première fois que vous avez fait l’amour ? 

Facile à répondre- qui semble sans doute  stupide aujourd’hui :- le soir du mariage.

Première grande passion ? 

Je n’en ai qu’une : Marcel Fombrun, père de mes cinq enfants.

Première scène de jalousie ? 

Hum ! Dans mes écrits, ce serait après une soirée au Cercle Bellevue. Je crois l’avoir conté dans Ma vie en trois temps, devenue Ma vie en quatre temps.

Première bagarre ? 

Je suis de tempérament conciliant, pas du tout à bagarre.

Première voiture ? 

J’utilisais la voiture de Marcel avec son chauffeur qui m’apprenait à conduire. J’avais commis l’imprudence de mettre dans la voiture notre fils Jacques. En passant près du bureau de son père, il a voulu klaxonner. Cela m’a valu de heurter la voiture à un des grands sabliers de la rue.

Marcel, descendu, a constaté mais ne m’a adressé aucun reproche.

Confuse, j’ai décidé d’avoir ma voiture.

Premier travail ? 

C’était après l’Ecole normale. Le diplôme obtenu, on devait donner deux ans de service comme enseignant dans une École publique. J’avais obtenu de servir à l’École Caroline Cheveau, place de la cathédrale. J’étais plus jeune que certaines élèves. Elles préparaient l’examen du brevet supérieur : le summum pour les filles-en dehors de l’École normale d’institutrices.

Premier gros chagrin ? 

Nous étions deux couples amis :Trina attendait des jumeaux et, moi, j’étais si forte et l’enfant tellement puissant que la sage-femme pensait que j’attendais aussi des jumeaux. On devait accoucher à la même époque, à 15 jours près. Après la naissance de ma  fille aînée, Marie-Alice, ma mère et la sage-femme décident de me faire savoir que Trina était morte en couche : les larmes n’arrêtaient pas de couler tandis que j’allaitais ma fille. Et jamais je n’ai oublié le cri poussé par leur mère adoptive quand je suis allée la voir : c’est vraiment le cri de la douleur aux entrailles. Pour moi, elles étaient un peu comme mes deux filles- surtout que leur père a épousé ma sœur.

Premier mariage ? 

Je n’en ai eu qu’un. Et tous les souvenirs de tous les lieux où  il a été : je suis, y compris 27 ans d’exil.

Première infidélité ? 

Ma famille Deschamps, en célébrant mon centenaire, a fait la blague   que j’en ai eu  2 : TOUSSAINT LOUVERTURE et Anténor Firmin. J’ai mis en majuscules le premier, car pour moi nous ne donnons pas suffisamment d’importance à ce GÉNIE de notre pays : il s’est joué tant des États-Unis que de l’Angleterre et obtenu d’eux ce qu’il voulait. Sa Constitution de 1801 est en fait un COMMONWEALTH FRANÇAIS. Bonaparte a reconnu son erreur de ne l’avoir pas compris… sur son lit de mort.

Première lecture ? 

Il me semble que c’était : Les malheurs de Sophie

Premier diplôme ? 

Le brevet élémentaire. En ce temps-là, les candidates étaient peu nombreuses, venant de l’école Annexe, des Sœurs de Lalue et du Sacré-Cœur. On subissait des examens oraux sur plusieurs matières et les résultats étaient classés et publiés : j’étais première et celle qui est devenue ma belle-sœur, du Sacré-Cœur, deuxième.

Premier texte écrit ? 

J’étais à l’école normale quand la directrice m’a demandé de participer à un concours, que je ne me souviens plus quel groupe culturel organisait en France. J’ai écrit et je me souviens  que les critiques soulignaient que j’avais des phrases sans verbe : j’étais en fait à l’avant-garde.

Première pièce ?

Je n’ai pas écrit de pièce de théâtre. Je propose un scénario de film avec un masque de Franckétienne – mal présenté dans Le Nouvelliste, résumant le livre NI VU NI CONNU que seul on n’apprécie pas. Comme l’avait écrit Paulette Oriol : c’est un scénario de film…à la disposition de qui veut.

Première prestation d’acteur ? 

Je l’ai déjà décrit : à l’École Normale d’Institutrices. Je crois intéressant de rappeler, étant en Afrique, avec mon mari, représentant de l’UNICEF, qu’on préparait une soirée représentant de nombreux pays. Haïti n’avait pas de représentant. « Qu’à cela ne tienne : je représenterai Haïti ». J’ai mis ma robe haïtienne et ai défilé chantant CHOUCOUNE, à la grande surprise de mon mari.

Première prison ?

