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Tout est à refaire entre l'exécutif et le Parlement

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image (Courtoisie Le Nouvellliste)

Les présidents du Sénat et de la Chambre des députés ont tenté, sans succès, d'harmoniser les relations entre le chef de l'État, Michel Martelly, et le Premier ministre Garry Conille, longtemps en disgrâce, finalement démissionnaire. Tout est à refaire, soupire Simon Dieuseul Desras, président du Grand corps.

Sans surprise aucune, la copie conforme de la lettre de démission de Garry Conille, 46 ans, est arrivée séparément, vendredi, au bureau du président du Sénat et de celui de la Chambre des députés. Comme conséquence immédiate, la Chambre des députés sursoit à l'analyse et au vote de la proposition de budget de la République pour l'exercice fiscal 2011-2012 récemment soumis par le ministère de l'Économie et des Finances. « Nous ne pouvons pas voter de budget pour un gouvernement qui liquide les affaires courantes », a indiqué Levaillant Louis-Jeune, président de la Chambre basse. Du coup, a regretté le député de Desdunes, les programmes de développement ne pourront pas être lancés dans les différentes circonscriptions. « C'est l'État qui est aujourd'hui immobilisé! », s'exclame le parlementaire.

La voie de sortie de la nouvelle crise dans laquelle s'enlise le pays n'est pas si proche, selon Levaillant Louis-Jeune. « Une série de séances sont prévues, la semaine prochaine par les députés, avant d'engager les consultations avec le président Michel Martelly pour désigner un nouveau Premier ministre », a annoncé le président de la Chambre basse. Réunis à huis clos pour discuter de la conjoncture politique actuelle, a révélé Louis-Jeune, les députés demeurent préoccupés par les principales causes de la difficile cohabitation entre le chef de l'État et son Premier ministre poussé à la démission. « Est-ce un problème de cohabitation au niveau de l'exécutif ou des problèmes personnels entre Martelly et Conille ?», s'interrogent perplexes les députés sortis du huis clos. Chose certaine, a estimé Levaillant Louis-Jeune, le Premier ministre a démissionné avec tout le support du Parlement qui l'a ratifié presque à l'unanimité il y a quatre mois.

La goutte d'eau...

Le sénateur Kély C. Bastien considère la controverse entre le Premier ministre et le chef de l'État autour de l'enquête diligentée par le Sénat sur les nationalités réelles de tous les membres du gouvernement comme la goutte d'eau qui a fait déborder le vase. « Le Premier ministre et le président étaient divisés sur plusieurs dossiers politiques brûlants, dont le rétablissement des Forces armées d'Haïti et l'amendement de la Constitution », a énuméré le sénateur du Nord, dont le mandat arrivera à terme dans moins de trois mois. La démission de Garry Conille, a-t-il estimé, paraissait inévitable. Les relations s'étaient détériorées entre les deux principaux responsables de l'exécutif depuis la résolution prise en conseil des ministres, au grand dam du chef du gouvernement, empêchant les ministres et secrétaires d'État de soumettre leurs documents de voyage à la commission d'enquête sénatoriale. Les ministres, qui portaient des bracelets roses en signe d'allégeance au chef de l'Etat, boudaient un conseil de gouvernement convoqué par le Premier ministre, la veille de sa démission.

Vaines tentatives

Le président du Sénat, Simon Dieuseul Desras, a également regretté le manque de cohésion dans la gestion de l'État au plus haut niveau. « Tout est à recommencer », se désole le président du Grand corps, faisant allusion aux multiples tentatives pour doter le pays d'un Premier ministre, cinq mois après l'investiture du président Martelly, en mai 2012. La population ne s'attendait pas à ce scénario, a estimé le sénateur élu sous la bannière de LAVNI, une organisation politique d'origine Lavalas. « Moi et le président de la Chambre des députés ainsi que la Conférence épiscopale, le secteur privé et la société civile avons fait des tentatives pour concilier la situation entre le chef de l'État et le Premier ministre, a révélé le président du Sénat. Malheureusement ça n'a pas marché ».

Loin de faire un bilan de la présidence de Martelly et du gouvernement désormais démissionnaire de Conille, le numéro un du Sénat tient à rappeler des rendez-vous manqués, dont les élections pour remplacer les maires et le tiers du Sénat. « Les maires sont là depuis six ans alors que leur mandat est de quatre ans, a souligné le sénateur Desras. Le tiers du Sénat n'est pas renouvelé ».

Supporteur de la campagne électorale de Michel Martelly, le sénateur du Centre tient à lancer un appel à « la vigilance de tous les Haïtiens pour faire respecter les acquis démocratiques ». Simon Dieuseul Desras a émis également le voeu que les élections municipales et sénatoriales partielles soient organisées en juillet au plus tard. Le président de l'Assemblée nationale (quand les deux chambres sont réunies) dit attendre, entre autres, la désignation d'un nouveau Premier ministre pour que les affaires courantes ne durent pas jusqu'à trois mois.

Garry Conille, le plus jeune Premier ministre depuis la création de ce poste à la faveur de la Constitution de 1987, s'en va en laissant ouvert une enquête sur les contrats de gré à gré passés sous le gouvernement de Jean-Max Bellerive agissant sous l'égide d'une loi d'urgence. Installé le 18 octobre dernier, le divorce de celui qui a fait carrière dans le système des Nations unies et le chanteur devenu chef d'État est consommé. Un divorce précoce que le sénateur Anacacis Jean-Hector prédisait avant l'entrée en fonction de Conille à la Primature.

Député Vickens Dérilus (Modelh-PRDH) : « Au niveau de la Chambre des députés nous ne sommes pas affolés par la démission du Premier ministre Garry Conille. Nous restons sereins. Dès mardi prochain nous allons organiser une série de séances plénières avec les différents secteurs (religieux, secteur privé, la société civile...) pour dégager un point de vue logique. Cette démission provoquant de fait l'arrêt de l'analyse du projet de budget ne restera pas sans incidences sur les problèmes d'engrais nécessaires aux agriculteurs de la Vallée de l'Artibonite, la propagation du choléra. L'incertitude politique fait l'affaire des criminels et bandits toujours disposés à agir dans l'ombre. Globalement, la situation est inquiétante ».

Simon Dieuseul Desras (Président du Sénat) : « La démission du Premier ministre est aussi une bonne chose pour le Parlement. Si c'est le Parlement qui avait renvoyé le chef du gouvernement, nous ne pourrions pas interpeller son successeur avant un an. Sa démission laisse la voie ouverte à d'éventuelles interpellations du prochain gouvernement si le besoin se fait sentir.»

Claude Gilles Source: Le Nouvelliste

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