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Martelly, Lamothe et Desras calment le jeu

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image Le Chef de l'Etat saluant les membres du Grand Corps, le Président du Sénat, M. Simon D. Dieuseul

La présence du président Martelly au Parlement ce lundi met fin à un long suspense. Alors que Lamothe présente paisiblement son bilan devant l’Assemblée nationale, le chef de l’Etat et le président du Sénat, Dieuseul Simon Desras, président de l'Assemblée nationale, lancent un appel à « l’unité et au dialogue », comme pour dire que le contentieux est vidé…

Il n’y a plus de suspense. Le débat relatif à la velléité du président Martelly de ne pas se présenter au Parlement  ce lundi pour faire l’exposé de la situation générale du pays, exigence constitutionnelle, est définitivement clos.

En présence du chef de l’Etat, du Premier ministre, des grands commis de l’Etat, des chefs de file de la classe politique, du monde diplomatique et de la société civile, entre autres, 19 sénateurs et 63 députés se réunissent, lundi 13 janvier, en Assemblée nationale pour ouvrir la première session ordinaire de l’année législative  2014.

Martelly calme le jeu

C’est un président de la République très conciliant qui a gravi la tribune pour faire l’exposé de la situation générale du pays. «  Haïti se porte mieux aujourd’hui. Oui. Haïti se porte mieux ! », lâche d’entrée de jeu Michel Martelly, d’un  ton bas et d’un air convaincant.  «  C’est un honneur de me présenter devant vous, honorables parlementaires, pour faire l’exposé de l’état global du pays», enchaîne-t-il, soulignant que  c’est une occasion  qui lui est offerte de s’adresser directement aux parlementaires.

Dans son discours, le premier mandataire de la nation n’a pas manqué de réitérer son appel à l’unité et au dialogue afin de redresser la barre. «  Le pays est fatigué avec nos luttes intestines souvent vides de sens. Nous devons nous asseoir autour de la table du dialogue constructif. Je m’engage à faciliter des progrès concrets. Il faut une  coopération intelligente et constructive entre les pouvoirs publics. »

 Selon le chef de l’Etat, d’importants progrès ont été accomplis dans tous les domaines en 2013. Qu’il s’agisse du domaine énergétique, touristique, sanitaire, économique…Selon M. Martelly,  le pays a fait un bond important en matière de croissance économique comparée à l’année dernière. «  On a pu enregistrer une croissance économique de 4,5%  largement supérieure à l’année dernière.  Cela est dû aux investissements publics importants. Les perspectives macroéconomiques sont encourageantes… »

L’éducation restera la «  priorité » du chef de l’Etat  en 2014. « Plus de 14% du budget national est consacré à l’éducation. Nous avons beaucoup investi dans la formation des maîtres. Nous envisageons de renforcer le Programme de scolarisation universelle gratuite et obligatoire (PSUGO), la réforme dans les examens d’État, l’amélioration de la condition enseignante », énumère-t-il, appelant les parlementaires  à voter un package de projets de loi relatifs à la modernisation du système éducatif déjà déposés au  Parlement.

Comme faisant de la blague, Michel Martelly annonce l’ajout d’un nouveau E dans son programme. Il s’agit de « Elections ». « L’année  2014 est définitivement une année électorale. Il faut des élections inclusives, honnêtes et sincères pour renouveler les 2/3 du Sénat et la Chambre des députés », martèle-t-il, indiquant que le pays a remporté d’énormes victoires dans la diplomatie. « Notre diplomatie a déployé tous les efforts pour replacer le pays dans le concert des nations », conclut le président Martelly, faisant référence à l’arrêt de la Cour constitutionnelle dominicaine rendant apatrides des centaines de milliers de Dominicains d’ascendance haïtienne.

Le Premier ministre Laurent Salvador Lamothe ne dira pas le contraire. Ce dernier a eu gain de cause cette année. Contrairement à l’année dernière, il n’a pas été chahuté par les députés de l’opposition, mais il a paisiblement présenté puis déposé son bilan. Cependant, alors que le chef du gouvernement se prépare à gravir la tribune, certains parlementaires ont quitté la salle. Pourquoi ? «  Nous voulons être cohérents. Nous n’allons pas nous asseoir devant Martelly et Lamothe pour écouter leurs mensonges. Ils n’ont rien de sérieux à dire. Sinon, des purs mensonges »,  a fulminé  le sénateur Moïse Jean-Charles, aux côtés des députés Arnel Bélizaire, Sadrac Dieudonné, entre autres.

Lamothe et son bilan

« Le pays va mieux aujourd’hui par rapport à l’année dernière, a déclaré M. Lamothe. Tout le monde peut le constater. Le peuple et moi comptons sur vous, honorables parlementaires, pour travailler ensemble afin d’ « atterrir » véritablement cette année. »Citant Fidel Castro, Laurent Lamothe souligne que son gouvernement « a fait beaucoup avec très peu de moyens ». Il dit s’engager à faire de la lutte contre l’extrême pauvreté son cheval de bataille. Mais l’option est de reconstruire le pays qui a été détruit par le séisme de 2010.
 
