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Frantz Duval et le Nouvelliste, 30 ans de collaboration

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image La revue Inaghei Actuel célébrait son premier anniversaire en...1988 – avec Charlot Lucien, Lustin Muray Junior, Jackson, Claude Bernard Célestin, Monarque Germain et Wissel Piquant

Sa première publication, le 5 février 1985, est une lettre parue dans les colonnes du Nouvelliste en guise de réponse au Dr Carlo Désinor, grande plume du journal. Frantz Duval, 19 ans, à partir d’une rubrique de Désinor qui relève les fautes d'orthographe commises par un jeune élève, interroge le chroniqueur et la société haïtienne sur les carences du système éducatif de l’époque. De cette première lettre, resteront une amitié, l’habitude de passer au journal refaire le monde avec Carlo Désinor et quelques textes comme collaborateur du doyen de la presse haïtienne. Neuf ans plus tard, en 1994, Le Nouvelliste lui propose d’intégrer son staff comme journaliste. Proposition acceptée. En 2002, Frantz Duval devient salarié à plein temps au Nouvelliste. Une longue aventure qui continue…

Le rédacteur en chef du journal, Frantz Duval, fête cette semaine ses 30 ans de collaboration et de fidélité au Nouvelliste. Il se souvient de sa première publication comme si c’était hier. Elève de rhéto, Duval écrit au Dr Carlo Désinor à la suite d'un texte écrit sur un élève, une affaire de fautes d’orthographe. La lettre est publiée dans le numéro du 5 février 1985, dans la chronique de Désinor « De tout, de rien, voire de rien du tout ». Nous sommes en pleine dictature, l’audace de Duval est remarquée par le journal.

« Je me suis senti concerné parce que je fais beaucoup de fautes d’orthographe, mais aussi parce que je me disais que c’est trop facile de dire que les élèves sont nuls ou mauvais comme on continue à le dire encore, 30 ans plus tard », explique Frantz Duval depuis son bureau au troisième niveau du 198 de la rue du Centre. « Le problème, c’est l’école et non les élèves », insiste-t-il. 30 ans plus tard, ce débat soulevé dans sa lettre sur le niveau de l’enseignement est toujours d’actualité.

Le deuxième article de Frantz Duval, publié quelques mois plus tard dans les colonnes du plus vieux quotidien du pays, parle de l’Année de la jeunesse avec comme titre : « Ce que nous demandons. » L’article dresse un petit portrait de la jeunesse en 1985. Pour lui, chaque jeune a devant lui trois voies:
« 1)    Partir, la rue que prennent ceux qui ne croient plus en leur chance au pays.
   2)    Se laisser mener :  Boulevard qui suivent ceux qui veulent réussir à tout prix.
   3)    Se frayer un passage : sentier long et pénible.
 Dans le cadre de l'année internationale de la jeunesse, nous vous demandons de cesser de nous inculquer le désintéressement pour les choses du pays, le mal qui nous ronge et nous allons unir notre force à la vôtre dans un combat qui sera bien nôtre », écrivit Frantz Duval, élève de rhéto.

A en croire l’actuel rédacteur en chef du journal, ce n’était pas son rêve de devenir journaliste. « Je ne me destinais pas à une carrière de journaliste », affirme Frantz Duval. « Je ne pense pas qu’en 1985 il y a avait beaucoup de jeunes qui voulaient devenir journalistes. C’était risqué. Ce n’était pas une profession à la mode. Je n’avais pas ce but quand j’ai écrit à Carlo Désinor. Je voulais juste donner mon opinion. A l’époque, ce n’était pas courant que l’on donnât son opinion sur quelque chose. Quand la lettre est sortie, ça a eu beaucoup d’écho chez moi. On m’a interdit de continuer à écrire. Peut-être que c’est parce qu’on m'a interdit d'écrire en 1985 que je continue à écrire trente ans plus tard. »

Avant d’intégrer le journal comme employé, Frantz Duval dirige avec d’autres étudiants « INAGHEI actuel », la revue des étudiants de cette entité de l’Université d’Etat d’Haïti, l’Institut national d’administration, de gestion et des hautes études internationales, où il poursuit un cursus en relations internationales. « Nous sommes après 1986, Jean-Claude Duvalier n’est plus là, nous avons voulu faire une revue bien tenue à la suite de l’explosion de la liberté d’expression », souligne Duval qui, avec ses amis, suit des cours et des séminaires donnés, entre autres, sur les techniques de presse, animés par le professeur Wébert Lahens et d’autres enseignants. « On se rêvaient en presse spécialisée, on voulaient être des professionnels qui maîtrisent les arcanes du journalisme».

