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Cinq mois plus tard, le bâtiment reste inoccupé

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Les parlementaires disent qu'ils doivent maintenant puiser largement dans le Trésor public pour finir le travail.

Un vendredi de novembre dernier, l'ambassadeur américain en Haïti, Kenneth Merten, rejoignait le président d'Haïti et le Premier ministre d'alors au bord de mer au centre de Port-au-Prince. Avec faste, le trio a inauguré un local transitoire construit à hauteur de 1,9 million de dollars américain par l'USAID pour le Parlement haïtien, qui avait perdu son ancien bâtiment et 32 des membres du personnel dans le tremblement de terre de magnitude 7,3 ayant frappé Haïti en janvier 2010.

« Le Parlement haïtien, qui a un rôle essentiel dans la construction d'une Haïti meilleure, a maintenant un endroit digne pour faire son travail au bénéfice du peuple haïtien», avait déclaré Merten.

Mais plus de quatre mois plus tard, le bâtiment reste vacant. En plein chantier, il est rempli de morceaux de bois et d'autres débris provenant des travaux de réparation très coûteux financés par le Trésor public, car le travail inauguré n'était pas achevé. Et les critiques en Haïti estiment que ce travail peut expliquer la manière dont l'USAID approche la reconstruction d'Haïti.

« L'inutilisation du bâtiment est la conséquence directe du manque de participation des Haïtiens dans le processus de reconstruction », a indiqué Jean-Claude Fignolé, directeur national de l'ActionAid, une organisation qui milite contre la pauvreté en Haïti.

Le bâtiment que l'Agence américaine pour le développement international (USAID) a remis aux autorités haïtiennes était juste un hall sans murs intérieurs pour le découpage des bureaux. Il était aussi dépourvu de chaises et de classeurs, et la salle destinée à accueillir les séances en Assemblée nationale ressemblait à un gymnase vide.

« Si nous avions déjà déménagé ici, allions-nous nous asseoir à même le sol? », s'est interrogé le questeur du Sénat, Fritz Carlos Lebon, pendant qu'il visitait la nouvelle construction. Maintenant, d'après le parlementaire, c'est l'argent des contribuables haïtiens qui finance la fin des travaux. Le Parlement a déjà dépensé environ $ 775 000 dans les travaux de finition du bâtiment, et beaucoup restent encore à faire.

« Je ne sais pas si l'argent que nous dont disposons va permettre de terminer le travail », a dit Lebon. Son homologue de la Chambre des députés, Chancy Cholzer, énumère, en même temps, ce qui reste à faire dans le bâtiment, avant de conclure: «Cela peut nous coûter plus cher que le coût de la construction. »

Contacté dans le cadre de cet article, le porte-parole de l'ambassade américaine à Port-au-Prince, Jon Piechowski, a déclaré que le projet consistait à fournir un bâtiment au Parlement, mais il ne s'agissait pas de le fournir ou de l'adapter au goût des actuels parlementaires qui sont entrés en fonction après que l'accord initial a été approuvé.

« Nous dépensons l'argent des contribuables des États-Unis dans beaucoup de projets, et pendant que nous sommes ici pour aider le gouvernement haïtien et le peuple haïtien, il y a des contraintes de ressources», a-t-il dit.

Les législateurs haïtiens estiment que les coûts de rénovation auraient pu être évités si l'USAID les avait intégrés dans le processus de conception du projet. Au lieu de cela, les Etats-Unis ont dit: « C'est ce que nous vous offrons », et le président du Sénat a accepté», selon Ariel Joseph, secrétaire général du Sénat.

Etant donné que la construction de l'USAID n'a pas prévu d'espace pour l'accueil des visiteurs, les secrétaires ou de toilettes intérieures pour chaque bureau, Carlos Lebon explique que le bâtiment ne pourrait pas loger confortablement les 129 députés et sénateurs comme le prétend l'USAID. « Moi, je ne dispose même pas de bureau », a indiqué le questeur du Sénat au moment de visiter les bureaux qui sont en train d'être aménagés pour le président, le vice-président et les deux secrétaires du bureau du Grand Corps. L'espace qui va accueillir les députés est aussi en chantier.

Pour Fignolé, le directeur d'Action Aid, pour que l'aide américaine à la reconstruction d'Haïti puisse être efficace, l'USAID doit directement impliquer les citoyens haïtiens dans le processus.

Les citoyens haïtiens n'avaient pas eu à se prononcer sur le projet de construction des locaux transitoires du Parlement, et le contrat de 1,9 million de dollars a été accordé à Chemonics International Inc, le plus grand bénéficiaire de l'argent de l'USAID depuis le tremblement de terre.

Après le tremblement de terre, le Parlement avait repris ses activités dans un espace exigu à l'académie de police, dans la périphérie de la capitale haïtienne. En avril 2011, l'Organisation des Nations unies avait dépensé $700 000 pour construire des structures temporaires devant abriter les législateurs jusqu'à ce que le bâtiment ait été achevé par l'USAID.

« Ce n'est pas un gaspillage - ils vont l'utiliser par la suite, une fois qu'ils auront fini de le transformer», dit Ariel Joseph à propos du nouveau bâtiment du Parlement. «Nous sommes très heureux que l'USIAD nous l'ait donné, mais nous avons besoin de le transformer avant de commencer à l'utiliser. »

Cela peut prendre un certain temps, selon Carlos Lebon, qui dit que le Parlement devrait commencer à utiliser le bâtiment ce mois-ci, mais cela peut maintenant attendre jusqu'à avril ou plus tard. Le bâtiment va abriter le Parlement jusqu'à la construction des locaux permanents - un processus susceptible de prendre plusieurs années. Comme les structures temporaires où le Parlement opère actuellement sont situées sur l'espace destiné à la construction du bâtiment permanent, le travail ne peut commencer qu'avant que les législateurs se déplacent dans le bâtiment construit par l'USAID qui est encore en cours d'aménagement.

Piechowski, le porte-parole de l'ambassade américaine, souligne que l'USAID et l'entreprise Chemonics ont respecté leur contrat avec le Parlement quand ils ont remis le bâtiment en novembre dernier. « Nous leur avons expliqué ce qui pouvait être fait, nous les avons consultés à ce sujet, et ils ont approuvé le projet », a-t-il dit. « Nous devons être de bons gestionnaires des impôts du peuple américain, et je pense que nous l'avons fait dans ce cas. »

Considérant le demi-million d'Haïtiens qui sont toujours sous des tentes depuis le tremblement de terre, les 2 millions de dollars d'aide des États-Unis consacrés à un bâtiment vide et les centaines de milliers tirés du Trésor public haïtien pour le rénover, cette dépense semble inexcusable.

Jacob Kushner et Jean Pharès Jérôme

Source: Le Nouvelliste

 

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