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Evans Paul: «Il y a une psychose de peur... Nous avons fait appel à l'Onu»

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image Le Premier Ministre Evans Paul

Le Premier ministre Evans Paul n’entend pas baisser pavillon face à l’Etat dominicain. Le chef de la Primature a une nouvelle fois dénoncé le double langage et l’indifférence des autorités dominicaines à qui il impute la responsabilité de la fuite vers Haïti des milliers de migrants haïtiens cette semaine. Il continue de réclamer l’établissement d’un pacte sur le rapatriement des migrants haïtiens, annonçant que l’Etat haïtien a déjà saisi le secrétariat général des Nations unies sur le dossier des migrants, particulièrement sur les cas d'apatridies.

Evans Paul, calme et serein, a rencontré à sa demande sept journalistes ce jeudi. L’occasion pour le Premier ministre de revenir sur la crise provoquée par le retour en Haïti de plusieurs milliers de ressortissants haïtiens. Le chef du gouvernement affirme une fois de plus que le pays est prêt à recevoir ses ressortissants mais en ce qui concerne les gens nés dominicains, il entend formellement faire appel aux organismes internationaux compétents.

« Nous ne pouvons pas gérer ce dossier au niveau binational. L'apatridie dépasse la compétence du gouvernement haïtien. Nous devons coûte que coûte nous référer aux instances internationales », a déclaré le chef du gouvernement, qui a rencontré les représentants de la presse internationale accrédités en Haïti et le quotidien Le Nouvelliste à la Primature.

« Il est question de migrants, pour la plupart de Dominicains. Ce sont pour la plupart des enfants nés en République dominicaine qui n’ont aucune identification, a fait savoir le Premier ministre, droit dans ses bottes. Nous avons déjà fait appel à la communauté internationale pour nous aider à traiter ces cas, a dit le chef de la Primature qui confie avoir lui-même rencontré des groupes de rapatriés. Les Dominicains utilisent des subterfuges pour faire un amalgame entre nationalité et race. Comme si tous ceux qui ont la peau noire sont haïtiens, même si la personne est née sur le territoire dominicain ».

Il informe plus loin que le ministre de l’Intérieur, Ariel Henry, a envoyé une correspondance formelle au représentant adjoint du secrétaire général adjoint des Nations unies chargé des questions d’ordre humanitaire. Le gouvernement a déjà tenu plus d'une dizaine de rencontres avec les représentants des agences onusiennes en Haïti, dont le Haut-Commissariat des Nations unies pour les réfugiés (HCR) et l’Organisation internationale pour les migrations (OIM).

Plus loin, le Premier ministre a critiqué l’attitude des autorités dominicaines qu’il accuse d’utiliser un double langage. En dépit des critiques suscitées par ses récentes sorties, Evans Paul persiste et signe.  « Ce que j’appelle un double langage ce n’est pas une invention de Evans Paul, c’est un constat qu’il y avait double langage. Double langage vécu et connu publiquement.

Dans un franc parler, le Premier ministre explique qu’il y a eu d’un côté la position exprimée par le ministre des Affaires étrangères de la République dominicaine, Andrés Navarro.  Dans ses rencontre avec les autorités haïtiennes, « il disait qu’il n’y aurait pas de rapatriement massif mais dans un ton qui pourrait vouloir dire qu’il n’y aura pas de rapatriement du tout. Il était même question d’un moratoire de 45 jours à partir du 17 juin. Puis on entend le ministre de l’Intérieur de la République dominicaine, José Ramon Fadul, un général qui a dit autre chose», a rappelé Evans Paul.

« Alors à ce moment, il y a le constat d’un double langage. C’est un constat, c’est palpable qu’il y a vraiment un double langage, a martelé le Premier ministre dont les propos ont fait la une des journaux dominicains ces derniers jours. Maintenant face à cette situation, on comprend que l’Etat haïtien se retrouve dans une position difficile ».

Face à ceux-là qui veulent lui rappeler ses accointances dans la classe politique dominicaine, le Premier ministre a répondu sur un ton ferme: « En tant que Premier ministre, je fais la différence entre la personne Evans Paul qui compte beaucoup d’amis en République dominicaine et même au sein du gouvernement de la République dominicaine et le Premier ministre ». Evans Paul, qui paraissait détendu, a poursuivi en martelant, « j’ai beaucoup d’amis, à tous les niveaux, au plus haut niveau, mais je suis d’abord haïtien et Premier ministre haïtien. Mon rôle et mon devoir sont de défendre les intérêts d’Haïti et c’est pour cela que je suis là. Que je sois Premier ministre ou pas, je suis d’abord haïtien.»