« Ensuite, j’ai été à l’Institut français en Haïti prendre des cours de journalisme et de communication prodigués par des professeurs français, poursuit FD. Edner Jean était de ma promotion. » La revue des étudiants de l’INAGHEI a tenu plusieurs années. Une exception dans le monde universitaire haïtien. « Ce fut une réussite. En termes de gestion et de contenu éditorial, dit-il. « Lustin Murray Junior, Monarque Germain, Claude Bernard Célestin, Hans Denis, Charlot Lucien, Blanc Garoute et d’autres font de leur mieux pour tenir haut la barre. Trente ans plus tard, de près ou de loin, excepté les disparus, les anciens d’INAGHEI-Actuel sont toujours dans le domaine ou en communication.»

En 1994, le Dr Carlo Désinor et le directeur du journal, Max Chauvet, proposent à Frantz Duval d’intégrer Le Nouvelliste comme journaliste. Particulièrement comme responsable de la page économique du journal. Proposition acceptée. Duval se rappelle son premier article paru en une du journal « Pour une foi, les choses sont clairement dites ». Dans ce papier, l’auteur décrit le franc-parler du Premier ministre Smarck Michel. « En Haïti, c’est rare qu’on dise que la situation économique est difficile. On préfère toujours nous vendre l’espoir, Smarck Michel avait donné l'heure juste », fait remarquer celui qui trouve très vite sa place dans la rédaction du journal. Anaïse Chavenet, secrétaire de rédaction, lui tient la main, Daly Valet, Evens Dubois, Gaillot Joseph sont ses confrères de l’époque avec de plus anciennes plumes du journal.

Partir très vite, revenir à plein temps

Frantz Duval est parti très vite. Quelques mois plus tard, feu Georges Anglade, ministre des TPTC d’alors, lui propose un poste au sein de son cabinet particulier audit ministère. « Anglade vint au journal et l’accord fut qu’un jour lui, Anglade, intégrera le staff du Nouvelliste. Ce sera chose faite quelques années plus tard. Cette sortie négociée me permit de ne jamais perdre contact avec le journal », souligne Duval. « J’ai créé Haïti info Presse, qui, pendant plusieurs années, s’occupera des pages économiques du Nouvelliste, réalisées ailleurs, mais intégrées au journal. (…) J’ai passé, de 1995 jusqu’à 2002, à travailler pour Le Nouvelliste, sans être au Nouvelliste.»
Pendant cette période, celui qui publie en 1998, « Treize ans dans le siècle du Nouvelliste », un recueil de ses articles, intègre le cœur qui organise les événements du Nouvelliste. La nouvelle vie de Livres en folie dès 1999, la création de Musique en folie en 2000, portent un peu son empreinte. Duval collabore avec Max Chauvet de plus en plus. Il seconde comme il peut Carlo Désinor puis Pierre Manigat Jr, deux rédacteurs en chef du journal sous les ordres de qui il travailla.

Le grand tournant, c’est sans nul doute 2002. Frantz Duval revient travailler comme salarié au Nouvelliste. « Pierre et Max Chauvet, les propriétaires du journal, m’ont fait une proposition que je ne pouvais pas refuser. J’arrête Haïti info Presse et j’arrête de travailler dans l’administration publique (j’étais directeur général du ministère des Haïtiens vivant à l’étranger). En octobre de la même année, Ticket Magazine est lancé. Max Chauvet me confie la direction de la première publication autonome du Nouvelliste. Ticket aura dans ses belles années plus d’abonnés et plus de lecteurs que Le Nouvelliste », explique, encore fier, le toujours directeur de publication de Ticket, même si l’engouement pour le magazine s’est estompé avec les médias sociaux et les smartphones.

