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Logiciels libres pour Haïti à OSCON au Texas

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Un logiciel libre ou Open Source Software est un logiciel gratuit pouvant être légalement et techniquement étudié, modifié, dupliqué pour diffusion. L’ubiquité des technologies libres n’est plus à établir. À travers le monde on organise des conférences qui les mettent en relief. La maison d’édition des livres de technologie O’Reilly organise la sienne : OSCON. Cette année, du 17 au 19 mai, l’événement se tient à Austin, la capitale du Texas, là où j’ai passé huit ans de ma vie. Le mouvement des logiciels libres est une mouvance sociale. Les développeurs y participent pour contribuer au progrès de la société. Ils ont définitivement changé la donne en ce qui concerneces logiciels. Les entreprises ont été forcées à faire une remise en question significative de leur façon de les produire, diffuser, et consommer. Elles qui naguère avaient vu dans les logiciels libres une menace existentielle ont fini par ajuster leur stratégie pour les y incorporer.

La firme International Business Machines (IBM) où je travaille est l’une des entreprises du Fortune 500 à faire flotter le pavillon des logiciels libres sur son territoire dès les premières heures, avec l’arrivée du système d’exploitation libre Linux du Finlandais Linus Torvald. Cela fait déjà une vingtaine d’années. Un système d’exploitation est une série de logiciels qui gèrent un ordinateur ou un smartphone. IBM mobilise plus de cinquante employés pour l’événement. Les gens viennent des quatre coins du monde pour y participer. Mon rôle est de présenter une série de projets libres sur lesquels je travaille avec les chefs d’équipes. La circulation près du stand n’est pas légère. J’entretiens plusieurs conversations avec des intéressés, je scanne leurs badges et note leurs intérêts.

Je fais un tour d’horizon sur la surface d’exposition où sont arrangés plus d’une centaine de stands. Une panoplie impressionnante de logiciels libres. Parce que modifiables et aisément adaptables à notre milieu, les logiciels libres devraient faire partie intégrale de la stratégie de l’information d’Haïti. Trois stands retiennent particulièrement mon attention pour leur application directe à Haïti. Il y a d’abord celui de Google où des pancartes géantes affichent les projets libres créés par les étudiants au niveau universitaire au cours des saisons d’été. Plus de quinze années que le programme nommé Google Summer of Code est ouvert aux étudiants du monde. Ces derniers travaillent chez eux et reçoivent une allocation financière pour leur travail. Un autre programme : Google Code-in est conçu pour les étudiants au secondaire. Ces élèves travaillent sur certains aspects des logiciels libres. Ils reçoivent des primes et les grands gagnants sont invités au quartier général de Google à Mountain View, Californie. Pourquoi pas nos étudiants ? me dis-je. Les technologues de la diaspora peuvent donner un coup de main surtout avec l’anglais mais aussi avec des cours gratuits de préparation à entrer dans ce genre de joutes technologiques et à y réussir.

OpenMRS est un logiciel libre qui permet de gérer les hôpitaux, centres de santé, cliniques et particulièrement les dossiers électroniques des patients. Son équipe de développement a l’objectif de mettre sur pied le système libre le plus avancé du monde. Le système a été utilisé dans la lutte contre l’Ébola et le sida. Un système incontestablement utile. Mes pensées se tournent vers Haïti. Mais le jeune concessionnaire m’informe que plusieurs implémentations sont déjà en fonction chez nous. Il faut continuer la vulgarisation de cette connaissance et la rendre accessible à tous les centres de santé et hôpitaux du pays, me dis-je. Un réseau qui lie tous les centres, cliniques et hôpitaux est une nécessité incontournable. Avec rien qu’un clic, un médecin qui travaille à Port-au-Prince devrait pouvoir accéder au dossier d’un patient qui vient de St-Marc. Son historique, diagnostics préalables, examens médicaux, médication, devraient être à la portée d’un docteur dûment autorisé à avoir accès à ce réseau. Les bénéfices d’un pareil système, son efficacité, et les économies qu’il permettrait à toutes les parties de réaliser sont immenses. Une clinique qui gère cent patients peut même créer un serveur (système qui sauvegarde et gère les informations) avec un ordinateur portable. Un système avec la capacité de gérer dix mille patients n’est pas onéreux. La création de ce réseau est facilement réalisable.