Puisque on parle de prison, je rappellerai  que je visitais les prisons de femmes avec madame Honorat. On faisait étudier leurs dossiers pour voir si elles ne devaient pas être libérées. Elles nous contaient des histoires incroyables : une surtout arrêtée pour vente de drogue, m’avouait qu’elle l’était aussi parce qu’elle utilisait pour vivre sa « FOUFOUNE ». Quand les hommes ne payaient pas, elle avait un rasoir pour se venger… 

Madame Gaetjens leur apprenait le crochet. Cette femme, me montrant un petit napperon qu’elle avait fait, m’a confié que, libérée, elle allait recommencer à vendre de la drogue, car ce napperon ne lui donnerait que quelques gourdes alors que une pincée de drogue couvrait ses besoins d’un mois.

Premier exil ? 

Je n’en ai connu qu’un, mais il a duré 27 ans dont 17 en Afrique me permettant d’apprécier des cultures variées, mais de constater que je ne suis pas du tout africaine, mais HAITIENNE : ma culture est née dans le creuset brûlant de Saint-Domingue.

Premier succès littéraire ? 

J’ai écrit des quantités de livres avec succès variés. Celui qui a connu le plus de lecteurs…forcés au primaire a été le premier : Morale et Instruction  civique. Je souhaite que le dernier qui sera Morale civique et éducation à la citoyenneté en ait autant au secondaire.

Premier prix décroché ? 

C’est peut-être celui de l’Éducation nationale pour enfants de l’île Maurice. Mais la première plaque originale qui orne mon bureau chez Deschamps est leur plaque où pour la première fois, il est porté : coq baray. Après le nombre est incalculable : la FORF pense en faire un album pour les immortaliser.

Première conférence ?

Il me semble que ce fut pour présenter l’éducation préscolaire et ses avantages. Après ils ne se comptent pas, autant politiques qu’éducatives, dont un nombre s’adressant aux jeunes pour les motiver ; de même aux politiciens pour encourager les interventions constructives. 

Premier Livres en folie ? 

Je sais avoir participé à plusieurs Livres en folie : je me souviens de celui tenu à Pétion-Ville, sous la pluie.

Premier salon du livre ? 

Je ne me souviens pas

Première polémique ? 

J’imagine concernant le drapeau ou la Constitution qui ont été l'objet de nombreux débats.

Votre couleur préférée ? 

Incontestablement le jaune.

Votre lieu de vacances préféré ? 

En Haïti, ce fut Kenckoff. J’avoue humblement n’avoir pas  beaucoup voyagé à travers le pays. Aujourd’hui je lutte pour que Pétion-Ville respecte son passé historique : la fête de Saint-Pierre, en juin, devrait devenir une grande fête culturelle : c’est possible : il y a plein d’artistes.

Votre plat préféré ? 

Pois rouges ou noirs en sauce- sans graines –avec de l’huile d’olive, du pain et du beurre.

Votre dessert préféré ? 

De même à jeun le matin : des fruits du pays…pain patate

Votre sport préféré ? 

Je n’ai jamais été sportive. J’ai joué un peu au volley-ball.  Le jour où j’ai essayé le football, on m’a mise au goal : j’ai fui après qu’on ait shooté sur le goal deux fois.

Votre boisson préférée ? 

Le kola comme boisson rafraichissante et le cocktail comme alcool. Aujourd’hui : dlo kokoyé , bon pour la santé.

Votre musique préférée ?  

J’ai beaucoup chanté. J’avais un répertoire tellement varié que j’ai fait un pari que j’ai gagné : chanter de  2h à 5 heures sans jamais chanter une même chanson deux fois. Le gros était d’une chanteuse populaire en France : Lucienne Boyer. Après la guerre, elle a été rejetée comme collaboratrice : elle a eu publiquement la tête rasée et ses chansons abandonnées.

Votre chanteur préféré ? 

Mon neveu : Gilbert Fombrun. Il chante mes chansons préférées.

Votre groupe musical préféré ? 

Je n’en ai pas. Je jouis des musiques classiques du dimanche matin de la Boîte à Musique à Radio Métropole

Votre péché mignon ? 

Je ne sais pas, il est mignon ? C’est ÉCRIRE…NUIT ET JOUR. Donc je rouspète quand l’ordinateur ne marche pas. Celle qui subit c’est ma fille Marie-Claude Bayard, avec laquelle j’habite : à elle de tout remettre en marche

Votre livre préféré ? 

Le dictionnaire que je dois sans cesse consulter vu que le français et le créole chevauchent. Un exemple simple : on dit déraper pour démarrer…Mon seul livre de poèmes doit être refait.

 Votre roman préféré ? 

