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LAMOTHE ATTAQUE

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Le premier ministre Laurent Lamothe a fait une grave révélation vendredi au cours de sa visite au bureau de douane de Malpasse, ville frontalière avec la République dominicaine voisine.
Oyez plutôt : ‘Malgré une augmentation sensible du flux de marchandises en 2011-2012, les recettes de la douane de Malpasse ont considérablement baissé par rapport à 2010-2011. D’une moyenne mensuelle de 180 à 200 millions de gourdes en 2010-2011, les recettes ont atteint (seulement) une moyenne de 120 millions en 2011-2012.’
Donc l’arrivée au pouvoir du président Michel Martelly, le 14 mai 2011, a vu une plongée des recettes douanières. Autrement dit une remontée en force de la contrebande. Est-il besoin de commentaires !
C’est le chef du gouvernement lui-même qui le dit. En même temps que c’est lui qui, depuis son installation le mois dernier, a déclaré la guerre aux contrebandiers comme une de ses priorités.

Un homme en mission …
Le communiqué du bureau du premier ministre (ou Primature) poursuit : ‘Cette visite du Premier ministre au bureau de la douane de Malpasse traduit sa volonté de poursuivre sa croisade contre la contrebande, la corruption et la fraude qui constituent des obstacles majeurs au développement d’Haïti.’
De plus en plus on perçoit le premier ministre Lamothe comme ce qu’on appelle un ‘homme en mission.’
Immédiatement après son arrivée à la Primature en mai dernier, il réglait la question des soi-disant ‘militaires démobilisés’ mais qui sont majoritairement âgés d’à peine 20 ans - pour une dissolution de l’appareil militaire survenue depuis 1995.
Le président Michel Martelly qui leur avait fait la promesse de reconstituer l’armée, s’était fourvoyé.
Lamothe a tranché la question en moins de deux. La police nationale, secondée par la mission de casques bleus de l’ONU, est intervenue et a repris possession des camps militaires.

Récupérer les recettes de l’Etat …
La semaine dernière, le premier ministre était à Washington en visite semi-officielle. On a parlé aide et développement.
Dès son retour, il a montré les couleurs. La lutte contre la contrebande va s’accélérer. Il faut récupérer les recettes de l’Etat.
Ce n’est pas tous les jours qu’on entend un des hommes forts d’un pouvoir (ils sont deux : le président Martelly et le premier ministre Laurent Lamothe, car la première dame qui semble aussi avoir de l’influence n’est cependant pas un officiel gouvernemental selon la Constitution en vigueur) déclarer publiquement que son propre gouvernement est hanté par des contrebandiers.

Lamothe joue le destin du pouvoir actuel …
Le chef du gouvernement joue gros. La guerre contre la contrebande (qui a toujours été la principale source d’enrichissement de plus d’un et non des moindres) peut se révéler plus ardue que l’écrasement (ou plutôt la mise sous contrôle) du mouvement des militaires démobilisés.
Lamothe joue probablement ici le destin du pouvoir en place.
A Washington et New York la semaine dernière il était venu expliquer le plan du gouvernement pour relancer la croissance économique.
Les autorités américaines en ont profité pour fixer aussi leurs conditions. C’est du donnant-donnant.
Après la question des militaires démobilisés (Washington ne voulant pas un retour aux forces armées d’Haïti qui se sont révélées avant leur dissolution la principale base des cartels de drogue sud-américains dans notre pays), le prochain point à l’agenda c’est refaire les finances publiques. Si Haïti veut retrouver son crédit auprès des institutions bancaires internationales, elle doit commencer par diminuer la part apportée par ses bailleurs dans le budget national (autour de 80% pour le seul budget de fonctionnement). Cela en récupérant d’abord ses recettes douanières qui disparaissent par la contrebande et la corruption.

