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Lamothe face aux obstacles du Sénat

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Laurent Salvador Lamothe entre dans l’arène. La bataille s’annonce difficile. Conflits au plus haut sommet de l’État. Insécurité grandissante. Frictions entre le Parlement et l’exécutif. Voilà le contexte dans lequel sa ratification va se dérouler. La majorité Inite-Lavalas-Martelly au Sénat a explosé. Joseph Lambert, le général tout-puissant, a été rétrogradé. Il n’a plus le même pouvoir de mobilisation et de contrainte. Peut-il, malgré tout, paver le chemin de la primature à M. Lamothe ?

La réponse à cette question ne devrait pas tarder. Les obstacles au Sénat sont toutefois nombreux pour l’actuel chancelier. Les querelles entre Sorel Jacinthe et certains proches du pouvoir ne vont rien arranger. Rappelons que l’ancien président de la Chambre des députés a été investi du titre de porte-parole de la plateforme à cinq feuilles, qui détient le plus grand nombre d’élus au Sénat. Les jeux se corsent donc. D’autant que Levaillant Louis Jeune qui a succédé à M. Jacinthe à la tête de la Chambre basse est un opposant farouche au chef de l’État qu’il accuse continuellement de vouloir instaurer une dictature dans le pays.

Mais il existe des éléments sur lesquels M. Lamothe peut compter pour amener Inite à la table de dialogue. Un des premiers a été agité par M. Martelly. C’est l’amendement de la Constitution. Le chef de l’État se dit favorable à sa publication. Laquelle position revient toujours sur le tapis, chaque fois que le processus de ratification d’un Premier ministre est enclenché. Vu qu’Inite qui assurait la présidence de l’Assemblée nationale, avec les sénateurs Rodolphe Joazil et Sorel Jacinthe, qui furent respectivement président et vice-président de cette assemblée y tient, c’est donc une bonne monnaie d’échange.

Le verbe de Youri Latortue jouera peut-être également un rôle important dans la phase « technique » des débats. Si, toutefois, la politique ne s’impose pas dès l’entrée en matière. Les alliés semblent manquer à M. Lamothe qui va devoir s’atteler non seulement à constituer sa majorité, mais également à convaincre les éternels opposants de l’Alternative. En tout cas, Evans Paul, porte-parole de l’Alternative, se dit déjà défavorable à une éventuelle participation de sa plateforme au prochain gouvernement. Les arguments risquent donc de manquer à M. Lamothe.

Le dossier des « contrats bidon » passés par Jean Max Bellerive risque également de réduire un peu plus la marche de manœuvre de M. Lamothe. En effet, les parlementaires de l’Alternative et leurs alliés se sont toujours montrés très acides face à la Loi d’urgence qui a initié ce que Jean William Jeanty, sénateur des Nippes, appelle « un vaste désordre ». Ces contrats qui ont reçu pour la plupart, selon M. Bellerive, l’aval du président Martelly figureront également au menu des débats.

Par ailleurs, les élections arrivent. Et la plupart des sénateurs en fin de mandat, qui craignent pour leur réélection, paraissent déjà acquis à la cause du Premier ministre désigné. Encore en place grâce au bienfait de la Loi d’urgence, ces parlementaires représentent toutefois un électorat fragile et vacillant. D’autan que, pressés par le temps, ils risquent de se voir éjecter de la Chambre haute avant la fin du processus de ratification.

En effet, la stratégie de certains parlementaires, notamment à la Chambre des députés, de faire durer le processus de ratification afin d’éliminer certains alliés du président de la République au Sénat a de fortes chances d’aboutir. Un tiers des sénateurs arriveront en fin de mandat à partir du 14 mai. Une nouvelle majorité pourrait donc se constituer pour compliquer un peu plus la tâche de M. Lamothe. Avec un quorum fragile au Sénat, les tractations et les chantages pourraient paralyser le pays durant encore de longs mois.

La commission…

Laurent Lamothe ne regarde toutefois pas en arrière. Il se lance. Et tente d’entrer, de frapper un grand coup et mettre ainsi toutes les chances de son côté. Conformément à l’article 157 de la Constitution, la commission sénatoriale devant travailler sur sa ratification lui a demandé de soumettre 14 documents et autres éléments susceptibles de prouver son éligibilité au poste de Premier ministre. Il en a soumis 58. Tentant ainsi de prouver qu’il est exempt de tout doute.

Toutefois, la commission paraît peu impressionnée et entend se prémunir d’avis d’experts afin de bien statuer sur la question de la nationalité et de la résidence de M. Lamothe. En effet, le ministre démissionnaire des Affaires étrangères est déjà l’objet d’une enquête au Sénat sur sa nationalité, suite aux accusations du sénateur du Nord, Moïse Jean Charles. Les passeports manquants alimentent, depuis le dépôt de ces pièces devant ladite commission, toutes les rumeurs.

Laurent Lamothe aurait soumis trois passeports alors qu’au service d’Immigration et Émigration d’Haïti, la commission en a répertorié environ une dizaine. Toutes les attentions sont donc concentrées sur la nationalité du Premier ministre désigné. Avec le 14 mai qui approche à grand pas, les commissionnaires s’empressent de liquider ce dossier. Ils promettent déjà leur rapport pour le jeudi 29 mars 2012, jour du 25e anniversaire de la Constitution, faut-il bien le rappeler.

Pour accélérer le processus de vérification des pièces, la commission de ratification présidée par Jean Rodolphe Joazil s’est scindée en deux sous-groupes. Les Sénateurs Kelly C. Bastien, Jean William Jeanty et Jean Baptiste Bien-Aimé travailleront sur l’épineuse question de la nationalité, alors que les sénateurs Jean Rodolphe Joazil, Mélius Hyppolite, Lucas Saint Vil et Francky Exius s’attèleront à élucider les énigmes qui entourent la question de la résidence de M. Lamothe. Aussi donc, les travaux de la commission de ratification sont liés à ceux de la première commission sénatoriale devant travailler sur la nationalité des autorités gouvernementales.

Le pays est donc lancé dans une nouvelle aventure. Plus que jamais, les secteurs démocratiques appellent les protagonistes à faire montre de sérieux afin d’épargner au pays une nouvelle crise. Une fois de plus, nos politiques sont confrontés au dilemme de choisir entre les intérêts individuels, de clans et celui de la nation. Le pays sera-t-il toujours perdant ?

doulion29@yahoo.fr
Lionel Edouard

Source: Le Matin
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