Je ne suis pas bon lecteur. Je lis par curiosité, parce qu'on en parle… Quant aux poésies, je les lis très rarement. Pour mon travail, mes lectures sont des recherches. Imaginez : pour écrire l’AYITI DES INDIENS et SAINT-DOMINGUE combien d’historiens j’ai eu à citer !!!

Votre film et vos réalisateurs préférés ? 

Je rejette tout film de violence. J’ai aimé les films de grands spectacles…ceux où les sentiments priment…évidement ceux concernant l’histoire…

Vos acteurs préférés ? 

Je n’en ai plus

Votre plage préférée ? Je n’en ai plus : je ne vais plus à la plage. J’ai joui de MOULIN SUR MER.

Votre cachette préférée ? 

MA CHAMBRE

Votre ville préférée ?  

Je pense Pétion-Ville et- je le redis- je lutte pour que la mairie travaille à lui donner un cachet historique ; que la fête de Saint-Pierre soit culturelle. Je leur écris pour leur dire COMMENT.

Thé ou café ?  

Café le matin ; thé dans la journée… surtout thé feuilles pays.

 Les questions que l’on ne vous pose jamais ? 

Des quantités

Les questions auxquelles vous ne voulez jamais répondre ? 

Des critiques de personnes ? NON. D’actes posés par ces personnes? OUI.

Les questions que vous auriez aimé que l’on vous pose ?

Elles sont très nombreuses. Elles concernent mes options concernant l’avenir de notre pays :

Le KONBITISME qui encourage le faire-ensemble, le Tètansanm est, pour moi, la voie royale, l’unique pour sortir notre pays du trou où on l’a jeté, pour le lancer dans la voie du développement. L’orchestre philarmonique Sainte-Trinité illustre ce qu’est la konbite réussie. Tant de musiciens jouant ensemble, sans fausses notes. Le pays a plein de ressources, de valeurs en quête de chefs d’orchestre politiques constructifs. En avant ! Faites que cela change ! Lisez les textes concernant le Konbitisme, il y en a plein. Je remercie, mon neveu adoptif de Cité Soleil, Louino Robillard, qui le propage : il a même fait sa thèse en anglais, aux États-Unis, sur le Konbitisme.

Le TOURIS LAKAY : KONBITE DE 3 FORCES POUR DÉVELOPPER LE PAYS EN DEHORS : une communauté, sa jeunesse et sa diaspora

LA DYNAMISATION DES DÉPARTEMENTS, sorte d’états généraux des départements, visant l’exploitation de leurs richesses. Nous avons pris en exemple l’Artibonite, montrant les richesses à exploiter. Nous avons présenté un circuit touristique possible, attrayant. (Je m’étonne de n’avoir reçu aucun commentaire des sénateurs et députés de l’Artibonite après que durant 2 nuits ils ont harcelé le Premier ministre avec tous les problèmes de leurs communes et départements. Je souhaite vivement qu’ils utilisent ce travail CONSTRUCTIF.

J’ai une question concernant le Palais  legislatif, qui prévoit des bureaux pour nos très nombreux députés. Si je ne m’abuse, les projets de nouvelle Constitution envisagent de supprimer les députés ou de les déplacer, les enlevant de la capitale : ce palais serait pour une Chambre unique. Je me demande :

1.-N’est-il pas indiqué d’attendre le vote de cette nouvelle Constitution ?

2.- N’est-il pas indiqué de reconstruire en priorité LE PALAIS NATIONAL ?

Une autre question concerne les problèmes de l’EAU. Nous marchons à grands pas vers le manque d’eau : Kenckoff n’a plus une goutte d’eau alors que dans ma jeunesse on avait le choix entre de nombreuses cascades..

La ravine de Laboule est devenue une ravine sèche : quelles sources alimentaient cette masse d’eau ? La source Millet est sèche. Le plus grave est la possibilité pour la nappe phréatique de la plaine du Cul-de-Sac de devenir SALINE, avec pour conséquences que toutes les cultures de la plaine deviennent des terres désertiques. Le curé de l’Arcahaie, le 18 mai, a lancé un cri d’alarme. Quels échos ?

Je proteste contre la mise dans les rues de nos jeunes étudiants, transformés en casseurs …même de lycées. À eux, à tous nos jeunes, j’adresse : Ma vision pour Haïti : la voie constructive qui doit être la leur si on veut  qu’enfin notre pays ne soit plus classé seul PMA d’Amérique, mais occupe enfin la place qui lui revient , en exploitant ses richesses:

HAITI CENTRE HISTORIQUE ET CULTUREL DE LA CARAIBE

Propos recueillis par Daphney Valsaint Malandre pour Ticket et Le Nouvelliste



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