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Contre-bilan des deux ans de Martelly

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image President Martelly

Après les cérémonies de reddition de compte organisées par le Président de la République, c’est le tour du groupe des Parlementaires pour le renforcement des Parlementaires progressistes (PRI) de présenter un contre-bilan des ans du pouvoir « TèT Kale ». À cet effet, ils ont adressé une lettre ouverte au peuple haïtien le 31 mai dernier à propos du bilan biennal du gouvernement « Martelly/Lamothe ». Paraphée par Sadrac Dieudonné et Joseph W. Deshommes, respectivement président et secrétaire-administrateur dudit bloc, cette correspondance passe au peigne fin les cinq grands axes d’intervention de l’équipe Tèt Kale.

Voici l’intégralité du texte : Port-au-Prince, le 31 mai 2013 Les Errances politiques du « Gouvernement Martelly-Lamothe »

Lettre ouverte du Groupe Parlementaires pour le Renforcement institutionnel (PRI) à l’attention du peuple haïtien à propos du bilan biannuel du « Gouvernement Martelly-Lamothe »

Chers compatriotes,

Le Président de la République vient de célébrer, le 14 mai écoulé, avec bruit, tel un tonneau vide, et dans le soudoiement (embrigadement monnayé de paysans de certaines communes environnant la capitale et de citadins peuplant des bidonvilles de l’Aire métropolitaine), comme un politicien en mal de popularité, ses deux ans au Pouvoir de l’Etat. Il en a profité pour dresser, par l’entremise de certains parlementaires sinon indignement du moins naïvement acquis à sa cause, un bilan de ses prétendues réalisations, et ce dans le cadre de ce qu’il appelle pompeusement le Programme des cinq E.

Et, dans la même veine, le Premier ministre se prépare à présenter devant l’Assemblée Nationale, le 10 juin 2013, à l’occasion de l’ouverture de la seconde session législative annuelle, le bilan de l’action gouvernementale. Mais, en réalité, il s’agit et il s’agira d’un bilan portant sur cinq Errements. Nous voudrions donc vous présenter un contre-bilan de ce programme grandement Erratique.


Emplois

L’économie haïtienne est actuellement en forte décroissance, passant de 5,6% en 2011 à 2,8% en 2013. Ce qui indique que la pauvreté s’approfondit davantage (56% de la population vit en dessous du seuil de pauvreté absolue), que l’insécurité alimentaire s’avère poignante (2,1 millions de personnes) et que la délinquance et l’insécurité publique s’aggravent de jour en jour.

Or Le Président Martelly tente de faire croire que 400.000 emplois ont été créés dans l’économie. Aucune carte précise de ces emplois n’a été présentée. Ce qui montre que ceux-ci n’existent que dans l’esprit étroit du Président. Ce qui est en revanche clair, c’est que tous les indicateurs macro-économiques sont au rouge : les petites et moyennes entreprises des secteurs primaires et secondaires sont grandement décapitalisées; les recettes fiscales sont au plus bas ; les investissements directs étrangers dans des secteurs productifs sont quasi-inexistants (le Parc de Caracol a du mal à créer le nombre d’emplois prévus) ; l’exportation stagne ; la monnaie nationale a rapidement perdu environ 8% de sa valeur ; le déficit budgétaire se creuse considérablement accusant 6% du PIB ; etc.

En fait, en guise de politique d’emploi, le « Gouvernement Martelly-Lamothe », subtilement pris en charge par le lobby bancaire prônant bêtement le laisser-faire monétaire en guise de politique d’exportation et de croissance et par les paresseux importateurs de produits de toutes sortes, pratique dangereusement une Errance économique. Qui plus est, il ne fait pas jouer la concurrence sur le marché haïtien, car il encourage le monopole et corrompt avec favoritisme la pratique de passation des marchés. Rien donc n’est fait pour augmenter la capacité de production des PME et pour encourager les nouveaux investissements productifs dans le pays. Et, le Fonds Pétro-Caribe qui aurait pu servir de Fonds de développement, à travers une Banque nationale de développement, est en train d’être gaspillé dans des projets d’apparat (Ede Pèp, Ti manman cheri, etc.), donc non rentables et sans lendemain pour le peuple haïtien.


