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Laurent Lamothe : encore très loin de la « primature »

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Moïse Jean Charles poursuit son offensive au cœur du pouvoir. Quatre des personnalités pointées dans le cadre de l’enquête sur la double nationalité sont déjà tombées dans les filets de la commission. Aujourd’hui, tous les regards sont tournés vers le Premier ministre désigné, Laurent Lamothe. Moïse Jean Charles informe que celui-ci détient la double nationalité et tente par tous les moyens de bloquer le rapport de la commission de ratification.

Le président Martelly l’aurait avoué lui-même, lors d’une rencontre avec des parlementaires, suite au rejet du choix de Daniel Gérard Rouzier. Ce fut, d’après M. Jean Charles, la raison pour laquelle M. Lamothe n’a pas été choisi plus tôt. À cette rencontre, affirme l’élu du Nord, Rodolphe Joazile et Sorel Jacinthe, qui furent alors respectivement président du Sénat et de la Chambre des députés, étaient présents. Éviter le pire est aujourd’hui le souhait de toutes les couches sociales. L’absence de compromis entre les trois pouvoirs, compte tenu de la crise qui sévit, peut-être préjudiciable à la nation. L’heure est grave. Garry Conille s’est retiré de la primature. Si les accusations de M. Jean Charles s’avéraient fondées, il risquerait d’y avoir deux étrangers au plus haut sommet de l’État. Attendons voir.

Avec les irrégularités signalées dans le dossier de M. Lamothe, sa ratification n’est vraisemblablement pas pour demain. Entre-temps, le 14 mai approche à grand pas. Les opposants sont sur le qui-vive. « Nous attendons les conclusions du rapport pour voir si les commissionnaires auront le culot de rendre un rapport favorable à M. Lamothe », a martelé Moïse Jean Charles. L’élu du Nord, qui estime que le dossier de la double nationalité du Premier ministre désigné est loin d’arriver à terme, invite celui-ci à apporter les pièces manquantes afin de permettre à la commission de statuer rapidement sur son cas.

Bataille de commissions…
Les attaques frontales de Moïse Jean Charles, président de la commission sénatoriale d’enquête sur la nationalité, contre son homologue Rodolphe Joazil de la commission de ratification témoignent de la tension qui règne autour du dossier du Premier ministre désigné. Bien que le sénateur Joazile ne se rappelle pas les déclarations de M. Martelly, en ce qui a trait à la nationalité de M. Lamothe, lors de cette fameuse rencontre, il doit quand même tenir compte des dénonciations de M. Jean Charles. Les deux commissions sont liées. Le sénateur du Nord estime que le dossier de la nationalité du candidat à la primature ne peut être évacué avant que lumière soit faite sur sa citoyenneté.

Ce dossier se corse un peu plus avec les révélations du député de Delmas-Tabarre, Arnel Bélizaire. La ministre démissionnaire du Tourisme, Mme Stéphanie Balmir Villedrouin, aurait elle aussi double nationalité. Elle aurait l’habitude de voter aux élections américaines, selon Arnel Bélizaire. Elle aurait également remis à la commission d’enquête un passeport qui comporterait trois visas : américain, canadien et français.

Suite à ces révélations, Moïse Jean Charles crie au scandale et appelle les autorités judiciaires, notamment le commissaire du gouvernement, à prendre toutes les dispositions afin de sévir contre les faussaires qui alimentent les autorités en faux papiers.

Conille : un retrait embarrassant
Le retrait de Garry Conille a envenimé un peu plus la situation. Il porte au grand jour les turbulences qui secouent l’exécutif. Cette décision est regrettable, estime Simon Dieuseul Desras, président du Sénat. Marginalisé et humilié, le séjour à la primature de celui qui devait amorcer le changement promis par le chef de l’État a vite pris un tour dramatique. Des dispositions doivent être prises pour éviter le vide institutionnel, soutient Desras. Avec M. Conille, tout le cabinet ministériel devrait également s’en aller.

Existe-il des exceptions ?
La Constitution ne prévoit rien pour la situation que le pays est en train de vivre. Bien qu’avec Rosny Smart un cas pareil ait déjà été répertorié, aucune correction n’avait toutefois été apportée. Ce vide risque donc de durer, d’autant que le Sénat n’entend nullement accélérer le processus de ratification afin de doter le pays d’un nouveau Premier ministre. « Nous n’avons aucune responsabilité dans cette situation de vide », a tenu à rappeler le président du Grand Corps, arguant que ce n’est pas le Parlement qui a poussé M. Conille à démissionner. « Nous prendrons le temps qu’il faut et ferons preuve d’objectivité », a-t-il indiqué.

Ce vide institutionnel serait une situation voulue et provoquée, a poursuivi Simon Dieuseul Desras. Avec le départ de M. Conille, un des ministres devrait jouer le rôle de Premier ministre a. i. Toutefois, cela aurait des incidences graves. Avec ce hyperprésidentialisme de fait qui s’est installé, ce plan, abject aux yeux de plus d’un, peut entraver un peu plus la démocratie naissante. Celui qui sera aux commandes ne pourra prendre certains engagements pour le pays. Et, contrairement à ce que prévoyaient ceux qui avaient concocté ce plan, M. Desras prévient qu’ils n’auront pas le champ libre. « Ils devront rendre des comptes après. Celui qui jouera ce rôle doit être prudent », a-t-il prévenu.

La population est perdue dans ce mélange indigeste composé de nationalité, identité de personnalité publique et politique. Le Sénat entend enfin agir en sage, selon William Jeanty. Le Grand Corps serait en train de réfléchir sur la nouvelle orientation à donner au pays afin de le sortir de cette situation de crise. Cette nouvelle disposition semble avoir l’aval de tous. Toutefois, elle ralentira un peu plus le processus de ratification de Laurent Lamothe. D’ici là, le pays risque de s’enliser un peu plus dans la crise et rater pas mal d’opportunités.

Lionel Edouard
doulion29@yahoo.fr

Source: Le Matin
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