Martelly Vs Opposition : un duel permanent
Martelly saluant K Plim (photo de la Présidence)
Dialogue. Le maitre mot dans la situation de crise que connaît actuellement le pays. Le président de la République le sait. Cependant, il n’entend nullement revenir sur certains acquis. La rencontre du mardi 28 août, au Karibe convention center, montre combien Haïti s’empêtre dans la crise. La méfiance, justifiée ou non, entre les hommes politiques (pouvoir et opposition) qui tournicotent devant la vérité, est jugée « scélérate » dans une conjoncture où la population est exposée à toute sorte de dangers.
Tout le monde s’accorde sur la réalisation des élections avant la fin de l’année. Pourtant, les leaders peinent à s’entendre sur une formule qui respecte toutes les sensibilités politiques et les principes démocratiques. Cette rencontre restera toutefois comme un fait marquant dans l’histoire politique haïtienne.
Pas important ou gâchis total, les opinions divergent. L’exécutif n’entend nullement céder à la pression des forces politiques de la place. La tension augmente. Presque naturellement, entre les deux groupes (pouvoir et opposition). L’avènement de « l’ère du permanent est inéluctable ». La volonté des partis et organisations de la société civile de trouver un consensus autour de la formation d’un Conseil électoral provisoire, le dernier du genre, se heurte à la détermination des proches du Président à garder la structure permanente déjà installée. Dialogue de sourd ou manœuvre dilatoire, à chacun son atout.
Dans le sillage d’un Joseph Lambert, désormais conseiller spécial, le président Martelly adopte le style « prévalien ». Il devient le roi du fait accompli. Le changement s’estompe donc dans l’ombre de la continuité. Agir d’abord, négocier ensuite tel serait le nouveau mot d’ordre. La position du chef de l’État est en effet arrêtée sur la structure devant organisée les prochains scrutins. L’ «animal politique » a résumé l’activité de la classe politique pour les prochains mois : « Conseil électoral permanent et dialogue permanent ». Michel Martelly ne fera aucune concession malgré la poursuite des discussions.
L’opposition est disloquée. La nécessité pour les partis politiques de se regrouper en vue de réagir se fait de plus en plus pressante. Privée de sa capacité de mobilisation, et du même coup, de sa force de contrainte, elle parait bien frêle dans ce nouveau bras de fer. Ce « monologue » ou « carnaval politique» tenu au Karibe, est symbolique de l’impuissance des opposants au pouvoir. De nombreux observateurs croient que cette rencontre aura servi plus la cause du Président que celle de ses concurrents. Il a pu identifier ses adversaires et prendre le pouls de la situation. Toutefois son Conseil électoral est de plus en plus décrié.
L’exécutif tentera par tous les moyens de forcer la décision. Ils disposent pour cela des éléments nécessaires. Les deux prestidigitateurs : Youri Latortue et Joseph Lambert, défendant la constitutionnalité de la structure permanente qui devra organiser les élections, se sont aussi lancés dans un autre tour de passe-passe. Un plaidoyer pour faire siéger le vice-président de l’Assemblée nationale, Levaillant Louis Jeune, alors que Desras Simon Dieuseul, le président, rejoindrait ses collègues sénateurs lors de la séance pour soutenir le quorum du Sénat (2/3 du corps soit 20 sénateurs).
Cependant, il n’existe pas de précédent si nous devons croire les déclarations de certains parlementaires. Déjà, des voix se sont élevées au sein du Grand-Corps pour dénoncer ce manœuvre et appeler au boycottage de cette éventuelle séance en assemblée nationale. Tous les coups sont donc permis pour faire avaler la pilule et avoir le contrôle total de l’appareil électoral. Les deux grands conseillers y jouent, par ailleurs, leur réélection. Un dialogue constant pour donner un brin de légitimité à l’affaire, et du même coup satisfaire la volonté feinte de la communauté internationale d’inclure toutes les forces politiques dans le processus, est un plan astucieux.
Le bal des opposants
Les appels à la mobilisation fusent de partout. Alors que d’autres dissonent, appuient et réclament de manière à peine voilée un emploi. Entre-temps, l’équipe Tèt Kale poursuit son offensive et cherche à calmer les ardeurs. Suite à la réunion du 28 août dernier, plusieurs groupes politiques ont été rencontrés, notamment des parlementaires. Ces rencontres participeraient-elles du plan annoncé par Joseph Lambert pour plonger les hommes politiques dans un dialogue permanent ?
Les absents ont-ils toujours torts ? Au regard du film des événements, les partis qui ont boudé la rencontre ont paru grandir et jouir d’une certaine « légitimité critique ». Inite et RDNP, les deux plus grands rivaux de M. Martelly lors des dernières élections, se rangent dans cette catégorie. Si la plateforme de René Préval n’a pas été invitée, Mirlande Manigat a évoqué la tardivité de l’invitation qui n’a pas permis à son parti de se réunir à temps pour adopter une position. L’OPL de Sauveur Pierre Étienne n’a pas non plus pris part aux discussions.
Alors que le Président bombe le torse, certains affichent leur position et leurs refus de s’aligner sur sa vision. La Fusion, via sa coordonatrice, Edmonde supplice Beauzile, a annoncé que son parti ne participera pas à des scrutins programmés d’avance. La formation du Conseil électoral permanent est, selon elle, mauvaise. Elle préconise un Conseil de consensus pour organiser les prochaines joutes. Ce serait, dit-on, l’objet des prochains débats.
Maryse Narcisse, pour sa part, a livré le message de son parti puis s’est retirée. « Inclusion dans le respect des normes démocratiques », telle est la position de Fanmi Lavalas qui rejette du coup l’amendement constitutionnel et la formation du CEP. « Il ne peut y a voir de dialogue quand un groupe campe sur sa position », a-t-elle conclu. Entre temps, les bases appellent à la mobilisation contre le pouvoir. Le parti de Jean Bertrand Aristide représente la seule force réelle de mobilisation de l’opposition. Fera-t-il chanceler Michel Martelly ?
La crise s’amplifie. Un dialogue honnête pour une sortie de crise serait selon nombre d’observateurs et analystes politiques la solution indiquée pour cheminer vers la réalisation d’élections crédibles et honnêtes dans le pays.
doulion29@yahoo.fr