Le seul PMA du continent …
Cependant au regard des institutions de financement, Haïti est régi par un statut de PMA, pays en faillite, pays assisté. Pays qui a perdu son crédit.
Pour se libérer de cette tutelle, le pays doit coûte que coûte commencer à se refaire une certaine santé financière. D’abord renflouer la caisse publique pour devenir moins esclave de la manne internationale. Et dans une seconde étape : produire.
Comment demander aux Haïtiens de subir actuellement une quelconque cure d’austérité, comme on le fait par exemple de la Grèce. L’Haïtien moyen n’a déjà plus que la peau et les os.
Par contre le gouvernement peut et doit mettre fin au vol des deniers publics.
Même si ce n’est pas sans danger. Comme disent les vieux : il y a mort d’homme !
Et de plus, en commençant par faire le ménage dans sa propre maison, si l’on se réfère au communiqué du bureau du premier ministre selon lequel les recettes douanières sont tombées pendant la première année de la présidence Martelly de ‘180 à 200 millions de gourdes mensuellement en 2010-2011 à 120 millions en 2011-2012.’
Un trou de 60 à 80 millions de gourdes par mois. Et rien qu’à la douane de Malpasse !

Les marchés binationaux ( ?) …
Pas étonnant que le premier ministre Lamothe ait manifesté également l’intention de son gouvernement de réglementer les marchés binationaux.
Il s’agit des points d’échanges à la frontière avec nos voisins Dominicains.
Les deux plus importants sont Malpasse-Jimani, à moins de deux heures en voiture de la capitale, Port-au-Prince, et le marché de Ouanaminthe-Dajabon, dans le Nord-Est du pays. Celui-ci plus à l’abri des regards indiscrets !
Il en existe d’autres : Belladère-Elias Piña, Thomassique-Banica, Anse à Pitres-Pedernales, mais plus modestes en volume.
Or au fur et à mesure que les producteurs du pays voisin choisissaient Haïti pour cible principale (nous sommes aujourd’hui le second partenaire commercial de la République dominicaine après les Etats-Unis), lesdits marchés binationaux ont davantage gagné en importance.
Aux derniers chiffres, les exportations dominicaines vers Haïti sont passées en un peu plus de dix ans de 60 millions de dollars américains (en l’an 2000) à 1 milliard, projection pour 2012.
Tout cela entrant par les portes frontalières.
En même temps aussi la production agricole haïtienne se réduisait à une peau de chagrin. Tout le monde trouvant son compte dans le nouvel ordre : aussi bien l’importateur haïtien qui submerge le pays de produits moins chers que ceux de fabrication locale - que l’Etat haïtien qui se contente d’empocher en passant les taxes. Sans penser aux conséquences de cette politique de fuite systématique devant nos responsabilités.

Réactions immédiates dans El Nacional …
Un ordre dont ce sont nos seuls voisins qui en imposeront finalement (et fatalement) les règles.
D’ailleurs au lendemain même de la déclaration du premier ministre Lamothe, le journal dominicain El Nacional rapporte sous le titre ‘Grave erreur’ (22 juin 2012) : Lamothe veut fermer les marchés binationaux et affamer le peuple haïtien !
D’autre part il importe de souligner que les Haïtiens ne sont pas les seuls à profiter de la contrebande.
Celle-ci a joué depuis toujours dans les deux sens. Qui dit frontière, dit contrebande. Et ce depuis la colonie de Saint Domingue. L’Espagne d’un côté (la partie de l’Est), la France de l’autre. Les futurs Dominicains, gardiens de chevaux. Et nous, le royaume du sucre, la Perle des Antilles.
Lamothe ne doit non plus ignorer que, contrebande pour contrebande, nos voisins ont certainement le bras plus long.
Pour finir ce ne sont pas quelques dizaines de millions de gourdes récupérés sur la contrebande qui vont véritablement faire la différence que la relance de notre production nationale par où que c’est le plus évident : la production agricole.
Et empêcher que celle-ci ne fuie en contrebande par la frontière dans l’autre sens. Comme le cacao haïtien acheté directement de l’agriculteur haïtien pour les usines de transformation dominicaines branchées directement sur l’Europe.
Non, définitivement ce n’est pas une guerre sans danger. Ni de tout repos. Mais elle vaut la peine.

Haïti en Marche

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