Flux migratoire : pour échapper à la faillite de l’État haïtien
Les nouvelles mesures des autorités dominicaines relatives à l’immigration alimentent les débats dans le milieu haïtien. Si elles sont qualifiées de discriminatoires par certains, d’autres y voient, en revanche, le droit légitime de la République voisine à protéger son territoire du flux migratoire croissant d’Haïtiens.
Les relations haïtiano-dominicaines sont historiquement caractérisées par un flux migratoire considérable d’Haïtiens en République dominicaine. Avant le séisme du 12 janvier 2010, on estimait à plus de 500 mille le nombre d’immigrants haïtiens vivant dans la partie est de l’île, des illégaux pour la plupart. Les réalités d’ordre structurel et infrastructurel existant dans les zones frontalières alimentent ce phénomène. Mais la précarité des conditions socioéconomiques de la population haïtienne constitue, toutefois, les facteurs à prendre en compte pour saisir la complexité de la question migratoire.
L’émigration haïtienne vers la République dominicaine a depuis fort longtemps été motivée par l’économie florissante de la partie est de l’île. Ce fait est le produit d’une construction historique qui prit naissance avec l’occupation américaine de l’île en 1915. Les Américains organisèrent inégalement l’économie de l’île sur la base de la production sucrière : les infrastructures sucrières implantées en République dominicaine et les champs de canne en Haïti. Il s’ensuivit que les investissements américains à l’est s’élevèrent à plus de 70 millions de dollars tandis qu’à l’ouest ils flirtaient à peine avec les neuf millions.
L’État haïtien complice
L’attraction économique que représente la République dominicaine depuis cette époque a sans doute favorisé l’émigration des Haïtiens en République dominicaine. Cependant la gestion douteuse de l’État haïtien, de connivence avec les autorités dominicaines, a grandement contribué à cautionner cette relation de dépendance. Selon certains historiens haïtiens, la dictature des Duvalier a été caractérisée par des accords clandestins entre les deux États pour faciliter l’émigration d’un flux de travailleurs haïtiens vers les plantations dominicaines. Les autorités haïtiennes s’enrichissaient en conséquence par le biais de commissions au détriment des coupeurs de canne, tandis que se détérioraient les conditions socioéconomiques de la population haïtienne.
Aujourd’hui encore, la faillite de l’État haïtien est patente dans la cadre de cette affaire. L’absence de gardes frontaliers ainsi que le manque dénuement des policiers haïtiens est la pénible réalité observée sur la ligne frontalière haïtienne. Ce qui explique le passage clandestin d’un nombre important de travailleurs haïtiens non qualifiés en quête d’un mieux-être. Malpasse et Fond-Verrettes constituent les points de passage de prédilection de ces personnes : soit elles franchissent les montagnes, soit elles traversent le lac Azuéi sur de minuscules voiliers.
La présence massive d’Haïtiens en République voisine n’a jamais été bien vue ni par certains citoyens dominicains ni par leurs dirigeants. En témoigne le massacre de plus de 30 mille Haïtiens ordonné par le président dominicain Rafael Leonidas Trujillo dans les années trente. Cet épisode tragique et sombre dans l’histoire du peuple haïtien n’a cependant pas réussi à dissuader ce dernier notamment les masses défavorisées à s’établir à l’Est de l’île. Aujourd’hui encore, les organisations de défense des droits humains ne se lassent pas de dénoncer les multiples cas de violations des droits des Haïtiens enregistrés dans l’autre partie de l’île.
Une violation entraîne une autre
Et si les gouvernants haïtiens participaient à des violations systématiques des droits des Haïtiens en République dominicaine ? Cette interrogation n’est pas osée, au regard du traitement infligé par l’État à ses fils. À ce titre, le coordonnateur de « Solidarité haïtienne de défense de droits humains » (SOHDDH), M. Garrot Néré, prend en exemple le cas de Fond-Parisien, troisième section communale de Ganthier. Les habitants de Fond-Parisien, élevé au rang de quartier depuis le 9 octobre 1978, peinent jusqu’à date à obtenir de l’État haïtien leur reconnaissance en tant que citoyens.
Selon M. Néré, l’absence de tribunal de paix et de bureau d’État civil atteste l’inexistence de l’État dans ce quartier. En effet, explique-t-il, faute de ces deux entités, il y règne, d’une part, une grande impunité et chaque citoyen est libre de se faire justice si préjudice lui est porté. D’autre part, poursuit-il, de nombreux enfants âgés entre sept et dix ans ne sont pas reconnus par l’État haïtien. Ils ne possèdent pas d’acte de naissance. Ce qui, selon le coordonnateur, constitue une violation flagrante des droits du citoyen. Tout en se défendant de vouloir dédouaner les responsables dominicains, Garrot Néré émet l’idée selon laquelle une violation entraîne une autre. Alors l’État haïtien serait à la fois violateur et source des violations des droits de ses ressortissants en République dominicaine.
Monsieur Néré dit s’opposer à l’idée émise par certains faisant croire que les autorités dominicaines seraient animées de mobiles discriminatoires à travers ces nouvelles mesures. C’est le cas du sénateur Jean Tolbert Alexis et du député Patrick Joseph. Ce dernier a même souhaité une éventuelle fermeture de la frontière en guise de réponse appropriée.
Le coordonnateur de SOH-D-D-H estime que c’est à bon droit que les autorités dominicaines décideraient d’adopter des mesures visant à protéger les intérêts de leur pays. Il incombe dès lors aux responsables d’État haïtiens, renchérit-il, de relancer l’économie nationale par la création d’emplois durables au profit des plus pauvres.