Le stand de livres de No Starch Press m’impressionne. Cette maison d’édition de livres technologiques se veut être « un divertissement pour les geeks ». Un geek est un passionné d’informatique. Parfois, il est tellement focalisé sur sa passion qu’il en oublie tout ce qui est autour de lui.[1] Ce qui m’intéresse ce sont surtout les livres de programmation pour enfants. Le langage de programmation utilisé est Python. Il y a des livres sur les mathématiques avec Python pour élèves du secondaire. Il y a même des bandes dessinées qui traitent de la programmation. Avez-vous des livres en français ? demande-je au concessionnaire. Non, mais ils vendent les droits de leurs bouquins à des maisons d’édition étrangères qui en font l’impression dans leurs langues. Des bandes dessinées pour enseigner la programmation, c’est génial, me dis-je. Les bandes dessinées étaient une attraction pour les jeunes de ma génération qui ont appris à lire le français par leur entremise. Traduire ces bandes et ces livres en créole, en écrire d’autres directement en créole, et utiliser ceux qui sont déjà traduits en français seraient des moyens sûrs de préparer nos enfants à entrer dans l’arène technologique, une condition sine qua non au progrès au XXIe siècle. Alors que les autres enfants du monde font des bonds de géants dans ce domaine, les nôtres ne devraient pas être des laissés-pour-compte. Il faut multiplier à outrance les exemples du type de celui du petit Julian Bartoli, cet enfant de huit ans qui a programmé un robot. Avoir ces livres en français serait déjà un pas dans la bonne direction. Mais les avoir en créole serait encore plus efficace, car un plus grand nombre d’élèves en bénéficierait et le créole en serait grandement enrichi. Comme je l’ai écrit : Il n’y a de plus grand honneur que de travailler à l’enrichissement de cette langue qui nous appartient et que nous pouvons présenter au monde comme une réalisation, exclusivement, essentiellement, et intrinsèquement haïtienne, cette langue qui est en nous, créée par nous et pour nous et que personne ne peut comprendre mieux que nous.[2] Je me procure trois titres : Doing Math with Python, Python for Kids, et Super Scratch programming adventure, un livre traduit du chinois qui montre aux enfants comment utiliser ce langage visuel inventé par Mitchel Resnick du Massachussetts Technological Institute (MIT) pour enseigner la programmation aux enfants de huit ans.

Des compétitions stimulatrices sur les logiciels libres, des logiciels libres adaptables au milieu haïtien, des livres sur les logiciels libres où pullulent des idées nous aidant à préparer nos enfants à être sur un pied d’égalité que leurs homologues dans les sociétés dites avancées, nous avons besoin de cela pour le développement d’Haïti. Tout est là à OSCON à Austin. Mais la firme Logipam a déjà commencé l’exploitation des logiciels libres en Haïti. Elle utilise le logiciel libre OpenEMR qui remplit les mêmes fonctions que OpenMRS. Les deux systèmes ont chacun leurs avantages. Il n’y a rien qui empêcherait les Haïtiens de créer des modules d’intégration entre eux. Il faut tout simplement un organisme national de normalisation qui stipule le format des données à collecter dans la gestion des organisations qui s’occupent de la santé. Les développeurs qui travaillent sur OpenMRS et OpenEMR s’assureraient que durant l’échange de données d’un système à un autre elles seraient conformes aux spécifications stipulées par l’organisme de normalisation, et le tour serait joué. Logipam exploite un autre logiciel libre qui permet de gérer un établissement scolaire. Il revient donc au département de l’Éducation nationale d’encourager nos écoles à se moderniser et à se munir d’un système informatique qui facilite la gestion de l’établissement. Aux USA toutes les écoles sont gérées par un système informatique. Il est grand temps que nous nous mettions au pas. Les logiciels sont là, et ils sont gratuits. Il nous revient, il revient aux professionnels de la diaspora (parce que leur primum vivere est déjà garanti) de prendre une initiative de concert avec les professionnels de l’intérieur (dans la mesure où ils peuvent mettre de leurs compétences techniques au service de la société) d’apporter leur soutien au mouvement irréversible de la marche du pays vers une utilisation efficace de la technologie pour le bonheur de tous les Haïtiens. Il faut en finir avec le « sòt ki bay ». On ne peut certainement pas dire que les technologues qui ont fait le don de leurs compétences à la création des logiciels libres sont des sots. Comme je l’ai dit tantôt, nous sommes en train d’entrer dans une période où l’Haïtien devra plus que jamais prendre soin de l’Haïtien. Personne ne le fera pour nous, personne ne le fera comme nous.[3]

Marc-Arthur Pierre-Louis source nouvelliste

Notes:

[1] Pierre-Louis, Marc-Arthur, Été Hexagonal, p. 13

[2] Pierre-Louis, Essai sur l’indépendance linguistique, http://www.moderable.net/?p=312

[3] Pierre-Louis, Été Hexagonal, p. 104          



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