Éducation

Le « Gouvernement Martelly-Lamothe », dans sa névrose innovatrice au sens qu’il croit tout inventer dans le pays, détourne une politique éducative qui a été longuement et difficilement élaborée et mise en œuvre (1997-2007). En effet, oubliant le Plan national d’éducation et de formation (PNEF) et la Stratégie nationale d’éducation pour tous (EPT), cette bancale Administration prétend qu’il a envoyé 1.288.956 enfants à l’école à travers son nébuleux programme PSUGO.

En réalité, en entrant par Escalade et Effraction dans l’EPT, donc par deux « E » négatifs, il ne fait qu’occasionner l’Effondrement du système éducatif haïtien, dans la mesure où sous couvert d’une démocratisation ou massification scolaire, il aggrave les problèmes structurels en termes de sur-âgés, de surcharge des classes, d’évaluation inefficace, de redoublement et donc d’échec scolaire et de frustration sociale. Car ce stock d’élèves – dont le nombre est de toute évidence de loin inférieur à celui présenté par le Pouvoir – introduits brutalement dans le flux scolaire, et ce sans une stratégie de création de nouvelles places ainsi que de formation de nouveaux instituteurs, déstabilise le fragile système éducatif haïtien.

De plus, tout en mettant oralement l’accent sur l’emploi, aucune stratégie n’est élaborée et mise en œuvre pour restructurer, renforcer et augmenter les Écoles professionnelles dans le pays. Or, comme l’ont fait remarqué de nombreuses études, le secteur des Écoles professionnelles est le plus marginalisé et déstructuré du système éducatif haïtien. Aussi, outre l’Université de Limonade, comme une honteuse manne tombée du ciel dominicain, et l’infime et démagogique bourse de 18.000 Gourdes accordée aux étudiants de l’UEH, le « Gouvernement Martelly-Lamothe » n’a aucune politique de l’enseignement et de la recherche en tant que facteurs de production d’un efficalce capital humain dans le pays.


Environnement

Haïti connait une crise environnementale aiguë. Ses causes sont connues. Le « Gouvernement Martelly-Lamothe », profitant de l’angoisse qu’elle provoque au sein de la population, l’embrasse au risque de l’étouffer.

En effet, ce Gouvernement, en guise de politique environnementale, empli d’un Enchantement creux et paradoxal, s’amène avec un discours teinté de bons sentiments en demandant simplement à chaque citoyen de planter un arbre, ainsi qu’avec un tas de mesures les unes plus superficielles et inefficaces que les autres. Ainsi, il a commencé par prendre un arrêté en date du 9 août 2012 et entré en vigueur le 1er octobre de la même année pour interdire l’importation de certains produits polluants et cancérigènes tels les sachets en plastique noir (polyéthylène) et des ustensiles de restauration en styrofoam (polystyrène expansé). Mais cette mesure n’a pas fait long feu. Aussi, en guise de réaménagement urbain, ce Gouvernement masque, en le colorant, une dérive urbaine, le bidonville de Jalousie. Par ailleurs, les logements dits sociaux que ce Gouvernement construit ne respecte nullement les critères environnementaux.

Dans ces conditions, rien n’est conçu et mis en œuvre pour freiner la déforestation, pour faire respecter les aires forestières protégées, pour aménager les bassins versants, pour freiner l’urbanisation anarchique, pour installer des stations d’épuration des eaux usées dans les principales villes du pays, pour protéger les mangroves du pays où se reproduisent de nombreuses espèces de poissons, pour règlementer le pompage intensif de l’eau dans la Plaine du Cul-de-sac, pour empêcher la pollution chimique qu’occasionne le rejet dans l’écosystème des huiles de moteurs et des batteries usagées contenant des métaux lourds et toxiques, etc.
Énergie

La question de l’Energie, en raison de l’explosion démographique et de la croissance du taux d’urbanisation, est cruciale en Haïti. Car, si on prend seulement le cas de la cuisson des aliments, le charbon de bois est utilisé par 68,5% des ménages urbains ; et le bois de feu est utilisé par 90,9% des ménages ruraux ; ce qui fait que le pays couvre annuellement environ 72% de ses besoins énergétiques grâce à la ressource du bois. Ce qui implique qu’environ 30 millions d’arbres sont annuellement abattus.