Jeanmich83@yahoo.fr
Les relations haïtiano-dominicaines sont historiquement caractérisées par un flux migratoire considérable d’Haïtiens en République dominicaine. Avant le séisme du 12 janvier 2010, on estimait à plus de 500 mille le nombre d’immigrants haïtiens vivant dans la partie est de l’île, des illégaux pour la plupart. Les réalités d’ordre structurel et infrastructurel existant dans les zones frontalières alimentent ce phénomène. Mais la précarité des conditions socioéconomiques de la population haïtienne constitue, toutefois, les facteurs à prendre en compte pour saisir la complexité de la question migratoire.
L’émigration haïtienne vers la République dominicaine a depuis fort longtemps été motivée par l’économie florissante de la partie est de l’île. Ce fait est le produit d’une construction historique qui prit naissance avec l’occupation américaine de l’île en 1915. Les Américains organisèrent inégalement l’économie de l’île sur la base de la production sucrière : les infrastructures sucrières implantées en République dominicaine et les champs de canne en Haïti. Il s’ensuivit que les investissements américains à l’est s’élevèrent à plus de 70 millions de dollars tandis qu’à l’ouest ils flirtaient à peine avec les neuf millions.
L’État haïtien complice
L’attraction économique que représente la République dominicaine depuis cette époque a sans doute favorisé l’émigration des Haïtiens en République dominicaine. Cependant la gestion douteuse de l’État haïtien, de connivence avec les autorités dominicaines, a grandement contribué à cautionner cette relation de dépendance. Selon certains historiens haïtiens, la dictature des Duvalier a été caractérisée par des accords clandestins entre les deux États pour faciliter l’émigration d’un flux de travailleurs haïtiens vers les plantations dominicaines. Les autorités haïtiennes s’enrichissaient en conséquence par le biais de commissions au détriment des coupeurs de canne, tandis que se détérioraient les conditions socioéconomiques de la population haïtienne.
Aujourd’hui encore, la faillite de l’État haïtien est patente dans la cadre de cette affaire. L’absence de gardes frontaliers ainsi que le manque dénuement des policiers haïtiens est la pénible réalité observée sur la ligne frontalière haïtienne. Ce qui explique le passage clandestin d’un nombre important de travailleurs haïtiens non qualifiés en quête d’un mieux-être. Malpasse et Fond-Verrettes constituent les points de passage de prédilection de ces personnes : soit elles franchissent les montagnes, soit elles traversent le lac Azuéi sur de minuscules voiliers.
La présence massive d’Haïtiens en République voisine n’a jamais été bien vue ni par certains citoyens dominicains ni par leurs dirigeants. En témoigne le massacre de plus de 30 mille Haïtiens ordonné par le président dominicain Rafael Leonidas Trujillo dans les années trente. Cet épisode tragique et sombre dans l’histoire du peuple haïtien n’a cependant pas réussi à dissuader ce dernier notamment les masses défavorisées à s’établir à l’Est de l’île. Aujourd’hui encore, les organisations de défense des droits humains ne se lassent pas de dénoncer les multiples cas de violations des droits des Haïtiens enregistrés dans l’autre partie de l’île.
Une violation entraîne une autre
Et si les gouvernants haïtiens participaient à des violations systématiques des droits des Haïtiens en République dominicaine ? Cette interrogation n’est pas osée, au regard du traitement infligé par l’État à ses fils. À ce titre, le coordonnateur de « Solidarité haïtienne de défense de droits humains » (SOHDDH), M. Garrot Néré, prend en exemple le cas de Fond-Parisien, troisième section communale de Ganthier. Les habitants de Fond-Parisien, élevé au rang de quartier depuis le 9 octobre 1978, peinent jusqu’à date à obtenir de l’État haïtien leur reconnaissance en tant que citoyens.
Selon M. Néré, l’absence de tribunal de paix et de bureau d’État civil atteste l’inexistence de l’État dans ce quartier. En effet, explique-t-il, faute de ces deux entités, il y règne, d’une part, une grande impunité et chaque citoyen est libre de se faire justice si préjudice lui est porté. D’autre part, poursuit-il, de nombreux enfants âgés entre sept et dix ans ne sont pas reconnus par l’État haïtien. Ils ne possèdent pas d’acte de naissance. Ce qui, selon le coordonnateur, constitue une violation flagrante des droits du citoyen. Tout en se défendant de vouloir dédouaner les responsables dominicains, Garrot Néré émet l’idée selon laquelle une violation entraîne une autre. Alors l’État haïtien serait à la fois violateur et source des violations des droits de ses ressortissants en République dominicaine.
Monsieur Néré dit s’opposer à l’idée émise par certains faisant croire que les autorités dominicaines seraient animées de mobiles discriminatoires à travers ces nouvelles mesures. C’est le cas du sénateur Jean Tolbert Alexis et du député Patrick Joseph. Ce dernier a même souhaité une éventuelle fermeture de la frontière en guise de réponse appropriée.
Le coordonnateur de SOH-D-D-H estime que c’est à bon droit que les autorités dominicaines décideraient d’adopter des mesures visant à protéger les intérêts de leur pays. Il incombe dès lors aux responsables d’État haïtiens, renchérit-il, de relancer l’économie nationale par la création d’emplois durables au profit des plus pauvres.
Jeanmich83@yahoo.fr
Jean Michel Cadet
Source: Le Matin





