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Ancienne armée ou nouvelle milice ?

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image Les militaires demobilises dans les rues.

Des hommes en armes se pavanent dans les rues de la capitale et des principales villes de province à pied, montés dans des pick-up, s'installent dans d'anciens camps militaires. Ils arborent des uniformes et répondent aux ordres que des leaders qui circulent avec eux leur donnent. Hier mercredi, en convoi, ces civils armés ont été aperçus à Pétion-Ville comme avant on les avait remarqués dans toute la région métropolitaine et en province.

Les policiers, les agents de la Minustah feignent de ne pas les voir. Les passants s'émeuvent de moins en moins de leur action. L'armée est-elle de retour ? Une nouvelle milice s'installe-t-elle ? Aucun communiqué officiel n'a informé la population.

Les responsables politiques, ministres, chef de la police, Premiers ministres et le président de la République se renvoient la balle à coup de notes de presse et de déclarations qui restent sans effet. Personne n'appuie l'action de ces civils armés, personne ne s'y oppose. C'est un élément qui s'ajoute au jeu des forces en présence sur le terrain. Pour un nouvel équilibre? Pour faire pencher la balance ? Est-ce une assurance prise ou la mise en place d'un fait accompli ?

Dans cette affaire des anciens-futurs ex-militaires, la vérité est insaisissable. Qui les finance ? Qui les a mobilisés ? De qui reçoivent-ils leurs ordres? Le flou est total.

L'Armée et Haïti, c'est une longue histoire. De celle de la guerre de l'Indépendance à celle débandée en 1995 après plusieurs coups d'Etat, il y a des variantes, des hauts et des bas, des désamours et des périodes de folles passions.

Comme partout ailleurs, les armes attirent, les gens d'armes fascinent, font peur aussi. Il faut de l'ordre, de la discipline, une doctrine, un leadership, des codes et des lois qui régissent les interactions dans la cité.

D'un pas, on est en présence d'une armée; d'un autre, d'une bande armée. D'un simple changement de point de vue, de la même troupe, on peut voir des rebelles ou un mouvement de libération. La frontière est mince.

Dans le pays qui a connu les Zenglens, les Piquets, les Cacos, les Kamoken, les Rebellles, les Tontons macoutes, les Attachés, les chimères et d'autres, derrière chaque homme en armes et en uniforme peut se cacher un sauveur ou un bandit. Des fois, les deux. Tout dépend de qui regarde, de qui est victime, de qui donne les ordres.

Mercredi, Laurent Lamothe, comme avant lui Garry Conille, a fixé sa position sur la question de l'ancienne-future armée. Comme pour Conille, son point de vue va-t-il rester une lettre morte ?

On a comme l'impression que l'administration Martelly a le coeur entre deux chaises: une promesse de campagne et les impératifs de la dépendance. Entre-temps, l'ancienne armée, faute de cadre réglementaire et d'un rétablissement officiel, risque de devenir une nouvelle milice.

Frantz Duval
duval@lenouvelliste.com
duvalfrantz@gmail.com
Twitter:@dalfaz

Source: Le Nouvelliste

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