Depuis la fin du Plan national pour la régularisation des étrangers, l’ancien leader du KID est plus que jamais au-devant de la scène. Evans Paul, en homme-orchestre, critique, planifie et prend quasiment la direction de la diplomatie haïtienne dans cette nouvelle crise avec l’Etat voisin. Abordant le retour de plusieurs milliers de migrants haïtiens ces derniers jours, le chef du gouvernement n’a pas épargné ses homologues dominicains. Dans les propos de Evans Paul, il est clair que les Haïtiens sont partis parce que les Dominicains ont créé une atmosphère de peur pour les chasser de leur pays.

« C’est parce qu’il existe un problème que les Haïtiens partent. Il existe une psychose de peur en République dominicaine. Parce qu’il y a une propagande, il y a des pressions, une insécurité, une violence qui existe, a martelé Evans Paul sous les regards des membres de son cabinet et du ministre de la Communication, Rotchild Francois Junior. Que cette psychose soit organisée par des agents du gouvernement ou des personnes à la solde du gouvernement ou des personnes travaillant pour le gouvernement, les victimes ce sont les Haïtiens ».

Autant qu’il est ferme dans ses critiques envers le pays voisin, le Premier ministre admet qu’il fait face à la responsabilité d’assumer les errements, les failles de l’Etat haïtien dans la gestion de ce dossier dont il a reconnu la complexité. Il a assumé ne pas être en mesure de contrôler la frontière et les flux de population qui y transitent. Ce qui remet en question les chiffres avancés ces derniers jours. Il concède également le manque de résultat de la réponse gouvernementale à l’arrivée des premiers rapatriés cette semaine. C’est un Evans Paul remonté contre les Dominicains et ne disposant pas des moyens de sa politique qui s’est adressé aux médias.

Face à cette situation, le Premier ministre s’est contenté de présenter les propositions de son gouvernement pour protéger le droit de ses ressortissants. En tout premier lieu, Haïti demande que les rapatriements respectent les conventions internationales. Le gouvernement projette ensuite d’améliorer la capacité d’accueil du gouvernement. Troisièmement, le gouvernement se fixe pour objectif d’établir une politique réelle de réinsertion des rapatriés. Toute la discussion avec la République voisine est autour de l’élaboration d’un protocole de rapatriement, a fait savoir le chef de la Primature. Un protocole qui va devoir attendre car Il n’y a pas vraiment de dialogue concret pour le moment entre les deux pays, a confirmé Evans Paul.

Dans le cadre de ce protocole, le gouvernement demande aux Dominicains de préciser certains éléments clés, dont les lieux d’accueil des rapatriés.  Il s’agit de choisir deux points d’accueil parmi les quatre points de passage officiels que sont  Malpasse, Ouanaminthe, Belladère et Anse-à-Pitre. « On a demandé que ce soit Malpasse et Ouanaminthe et dans les relations de bon voisinage, ça peut se faire, a dit Evans Paul. Ce qui permettrait à l’Etat haïtien de mieux organiser l’accueil de ces gens. Il est difficile pour le gouvernement d’organiser l’accueil dans les 141 points de passage de la frontière». Sur ce point le Premier ministre a saisi l'occasion pour lancer un autre pique contre les Dominicains qui, selon lui, « utilisent les points les moins fréquentés, les plus reculés, pour des raisons de visibilité. Je pense que cette attitude n’est pas correcte. On pourrait faire autrement », a-t-il insinué.

Le Premier ministre a profité de cet échange avec les journalistes pour démentir des informations laissant croire qu’il a appelé à la fermeture des frontières contre les produits dominicains. Il n’exclut pas la possibilité de recourir à cette mesure. « Normalement, il y a des Haïtiens qui demandent qu’on arrive à ces mesures, mais ce n’est pas encore la position du gouvernement. On ne saurait agir de manière émotionnelle face à une décision aussi capitale », a dit le Premier ministre.

Louis Joseph Olivier Le Nouvelliste



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