Laurent Lamothe et l'EDH
Laurent Lamothe Premier Ministre
Dès qu'on parle d'énergie, le nom de l'Electricité d'Etat d'Haïti, notre bonne vieille EDH, arrive toutes lumières allumées dans la conversation.
Chacun a une plainte, une complainte, une insatisfaction. Un compteur attendu depuis des années, un transformateur défaillant, de trop longues heures sans électricité. L'image de la compagnie souffre d'un déficit aussi grand que celui qu'accusent ses comptes. Abyssal.
Des points du territoire sont dans le noir depuis la création ou depuis Christophe Colomb, d'autres sont baignés de lumière, mais par leurs propres moyens.
En Haïti, nous consommons génératrices, inventers, batteries et diverses sources d'énergie comme si deux pays coexistaient. Pas de statistiques officielles, mais le parc privé installé doit avoisiner celui de l'Electricité d'Etat d'Haïti qui, légalement, détient seul le monopole de la production, du transport et de la distribution de l'électricité.
Les mauvaises langues disent que la seule faiblesse de la loi sur l'EDH est que le législateur manquait d'humour. Il a inventé le plus grand producteur de black-out au monde et lui en a donné aussi ce monopole. Dommage !
A entendre les uns et les autres, nombreux sont les foyers ou entreprises qui ont une dette, des arriérés, un historique difficile avec l'EDH. On paie comme on peut, quand on peut, rarement. La faute de recevoir assez de kilowatts, on doit se débrouiller pour s'en procurer. L'argent de l'EDH va à d'autres. La compagnie attendra. Elle ne peut pas être pressée, le mois prochain elle ne sera pas plus performante. Et la lumière, nous en voulons tout de suite. Cercle vicieux parfait.
Personne ne l'avouera ouvertement, mais les « Cumberland », ces mécanismes ingénieux pour trafiquer les compteurs et payer moins que ce que l'on consomme ou les prises, qui détournent le courant sans rien payer du tout, se démocratisent. Cela tue l'EDH déjà lourdement affectée par des pertes techniques inévitables ou mal circonscrites et des vols en tout genre.
Cumberland, le mot déjà a été inventé par la malice populaire pour qualifier l'installation réalisée, dit-on, par un directeur de la compagnie, un expatrié, qui volait, il n'y a pas d'autre qualificatif, la compagnie qu'il dirigeait. Le directeur Cumberland a ouvert une voie empruntée allègrement depuis.
Faut-il chercher depuis quand l'EDH, l'ancienne compagnie d'Eclairage de Port-au-Prince, en voit de toutes les couleurs ? Est victime de ses managers ? Est la vache électrique de ses clients ?
Cela date de très longtemps et au fil des ans, ne pas payer l'électricité consommée est devenu un droit... de l'homme haïtien acquis à coups de routes coupées et de manifestations.
L'Etat, pris entre son image et l'idéologie du développement, paie. Des sommes faramineuses sont englouties dans la facture d'électricité du pays. D'un même mouvement, les gouvernements de ces dernières années ont privatisé la production d'énergie et nationalisé la facture. Tout le monde en est heureux.
Alors quand mercredi, au cours de son conseil de gouvernement ouvert à la presse, le Premier ministre Laurent Lamothe annonce pour le 16 juillet un sommet sur l'énergie et du même élan qu'il cherche 600 millions de dollars pour créer un nouvel EDH, tout le monde a dit ouf, plus de lumière et d'énergie seront disponibles pour tous. Lamothe va-t-il s'inscrire dans la longue lignée des gestionnaires qui baissent les bras devant le défi que représentent l'EDH et la problématique énergétique ou sera-t-il le premier qui prendra le black-out par le bon bout pour trouver des solutions durables, efficientes et respectueuses de l'environnement ?
Frantz Duval est Rédacteur en Chef du Nouvelliste
Source: Le Nouvelliste





