Les graves irrégularités ayant caractérisé la désignation des trois représentants du conseil supérieur du pouvoir judiciaire au conseil électoral permanent continuaient jeudi de paralyser le fonctionnement du CSPJ qui aurait soumis à la présidence les noms de Patrick Métellus, Yves Benoît Jean-Marie et Salnave Exantus, selon des informations obtenues par Radio Kiskeya de sources dignes de foi.
M. Métellus était jusqu’ici juge à la Cour d’appel.
Quant à M. Jean-Marie, il serait le frère d’une des ministres du gouvernement Martelly/Lamothe.
Des sources proches du CSPJ ont indiqué que le choix des trois personnages n’avait fait mardi l’objet d’aucune forme de délibération. Au lieu de recourir à une procédure de vote régulière, le président de l’organe de gestion du pouvoir judiciaire, Me Anel Alexis Joseph, et trois autres membres de l’institution auraient unilatéralement tiré ces noms de la liste des douze candidats qui avaient été pré-sélectionnés sur 75 postulants.
Tout en tentant de justifier la triple nomination au parfum de scandale, qui vient ternir l’image d’une jeune institution mise en place depuis seulement un mois, Me Joseph avait reconnu que seulement quatre des neuf magistrats avaient participé au choix des trois conseillers électoraux.
Cette décision dénoncée comme un coup d’état électoral, et ayant suscité la réprobation notamment de l’association nationale des magistrats haïtiens (ANAMAH) et de la fédération des barreaux d’Haïti, n’a cessé de perturber les activités du conseil supérieur du pouvoir judiciaire. La tension serait même montée d’un cran ce jeudi, lors d’une réunion qui aurait été particulièrement orageuse.
Evitant de révéler la teneur des discussions, le président Anel Alexis Joseph, également numéro un de la Cour de cassation, s’est borné à indiquer que le CSPJ tiendra une nouvelle séance de travail sur la crise le 2 août prochain. D’ici là, aucun des membres ne sera habilité à faire des déclarations à la presse, a prévenu le responsable au centre de toutes les critiques.
Le Sénateur François Anick Joseph (OPL/Alternative) a enfoncé le clou jeudi en dénonçant des pressions directes qu’auraient exercées parallèlement le Président Michel Martelly et le secteur privé des affaires sur le CSPJ en vue de faire sélectionner leurs poulains dans le cadre de la formation du très controversé CEP permanent. Parlant avec véhémence de cette tentative de vassalisation d’un organe capital dans la lutte pour l’instauration d’un système judiciaire équitable en Haïti, l’élu de l’Artibonite (nord) a révélé que le chef de l’Etat en personne aurait demandé à l’un des aspirants de déposer son dossier de candidature devant le CSPJ après lui avoir promis un siège au prochain conseil électoral.
Pour leur part, des représentants du patronat auraient tout fait pour imposer un directeur de média dont le nom figurait parmi les douze pré-sélectionnés, a confié François Anick Joseph pour qui « Haïti a atteint les sommets de la bêtise ».
Le scandale dans lequel patauge le CSPJ risque de ruiner à la fois la crédibilité du processus devant conduire au conseil électoral permanent et la légitimité de ceux ayant pour mission de réaliser une grande première dans l’histoire de notre pays en affranchissant l’autorité judiciaire de la tutelle du pouvoir politique. spp/Radio Kiskeya





