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Après le 28 juillet, que restera-t-il de la mémoire de l’occupation américaine d’Haïti, il y a cent ans ?

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Par Gotson Pierre

Une fois passé le momentum du 28 juillet, date de la première intervention militaire américaine en 1915 en Haïti, on se demande perplexe, quelle attention les acteurs étatiques et civils accorderont-ils durant le reste de l’année au centenaire du débarquement des marines à Port-au-Prince ?

Déjà, si on fait une évaluation objective, on dira que la commémoration ou la remémoration de cette date a été relativement timide.

Le poids de cette occupation durant 19 ans, qui ont définitivement façonné le présent haïtien et détermineront surement le futur du pays, n’a pas été reflété à travers la maigre palette d’activités recensées.

Le gouvernement s’est manifesté à la dernière minute, avec deux initiatives du ministère de la culture et un discours à la nation du premier ministre Evans Paul, qui invite les Haïtiens à assumer leurs responsabilités vers le changement après un siècle de la première occupation américaine.

Plusieurs activités ont été entreprises par la Société haïtienne d’histoire, de géographie et de géologie (Shhgg), qui a souligné plusieurs lieux de mémoire affectés directement par les évènements douloureux de 1915.

Il y a eu cette visite à Bizoton (périphérie sud de la capitale), à la base navale Amiral Hammerton Killick, communément appelée la Marine haïtienne, où les premiers militaires américains ont débarqué. La visite a été suivie d’un pèlerinage au site où se trouvait l’arsenal, pour honorer la mémoire des défenseurs de cette place.

Quelques rencontres, expositions et une marche accompagnée de théâtre de rue ont été organisés par des entités du secteur social.

Peu d’initiatives ont été prises par les médias dans ce contexte électoral qui domine l’actualité et la dominera encore jusqu’à la fin de l’année. Les élections législatives, municipales, locales et présidentielles se déroulent en 3 tours, d’aout à décembre.

Oubli, insouciance ou frilosité ?

Certaines structures ont annoncé des actions pour le reste de l’année, mais on peine à croire que ces gestes auront l’envergure qui correspondrait à l’importance que revêt ce centenaire.

Pas seulement à cause de la conjoncture, mais probablement aussi à cause d’un certain état d’esprit qui règne dans la société haïtienne aujourd’hui.

On dirait qu’il y aurait une espèce de frilosité par rapport à la commémoration de la date du 28 juillet, pour des raisons que nous ignorons. De toute façon, peu de ferveur a été relevée. Une sorte d’indifférence serait même perceptible.

Faut-il attribuer ces attitudes (supposées) à une peur de regarder l’histoire en face, ou de s’exposer à des conséquences fâcheuses qui découleraient d’un comportement critique vis-à-vis de la puissance américaine, cent ans après ?

Ou bien, l’oubli aurait-il tellement bien fait son travail à travers notamment une éducation non adaptée, que les évènements d’il y a cent ans n’auraient plus aucun sens pour la majorité de la société haïtienne ?

Dans un cas comme dans l’autre, on serait en présence de la manifestation d’une crise profonde qu’il faudrait adresser en toute urgence. Car rien ni personne ne saurait empêcher aux pays européens de commémorer les grandes dates de la seconde guerre mondiale (1939-1945), malgré la douleur que provoque cette page d’inimitié en Europe.

L’amitié franco-allemande d’aujourd’hui ne saurait faire oublier les camps de concentration où des milliers de juifs ont été exterminés par le régime nazi d’Adolf Hitler.

Dans certains milieux américains on serait étonné que l’oubli, l’insouciance ou la peur puisse conduire les Haïtiens à de telles attitudes. Car on ne pense pas que la République étoilée pourrait un jour faire une croix sur les attaques du 11 septembre 2001…

De même que les relations américano-cubaines renouées récemment après des négociations secrètes ne pourront gommer « l’attaque de la baie des cochons » cette tentative, en avril 1961, d’invasion militaire de Cuba par des exilés cubains soutenus par Washington.

Envers et contre tout, garder la mémoire

Alors, il importe de garder la mémoire, envers et contre tout. Soupeser la honte et l’humiliation éternelles de cette occupation. Garder la mémoire du sang versé, mais aussi de la résistance.

Des rassemblements comme celui tenu le 28 juillet dernier sur la cour de la Faculté des sciences humaines, à l’initiative d’un regroupement d’organisations des milieux sociaux peuvent être utiles, dans le cadre des démarches de construction ou d’entretien de la mémoire collective.

C’était une rencontre des générations, où, pendant plusieurs heures, l’histoire, en connexion avec le présent, a été au centre des interventions, sur fond de performances culturelles (Voir ci-dessous une sélection de photos).

On retiendra particulièrement la comparaison entre le contexte de l’occupation et celui d’aujourd’hui, faite par le père William Smarth, qui durant les 30 dernières années n’a pas pris une ride. Toujours une parole d’avant-garde qui appelle à l’engagement et la responsabilité des jeunes générations qui construiront l’avenir.

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Le père William Smarth

Lumineux, le discours de l’historienne Suzy Castor, qui a expliqué comment l’acte de débarquement militaire a été suivi de la mise en place de la machine de l’occupation, qui a broyé tant de vies et perturbé définitivement le cours des choses en Haïti, malgré une résistance farouche.

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L’historienne Suzy Castor
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S. Castor en interview avec Telesur

Il y a aussi cette éclairante intervention de l’ethnologue Rachelle Beauvoir Dominique, rendant compte du saccage, selon elle, des biens culturels ancestraux d’Haiti par les troupes américaines durant la période d’occupation. Si bien qu’il faudrait se rendre dans des musées américaines pour découvrir, par exemple, certains tambours géants haïtiens.

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L’hetnologue Rachelle Beauvoir Dominique

Les prestations culturelles ont été très marquées, notamment celles du groupe musical paysan Awozam, qui a soulevé l’enthousiasme du public.

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Le groupe AWOZAM de Jean Rabel, dans le Nord-Ouest
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Le groupe Awozam, de Jean Rabel dans le Nord-Ouest

Ces paysans de l’association « Tèt kole ti peyizan » (Union paysanne), qui poursuivent le travail entamé par les groupements paysans de Jean Rabel (Nord-ouest), nous rappellent qu’aucun peuple ne peut progresser en enfermant dans un tiroir une part de sa mémoire. [gp apr 31/07/2015 18 :00]

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Dérinx Petit-Jean, de l’Initiative du Mouvement Patriotique Démocratique Populaire (IMPDP), procédant à l’ouverture du rassemblement
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Le groupe Lakou, composé d’étudiants de l’UEH
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Duval Péralte et Anne Marie Batraville, descendants des résistants Charlemagne Péralte et Benoit Batraville
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Le Club Konpè jeneral Solèy, issu des quartiers populaires
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Evelyne Larrieux de la Solidarité des Femmes Haitiennes (SOFA), membre de l’Initiative du Mouvement Patriotique Démocratique Populaire (IMPDP), parlant des actions patriotiques conduites à New-York à l’occasion du centenaire de l’occupation américaine d’Haiti
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Sabine Lamour, féministe, renseignant sur la résistance des femmes durant l’occupation américaine
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Le père Yves Edmond, de la plateforme MANDA, informant sur les initiatives de mobilisation dans le Sud pour commémorer le massacre des paysans de Marchaterre en 1929
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