Pour FD, Ticket Magazine, les Tickettes, la Fête du cinéma et autres événements organisés par Ticket restent « les plus belles réussites de sa carrière ». Mais c’est le journalisme qui lui laisse son plus mauvais souvenir à cause du plus extraordinaire article qu’il n’ait peut-être jamais écrit dans les colonnes du Nouvelliste. Son titre : « Le rire de l’ambassadeur ».

Duval participe à une conférence à l’hôtel Montana, organisée par le Centre pour la libre entreprise et la démocratie (CLED). Il écrit un article où il rapporte une situation qui s’est produite dans la salle quand quelqu’un a parlé du laboratoire qui créait les crises en Haïti. « Le mot laboratoire à l’époque faisait référence à une expression très à la mode du Premier ministre Yvon Neptune », précise celui qui occupe aujourd’hui le fauteuil de rédacteur en chef du journal. « J’ai vu rire quelqu’un dans la salle au mot laboratoire. Pour moi, c’est l’ambassadeur américain Bryan Dean Curran ». Et l’article, un très bel article, précise son auteur, sort le lendemain en une du journal. FD y raconte avec force images ce qui s’est passé. Le journal reçut un appel, puis deux, puis trois, pour dire que l’ambassadeur n’était pas au Montana à cette conférence et la catastrophe s’enclencha.

« Effectivement, l’ambassadeur américain n’était pas présent, c’était une erreur capitale », explique Frantz Duval qui en rit encore jaune.
 
« C’était un très bon article, bien écrit, mais il était bâti sur une fausse information», témoigne FD. « Tout le monde a ri. On a ri, mais c’était embarrassant. Il a fallu faire un démenti dans la soirée, présenter nos excuses à l’ambassade car l’article était à la Une du Nouvelliste. C’était vraiment un moment particulier.»

Ne pas choisir le métier de journaliste comme passe-temps

Aujourd’hui, Frantz Duval, entouré de portraits de ces devanciers dont Oswald Durand, Léon Laleau ou Lucien Montas, travaille au Nouvelliste comme rédacteur en chef à plein temps. Il occupe ce poste depuis mars 2010. Parallèlement, il dirige Magik 9, Visa FM et Ticket Magazine. Il est journaliste vingt-quatre heures sur vingt-quatre avec une présence effective derrière un micro ou un écran d’ordinateur de plus de 18 heures certains jours. « Je ne fais que mon travail de journaliste. Lire et discuter sont mes sports favoris, pour ne pas dire les seuls que je pratique avec la levée de fourchette », ironise celui qui, gourmet et gourmand, dépasse les 250 livres.

30 ans plus tard, il voit des jeunes de plus en plus nombreux investir le métier. Des jeunes qui, selon lui, représentent l’avenir mais en même temps le problème de la profession « parce qu’ils ne se donnent pas le temps d’apprendre ou refusent de passer par l’apprentissage requis ». Frantz Duval conseille à ces derniers « de se former continuellement, de donner le meilleur d’eux-mêmes, de ne pas prendre le métier de journaliste comme un passe-temps, mais de l’exercer avec honnêteté, curiosité, envie et passion ».

« Faites bien ce que vous avez à faire », conseille Frantz Duval, « vos efforts seront toujours reconnus». « Il y a toujours de la marge, on peut toujours faire mieux que ses aînés. Ceux qui arrivent aujourd’hui au Nouvelliste, j’espère qu’ils feront mieux que moi demain. C’est la seule façon de continuer à avancer.»

Dans les murs du journal vieux bientôt de 117 ans, Duval s’inscrit dans une tradition : passer en laissant une trace, la moins encombrante que possible. « Le Nouvelliste est un héritage qui se transmet et qui vous transforme », croit celui qui a franchi la porte du journal pour la première fois il y a trente ans, une petite lettre en main et la conviction qu’il avait quelque chose à dire, à partager.

Pierre-Raymond Dumas, Gary Victor, Roland Léonard, Raphaël Féquière étaient déjà dans les couloirs du journal en ce temps-là. Certains sont partis vers d'autres horizons, d'autres sont morts, il y a beaucoup de nouveaux visages, «l'histoire du Nouvelliste continue de s'écrire et j’ai un journal à finir», lâche Duval dans un grand rire pour mettre un terme à l’entretien.

Valéry Daudier Source Le Nouvelliste



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