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Occupation américaine: cent ans après, la République s’en souvient

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image George Michel et Pierre Buteau

Le ministère de la Culture a lancé lundi la commémoration du centenaire de l’Occupation américaine. Une conférence-débat a été organisée à l’occasion dans les jardins du Musée du panthéon national. Historiens et intellectuels ont passé en revue les faits marquants et les conséquences de cette occupation. Une manière de se rappeler cette triste période de notre histoire de peuple.

28 juillet 1915-28 juillet 2015, il y a cent ans depuis que l’amiral Caperton et ses marines débarquèrent dans la rade de Port-au-Prince. Le prétexte?, rétablir l’ordre dans un pays déjà miné par les crises politiques et les guerres intestines. L’occupation militaire de la première république nègre durera 19 ans. 19 années de honte dont les patriotes et les élites haïtiennes se souviennent toujours. Cent ans plus tard, l’amertume perdure après les deux autres occupations étrangères qu’a dû subir ce pays qui n’a pas changé un siècle plus tard. Le pays commémore dans ce contexte le centenaire de la première Occupation américaine.

Lundi, le ministère de la Culture et ses organismes déconcentrés ont lancé la commémoration du centenaire du premier débarquement des troupes américaines en Haïti. « Occupation américaine : cent ans plus tard, la République s’en souvient », c’est autour de ce thème que se déroulent les activités visant à remémorer la triste date du 28 juillet 1915. « Mes premiers mots sont pour dire combien je suis triste, triste de remémorer le centième anniversaire de ce jour tellement peu honorable de notre histoire », a déclaré la ministre de la Culture, Joan Dithny Raton, à la cérémonie d’ouverture.

« Cent ans après, la nation haïtienne tout entière s’en souvient. J’estime qu’aujourd’hui nous devons profiter de cette journée de réflexion pour raviver la mémoire collective sur l’histoire des luttes menées par les opposants à l’Occupation américaine », a poursuivi la ministre avant de paraphraser Christiane Taubira. « L’important ce n’est pas ce qu’ils ont fait de vous, mais c’est ce que vous faites de ce qu’ils ont fait de vous ». Au lieu de ressasser ce triste souvenir, la ministre a invité les Haïtiens à regarder de préférence comment nous sommes arrivés à ces années d’occupation et ce que nous avons fait de ces 19 ans. Et pour répondre à ces questions, les organisateurs ont invité les historiens Pierre Buteau et Gorges Michel et le sociologue Hérold Toussaint.

Les airs de liberté chantés par Hérold Josué en lever de rideau cristallisent le cri d’un peuple fier d’une liberté pour laquelle il s’est battu durant toute son histoire. Et pour rappeler que ces années féroces d’occupation sont bien derrière nous, les tambours ont retenti au cœur du Champ de Mars. Ce qui n’était pas permis durant les années de l’occupation. « Aujourd’hui, nous sommes libres et nous faisons retentir les tambours car les Américains l’avaient interdit alors qu’ils menaient campagne contre le vaudou », a lancé Hérold Josué dans sa courte mais époustouflante prestation.

En effet, depuis quelques années avant l’Occupation, Haïti connaissait des crises politiques à rebondissements. La dernière  a eu pour conséquence ultime l’assassinat d’un président au pouvoir, Vilbrun Guillaume Sam.  La mise à mort de Guillaume Sam par une foule en colère à la légation française a succédé au massacre de 167 prisonniers politiques à la prison civile de Port-au-Prince. Le navire américain emmené par l’amiral William Caperton mouillait déjà dans les eaux de la ville du Cap-Haïtien. Il a pris rapidement la direction de la capitale haïtienne au moment où tout a dégénéré. Forte de ce chaos, la marine américaine en a profité pour occuper militairement l’île. L’occupation deviendra légale après la signature d’un traité de protectorat, adopté le 28 février 1916 par les deux branches du Parlement haïtien.


Si les Américains, dans leur vision régionale du moment, entendaient occuper Haïti coûte que coûte, ils  n’avaient pas toutefois un plan pour ce pays, selon ce qu’a expliqué l’historien Pierre Buteau. En termes de développement, les Américains ont tenté de secouer Haïti, mais le pays n’était pas prêt pour pareille secousse. Si les autres pays de la Caraïbe occupés par la république étoilée étaient prêts pour leur projet économique et impérialiste, ce n’était pas le cas pour Haïti, a expliqué Pierre Buteau dans son exposé. « En conséquence, la modernisation laissée par les Américains est une modernisation artificielle, superficielle,  qui a modifié artificiellement les structures traditionnelles haïtiennes avec  des conséquences fâcheuses », a conclu l’historien Pierre Buteau.

Les occupations américaines, il faut commencer par les noter, selon Georges Michel. « On est au numéro trois, maintenant si on ne fait pas attention, on va prendre un numéro quatre avant de prendre un cinquième », a lancé l’historien, qui présentait le contexte politique de l’Occupation de 1915. Mais cela ne devrait pas décourager l’âme haïtienne. « Ne pleurez pas comme ceux qui n’ont pas d’espérance, comme ceux qui n’ont pas la foi. Haïti appartient aux Haïtiens, a dit l’historien. Vous serez toujours les vainqueurs en Haïti parce que vous avez la capacité politique de faire capoter tous les objectifs des interventions militaires ».

D’autres activités sont prévues dans le cadre de la commémoration de ce centenaire. Des expositions et d’autres conférences sont planifiées pour toute la semaine. Comme Charlemagne Péralte l’avait suggéré en 1915, le temps semble être à la réflexion. C’est, entre autres, ce qu’il avait écrit à l’Assemblée nationale dans la correspondance du 9 août 1915. « Nous savons pertinemment que l’Amérique ne peut se glorifier, en tant que personne morale et mesurer sa taille à la nôtre. Nous acceptons, pourtant, qu’elle vienne à notre honte, nous aider à maintenir l’ordre et la paix, chez nous sans qu’elle y ait été invitée. Ce qui doit nous faire réfléchir ».

Louis Joseph Olivier

Source Le Nouvelliste



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