Sur le plan de la sécurité, le chef de la Primature indique qu’il y a une baisse considérable du phénomène de l’insécurité et du banditisme. « On observe une réduction des cas de kidnapping. Haïti est sortie de la liste des pays violents. Tout ceci grâce aux efforts de la Police nationale. Bravo à la PNH ! »

En ce qui a trait à la croissance économique, une nette augmentation a été constatée en 2013. Dans le domaine de l’agriculture, Laurent Lamothe indique que la production agricole a augmenté de 38% grâce aux efforts consentis par son gouvernement dans le secteur.

Par ailleurs, laisse-t-il entendre, beaucoup de progrès ont été faits en matière d’infrastructures. D’après Lamothe, le ciné Triomphe, le Rex Théâtre, la Citadelle Laferrière, entre autres, sont en cours de réhabilitation.

Des tronçons de routes réhabilités. « Plus de 700 kilomètres de routes réaménagées, 5 aéroports en chantier, les bâtiments publics sont en cours de construction… »
 
Des programmes sociaux ont été mis sur pied. « Environ 195 restaurants communautaires institués à travers le pays. Plus de 2,4 millions de bénéficiaires sont touchés par les programmes d’assistance sociale », dit-il annonçant  la mise sur pied d’une politique nationale de sécurité. En matière de santé, 7 hôpitaux réhabilités, 4 dispensaires et 4 maternités reconstruits. Et d’autres infrastructures sanitaires et hospitalières sont en cours de construction…

En outre, « le processus de la réforme de l’Etat a été lancé afin de doter le pays d’une administration  publique de qualité, selon Laurent Lamothe. 1, 4 milliard de gourdes pour le développement des localités. Quant au domaine de l’éducation, une politique de la formation professionnelle mise en œuvre. La réforme des curricula. La création de nouvelles universités publiques. La réhabilitation de plusieurs sites d’électricité, dont la centrale électrique du Parc de Caracol, Ile-à-Vache. Sans oublier la poursuite de la politique lampadaire…. »

Il annonce en outre la formation d’une commission  de pilotage pour le décaissement des fonds communaux. « Ce comité sera formé du Premier ministre, du président de la Chambre des députés et d'un membre de chaque bloc politique de la Chambre basse… »

Desras prêche l’unité…

A couteaux tirés depuis quelque temps, le président de l’Assemblée nationale, Dieuseul Simon Desras, et le président Martelly semblent se mettre d'accord pour que cessent les hostilités. Le discours du sénateur du Centre était moins amer par rapport au discours pimenté lors de l’ouverture de la session extraordinaire en novembre 2013 . Desras prêche, lui aussi, l’unité et le dialogue entre tous les acteurs pour résoudre la crise. « Le dialogue est indispensable pour le vivre-ensemble », reconnaît-il, rappelant certaines dérives dans les relations entre l’éxécutif et le Parlement.

Le parlementaire croit que cette date s’annonçait fatidique pour le Parlement, faute de « nos puérilités  et tapages politiques». «  C’est inadmissible que le pays soit aussi exposé au hasard. Il faut sortir le pays de la plaisanterie et l’emmener vers le sérieux », a dit Desras. « Nous sommes allés trop loin en utilisant la provocation, la menace… »

Pour l’élu du Centre, le dialogue suppose une relation de confiance, de concertation pour résoudre les problèmes de la cité. « Il faut mobiliser les forces vives du pays pour résoudre ensemble les problèmes du pays», a-t-il conclu reconnaissant qu’ils ont, à cause de leurs puérilités, retardé la prospérité nationale. 

« Il faut l’unité pour poursuivre la voie tracée par nos ancêtres. Mais pour qu'il y ait de vrai dialogue, les interlocuteurs doivent être conscients », a-t-il renchéri, soulignant que l'année 2014 est on ne peut plus une année électorale. «Nous sommes en pleine année électorale. Les tergiversations ont duré, mais la publication de la loi électorale est enfin une victoire. Nous allons veiller à ce qu'il y ait des élections, car les temps à venir sont semés d'embûches. Les événements politiques ne sont que des maillons de la chaîne.»

N'ayant pas mis trop d'accent sur le bilan du Parlement, Dieuseul Simon Desras rend en partie l'exécutif responsable de leur faible rendement. Mais cela ne l'empêche de souhaiter des voeux d'un Nouvel An meilleur au chef de l'État. Le président du Sénat dit vouloir rester attentif quant à l'intérêt national. En ce qui concerne le renouvellement prochain des bureaux des deux chambres, il appelle ses collègues à prendre leur destin en main. «Sachez que vous êtes maîtres de votre destin...»

Yvince Hilaire

Source: Le Nouvelliste



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