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Les Présidents Dominicains D’Origine Haïtienne

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L’antagonisme qui oppose la République Dominicaine à Haïti n’a jamais pu briser les liens d’ascendance qui se sont inscrits dans les annales de l’histoire de ces deux presqu’iles. Ils sont sous-estimés d’abord par les historiens dominicains qui prêtent souvent un serment d’allégeance à l’anti-haïtianisme, une vielle doctrine indépendantiste reconduite et nourrie par les gouvernements rancuniers de Pedro Santana, Ulysse Heureaux, Raphael Trujillo, Joaquin Balaguer et même par le gauchiste pollué Leonel Fernandez. Ces historiens de la partie de l’Est se veulent plutôt un nom dans la diabolisation de la présence haïtienne en territoire voisin, décrivant le journalier haïtien comme un sous-homme. Dans ce rang de stylos partiaux, on retrouve les Frank Moya Pons, Roberto Cassá, Bernardo Pichardo et Bernardo Vega, pour en citer un iota.

À l’opposé, certains historiens haïtiens, gonflés d’orgueils et peut-être par souci de grandeur ou par ignorance, se sont gardés d’écrire cette belle page d’histoire. Ces écrivains haïtiens retracent uniquement les accrochages transfrontaliers comme la Campagne de l’Est, le massacre odieux d’octobre 1937 et les litiges sur les clôtures mitoyennes des deux républiques. En effet, seule la face obscure de l’histoire de l’Ile soit connue. Ce sont les idéaux destructeurs qui ont survécu les ans. Alors que rien au monde ne peut venir à bout de cette vérité historique : quatre présidents dominicains sont d’origine haïtienne.

Pedro Santana

Né à Hinche, le 29 juin 1801, d’une famille haïtienne de descendance espagnole. La révolution de 1804 a contraint ses parents à l’exil en République dominicaine et se sont installés dans le Cibao en 1805. Là-bas, ils continuent de s’adonner à l’élevage qu’ils commençaient déjà en Haïti car ils avaient perdu plusieurs troupeaux de bétail durant la période révolutionnaire. Pedro Santana n’oublie jamais cette perte et se voulant une vengeance. Sa langue maternelle, le créole, lui a placé à la tête du Bataillon-Sud de l’Armée dominicaine qu’il a rejointe sans tarder. Devenu par la suite le premier président constitutionnel de la jeune république en 1844, Santana a dirigé avec une main de fer et a combattu toute tentative haïtienne de réoccuper l’orient de l’Ile.

Ulysse Heureaux

Né à Puerto Plata, le 21 octobre 1845, d’un père haïtien, Dassas « Desse » Heureaux qui avait fui aussi la révolution haïtienne de 1804. Dassas était le fils d’une esclave noire et d’un planteur blanc. Josefa Lebert, la maman de Ulysse Heureaux, était de l’ile de Saint Thomas. Desse Heureaux n’avait pas pris soin du petit Ulysse (Lili). À cet effet, il a connu une enfance misérable et rurale. En 1863, quand l’anti-americain Gregorio Luperon a pris d’assaut la caserne de Puerto Plata afin de regagner la souveraineté dominicaine foulée par l’Oncle Sam, il était membre des enrôlés de rue et prenait une part active. Le 1er septembre 1882, il est devenu président. Lili était un feint créolophone. Il n’avait pas eu de traducteur lorsqu’il devait signer des accords militaires stratégiques avec le président Florvil Hyppolite, en 1891.

Raphael Leonidas Trujillo

Trujillo était le fils légitime du dominicain Jose Trujillo Valdez et de l’haïtienne, Julia Molina Chevalier. Il a vu le jour, le 24 octobre 1891 à San Cristobal. Les chevaliers ont pris l’exil en territoire voisin suite aux turbulences opposant les libéraux aux nationaux qui ont secoué Haïti, après l’assassinat du président Sylvain Salnave en 1869. D’ailleurs, le général Victorin Chevalier, membre influent de cette famille, était Ministre de la Guerre et de la Marine du gouvernement de Salnave du 6 septembre 1869 au 6 novembre 1869. La mère de Trujillo lui avait expliqué les péripéties qu’avaient connues ses ancêtres en Haïti. En particulier, la nationalisation et la redistribution de leurs biens jugés mal acquis par le gouvernement de Lysius Salomon, en 1879. Ce qui avait provoqué une partie de la haine du dictateur contre les haïtiens, en particulier les noirs. Trujillo est devenu président en 1930. Il a massacré plus de 30 000 haïtiens en octobre 1937.

Joaquin Balaguer

Joaquin Balaguer est né d’un père porto Ricain, Joaquin Balaguer Lespier et d’une mère dominicaine, Carmen Cecilia Ricardo, le 1 er septembre 1907, à Navarette, à deux pas de Santiago de los Caballeros. Sa grand’mère maternelle, Rosalia Heureaux, était la fille du président Ulysse Heureaux. Rosalia a vécu une bonne partie de sa vie loin des yeux, après l’assassinat de son père en 1899, à Moca. Joaquin Balaguer était président de la République Dominicaine de 1961 à 1996, sous des mandats intermittents. Gradué politique de l’École de Trujillo, il était l’antihaitien le plus connu avant Leonel Fernandez. Il était aussi le conseiller sanguinaire du massacre de 1937, étant sous-secrétaire d’État des Affaires Étrangères.

En d’autres verbes, Haïti qu’on méprise sans répit en territoire dominicain, a pourtant occupé la genèse de l’histoire de cette nation ibéro-africaine, à travers les gonades des aïeux. Même si seule la réputation de mauvais occupant reste, la loi de consanguinité prévaut. Les archives binationales ont bien avili Santana, Heureaux, Trujillo et Balaguer qui ont préféré se faire passer uniquement pour des descendants espagnols.



A.Jean-Rony Monestime

BS en Médecine Nucléaire

BA en Connaissances Générales

Correspondant de Haïti Progrès, N. Jersey

Porte-parole de PH (la Perspective Haïtienne)

Rédacteur en Chef du journal LEPORTE-PAROLE



SOURCES : « Haïti : El Drama Nacional », Jean Ghasmann Bissainthe, 2012 ;

« Manuel d’Histoire d’Haiti »J.C. Dorsainvil, 1942 ;

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