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Insécurité alimentaire : des assiettes qui gémissent

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Haïti est en état d’insécurité alimentaire. C’est ce qu’a confirmé Garry Mathieu, directeur du Conseil national de Sécurité alimentaire. Le niveau de cette insécurité est estimé à 38%. Elle concernerait environ quatre millions d’Haïtiens, dont un million se trouve dans un état d’insuffisance élevée ou chronique. La première des manifestations de ce phénomène est la malnutrition.

Lorsqu’une personne ne dispose pas de nourriture nécessaire ou n’a pas les moyens de s’en procurer, elle est en état d’insécurité alimentaire. La pauvreté estimée à plus de 60% en Haïti contribue à empirer un peu plus la situation de précarité qui y règne. En effet, environ 60% de la population ne dispose pas de revenus nécessaires pour satisfaire leur besoin nutritionnel.

La crise politique qui sévit actuellement dans le pays influe également sur la situation. Car, malgré les efforts du gouvernement, les investisseurs ne se manifestent toujours pas, il n y a donc ni investissements, ni création de richesse.

La récolte du printemps faisait espérer une réduction de la situation d’insécurité alimentaire. Cette saison de récolte est ratée à près de 50%, explique Garry Mathieu. Beaucoup de gens en milieux ruraux ont perdu leur production ce qui accentue encore un peu plus le problème. De plus, avec le passage du cyclone Isaac, la situation a un peu dégénéré, notamment dans le sud-Est et sur l’île de la Gonâve.

Parmi les autres facteurs qui contribuent à aggraver la situation, se compte l’augmentation des prix sur le marché international. Haïti, étant un grand importateur de produits alimentaires, subit toutes les fluctuations de prix sur le marché international. Elle fait donc face à une inflation importée. Plus de 50 % des produits destinés à la consommation interne, proviennent de l’extérieur. La sécheresse dans certaines régions du globe ainsi qu’en Haïti favorise l’augmentation des prix.

François Anick Joseph, sénateur de l’Artibonite, avait récemment souligné la grande dépendance du pays vis-à-vis de l’extérieur. Le pays consomme, avait-t-il dit, environ 400 mille tonnes de riz, alors qu’il n’en produit qu’entre 50 et 75 mille tonnes.

Pistes de solution…

S’il est vrai que la situation atteint en certains endroits le seuil critique, il n y a toutefois pas de famine en Haïti, a fait remarqué M. Mathieu. Sur l’échelle de sécurité alimentaire il y a cinq étapes : l’état de sécurité alimentaire ; le stress, qui est le moment où la nourriture commence à manquer ; la crise, qui coïncide avec l’augmentation du taux de malnutrition, à cette phase, la nourriture et l’argent manquent terriblement ; l’urgence humanitaire, qui est le moment où les gens commencent à mourir à cause de la malnutrition ; et en dernier lieu, la famine. Il n y a alors plus rien à manger. Il existe des poches de famine dans le pays, mais, le spécialiste a souligné que c’est une situation qui est loin de se généraliser dans son ensemble au pays.

La solution au problème, serait d’abord de rendre disponible la nourriture pour les gens, puisque l’insécurité alimentaire est d’abord et avant tout, un problème lié à l’absence de nourriture et d’argent. Il y a des régions ou il existe une certaine production. Alors Mathieu invite à les acheter et les redistribuer. La constitution de stocks stratégiques compte parmi les solutions à envisager. Ils permettront au pays de tenir environ 3 à 6 mois, lors des flambées de prix sur le marché international.

La distribution de coupons alimentaires en lieu et place d’une aide alimentaire, serait une autre piste à explorer. Les détenteurs des coupons seraient orientés vers des lieux où il y a des produits locaux, pour éviter de détruire le commerce. La création d’emplois dans les zones rurales et la création d’emplois à haute intensité de main d’œuvre peut aider les gens à disposer de revenus selon Garry Mathieu. Les travaux qui seront réalisés dans le cadre de la création de ces emplois, doivent être utiles et doivent s’inscrire dans le cadre d’un « humanitaire durable », une manière de s’assurer que les capitaux investis restent et servent la population sur le long terme.

Pour combattre la sécheresse qui est un obstacle à la production agricole, Garry Mathieu préconise d’investir dans l’irrigation et de procéder à l’hydraulique des mornes. Le gouvernement évitera ainsi, avance-t-il, que l’agriculture ne dépende pas trop des saisons pluvieuses.

En ce qui a trait aux programmes du gouvernement (Aba grangou, Ti manman cheri etc.) comme palliatif à ce mal qui ronge une partie de la population, le titulaire du CNSA estime qu’ils sont encore à une phase pilote. « Les bénéficiaires ne sont pas énormes, par conséquent les retombées ne sont pas visibles ». Il faut, soutient-il, qu’ils se transforment rapidement en programmes nationaux.

Haïti accuse un retard important par rapport à ses voisins de la région. Si certains ne sont pas de grands producteurs de produits alimentaires, ils pallient cette carence en permettant aux éléments de la population de disposer de revenus leur donnant accès à une alimentation équilibrée. Haïti fait face à un taux de pauvreté élevé. Le salaire minimum déjà trop faible d’après l’économiste, contribue à empirer la situation.

Lionel Edouard

doulion29@yahoo.fr

Source: Le Matin
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