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"Les Russes ont laissé faire les Américains en Syrie"

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image Vladimir Poutine

Les Russes ont condamné le bombardement d'une base aérienne syrienne par les Etats-Unis, mais ne l'ont pas empêché alors qu'ils en étaient informés. Ce n'est pas anodin, observe Igor Delanoë, directeur adjoint de l’Observatoire franco-russe à Moscou.

Contre toute attente, Donald Trump a décidé le jeudi 6 avril de frapper la base aérienne syrienne de Chaayrate, en riposte à l'attaque chimique sur Khan Cheikhoun le 4 avril. que peut-il se passer après ? Est-il temps pour Vladimir Poutine de prendre ses distances avec Bachar al-Assad ? Pour Igor Delanoë, directeur adjoint de l’Observatoire franco-russe à Moscou, si Vladimir Poutine reste l'allié privilégié du régime syrien, une escalade militaire n'est cependant pas à redouter au lendemain des frappes américaines en Syrie. L'auteur de "Russie : les enjeux du retour au Moyen-Orient", souligne l'importance de la visite à Moscou la semaine prochaine du secrétaire d'Etat américain Rex Tillerson.

Les Etats-Unis ont frappé l'aviation syrienne cette nuit au surlendemain de l'attaque chimique de Khan Cheikhoun. Quelles peuvent être les répercussions de cette escalade sur les rapports russo-américains ?

On attendait une évolution dans les rapports russo-américains depuis l'élection de Trump. Les deux leaders ne se sont pas encore rencontrés, cela devrait se faire lors du prochain G20 cet été à Hambourg. On était donc jusque-là dans l'expectative, à se demander à quoi ressemblerait le nouveau départ. Les derniers développements ne sont évidemment pas de nature à faciliter celui-ci. La visite du secrétaire d'Etat Rex Tillerson prévue à Moscou la semaine prochaine semble toujours au programme. Elle devait être déterminante.

La Syrie sera-t-elle au centre de ces discussions ?

Elle va occuper en effet l'essentiel de leurs discussions je présume. Mais la visite de Tillerson à Moscou revêtira un aspect différent en fonction de l'évolution des choses dans les prochains jours.

Plusieurs points importants devaient être évoqués : la lutte contre le  terrorisme en priorité, la question des contrôles du désarmement stratégique, la Corée du Nord qui est un autre point chaud sur lequel les deux acteurs ont des convergences... La question de l'Iran sera également au programme et sur ce point, les deux acteurs ont de nombreux désaccords. Donald Trump a demandé un plan en 100 jours pour se débarrasser de l'organisation Etat islamique. Or sa priorité suivante affichée est de contenir l'influence de l'Iran dans la région. L'attaque chimique et les frappes américaines viennent évidemment compliquer un peu plus cette situation, qui était déjà très entravée. Et handicapent un rapprochement avec Moscou.

Moscou ne sera pas tenté d'apporter une réaction militaire après les frappes américaines ?

Je ne pense pas que nous nous dirigions vers une escalade militaire. Pour l'instant, si Poutine a fermement condamné les frappes, rien n'a été entrepris. Il convient de souligner que les Russes ont été visiblement avertis de l'imminence de ces frappes par les canaux appropriés. Et les défenses anti-aériennes russes sur place n'ont pas été utilisées : les missiles américains n'ont pas été interceptés. Les Russes ont eu une approche réaliste en laissant faire l'action unilatérale américaine, même s'ils l'ont critiqué fermement ce matin. Ce qu'ils font d'ailleurs déjà avec les Israéliens lorsqu'ils les laissent leurs avions mener des raids régulièrement.

Par ailleurs, je ne m'attends pas non plus à des suites militaires du côté des Etats-Unis. L'administration américaine a voulu marquer sa désapprobation complète de l'attaque chimique mais il n'y a pas de plan militaire derrière. Nous sommes dans la réaction.

Moscou a maintenu son soutien au régime syrien après l'attaque chimique du 4 avril. Cette attaque n'a donc rien changé pour Vladimir Poutine ? Quelle influence vont avoir les frappes américaines sur le lien russo-syrien ?

Les frappes américaines peuvent faire évoluer la position des Russes sur la forme. Mais sur le fond je pense que cela ne change rien. Ces frappes ont détruit à peu près complètement l'une des bases aériennes les plus importantes de Syrie et la majorité des avions qui s'y trouvaient. Les capacités aériennes sont détruites. Damas dépend encore davantage de l'aviation russe. Cela modifie le rapport de forces dans le couple russo-syrien.

En ce qui concerne le soutien diplomatique, il n'y a pas d'inflexion majeure dans l'immédiat, si l'on s'en tient aux déclarations de Vladimir Poutine ce matin. La Russie épaule toujours fortement son partenaire syrien.

Il y a eu une nouveauté en revanche dans la réaction russe après le bombardement chimique : c'est la reconnaissance même du bombardement. Jusqu'à présent, les Russes se contentaient de nier, de dire que les accusations portées étaient pure propagande. Reconnaître un bombardement, c'est une première. Et un signal envoyé aux Occidentaux, qui selon moi, a été très remarqué. Moscou a évité d'exacerber les tensions et c'est une évolution. Elle montre qu'ils se sont tout de même trouvés embarrassés par leur allié syrien. Ce qui ne signifie pas, en revanche, que Moscou soit susceptible d'accepter une démarche destinée à renverser le régime. Les Russes ont d'ailleurs bloqué la tentative de résolution au Conseil de sécurité.

La Russie soutiendra-t-elle Bachar al-Assad quoi qu'il arrive ?

Les Russes ont souvent expliqué qu'ils n'étaient pas mariés avec le président syrien. Ce n'est pas la personne de Bachar al-Assad qu'ils soutiennent, contrairement aux Iraniens, mais bel et bien la structure étatique elle-même. Ils souhaitent éviter le démantèlement d'un Etat supplémentaire dans la région. Ce soutien est important aussi car il démontre une fois de plus aux pays de la région que la Russie est un allié fiable. Une posture reconnue à la Russie, y compris par des pays qui ont des divergences avec Moscou sur le dossier syrien comme les pays du Golfe par exemple. La Russie est reconnue pour sa constance, sa capacité à tenir sa parole, contrairement aux Etats-Unis ou d'autres pays occidentaux qui ont lâché leurs alliés.

Plus que cette attaque chimique, c'est tout le contexte international qui exerce une pression sur le partenariat russo-syrien. Tout d'abord, un cycle de négociations est en cours à Astana et Genève et cette attaque peut avoir un impact sur ces pourparlers. Elle survient également alors qu'à Bruxelles se réunit une réunion pour les donateurs pour la Syrie. Et puis il y a la visite de Rex Tillerson à Moscou la semaine prochaine. En outre, l'attaque est intervenue quelques heures après que Trump ait affirmé que Bachar al-Assad n'était pas le problème n°1. Après cette attaque, les Américains ont clairement évolué sur ce point.

Propos récueillis par Céline Lussato

Journaliste source L'Observateur



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