Or l’actuel Ministre délégué à l’Energie, en bon technocrate volontairement servile, a affirmé sans aucune gêne que le bilan énergétique des deux ans du Pouvoir de Martelly dépasse tous ceux qui l’ont précédé. Ainsi, M. René Jean-Jumeau fait preuve d’une mémoire très courte. Car il semble qu’il oublie que ce n’est pas l’Administration de Martelly qui a conçu et construit le barrage hydro-électrique de Péligre, qui a réélectrifié entièrement la ville des Gonaïves après le sinistre tempête tropicale Jeanne, qui a fait construire trois centrales thermiques dans trois grandes villes du pays, qui a conçu un partenariat public-privé pour que le secteur privé haïtien puisse investir dans une importante centrale électrique (E-Power) à Port-au-Prince, qui a élaboré un projet pour la construction d’un autre barrage hydro-électrique dans le Plateau-central (Artibonite 4C), etc.

En fait, Étourdi par la corruption et l’accumulation facile et rapide du capital, le « Gouvernement Martelly-Lamothe » substitue une politique énergétique à un petit projet d’installation de lampadaires solaires de piètre qualité. Or, le pays est confronté à un important déficit énergétique (une couverture nationale de moins de 15% et une consommation moyenne annuelle de l’ordre de 75 KWh). En conséquence, malgré la position géographique avantageuse de la presqu’île d’Haïti, ce Gouvernement n’a conçu ni mis en œuvre aucun projet énergétique concernant l’énergie éolienne et l’énergie solaire à grande échelle. Aucun effort n’est non plus fait pour promouvoir l’utilisation du gaz naturel et la production d’énergie à partir de la biomasse.


État de Droit

Outre les régimes dictatoriaux, aucun Pouvoir dit démocratique n’a autant perverti l’appareil judiciaire haïtien que celui du Président Martelly. Or, l’actuel ministre de la Justice de ce Pouvoir, l’un des ministres de la Justice de l’ère post-duvaliérienne les plus controversés et qui suscitent le moins de confiance, a fait un bilan plus qu’élogieux des actions de son Gouvernement quant à l’Etat de Droit.

Pour ce faire, Me Jean Renel Sanon a pris en exemple la nomination des juges manquants à la Cour de Cassation et la mise en place du Conseil supérieur du Pouvoir judiciaire (CSPJ). Or, ces deux institutions républicaines ont été constituées dans des conditions plus que troubles. En effet, qu’on se le rappelle, des juges qui n’étaient pas sur la liste dressée par le Sénat ont été nommés, et les menées du Pouvoir exécutif pour instituer le CSPJ ont été entachées d’autoritarisme et d’illégalité. De plus, Le « Gouvernement Martelly-Lamothe », par l’entremise du Ministère de la Justice, a fait arrêter un Député en fonction, et procède constamment à la nomination de personnes à moralité douteuse dans le système judiciaire haïtien.

D’un autre côté, ce Gouvernement, en rappelant la réhabilitation et la construction de tribunaux, veut faire croire qu’il a amélioré l’accès à la Justice en Haïti. Comme si ce problème dépendait seulement et simplement du cadre physique de la distribution de la Justice. C’est, en réalité, une manière de cacher l’incompétence et la corruption de nombreux officiers de justice, de lénifier le manque de confiance des citoyens dans l’appareil judiciaire, et de voiler le dirigisme arbitraire et illégal auquel font face les commissaires de gouvernement et même des juges de siège.

Par ailleurs, il est à constater que le « Gouvernement Martelly-Lamothe » prend le malin plaisir de violer constamment la Constitution et la loi. À preuves, il met tout en œuvre pour entraver le respect du principe de la séparation des trois Pouvoirs, l’une des conditions nécessaires à l’existence de tout Régime démocratique ; il refuse de rendre compte de l’utilisation des deniers publics, fruits du dur labeur des citoyens ; et, enfin, le Premier ministre plus particulièrement s’entête à ne pas se soumettre à tout contrôle parlementaire sérieux, ce qui lui a valu d’ailleurs la mésaventure du 14 janvier 2013.

Chers compatriotes, en vous basant sur ce contre-bilan, il faut plutôt prendre les « cinq E » programmatiques de l’Administration de Martelly comme cinq Errances politiques. Car, étant donné leur incompétence et surtout leur propension à la corruption, ce Régime ne fait qu’Enfoncer le pays dans le creuset de la pauvreté, du sous-développement et de l’assistanat.

Que Dieu sauve la Nation !

Pour le Groupe PRI,

Sadrac Dieudonné
Député, Président Joseph W. Deshommes
Député, Secrétaire-administrateur
Reynold Aris
arisreynold@yahoo.fr

Source: Le Matin

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